Cambodge : la stratégie du parti au pouvoir pour se maintenir en 2018 - The Dissident - The Dissident

Cambodge : la stratégie du parti au pouvoir pour se maintenir en 2018

A droite, le Premier ministre Hun Sen fait face aux opposants Kem Sokha et Sam Rainsy. Ce dernier s'est depuis exilé en France pour éviter la prison. Photo Phnom Penh Post

A droite, le Premier ministre Hun Sen fait face aux opposants Kem Sokha et Sam Rainsy. Ce dernier s'est depuis exilé en France pour éviter la prison. Photo Phnom Penh Post

Blogueur politique influent et cofondateur de Politikoffee, notre partenaire Ou Ritthy livre une analyse lucide sur les limites de la stratégie politique du Parti populaire cambodgien, au pouvoir, pour remporter les prochaines élections communales et législatives au Cambodge en 2017 et 2018.

J’ai observé que le Parti populaire cambodgien (PPC) actuellement au pouvoir, ainsi que le gouvernement, organisent depuis un certain temps quatre types d’actions pour manipuler la scène politique au Cambodge. Aux yeux des dirigeants, en particulier le Premier ministre Hun Sen, une bonne stratégie politique n’est pas juste une histoire de pouvoir, c’est aussi une affaire de sécurité personnelle (je développerai ce point dans un prochain article). Pour cette raison, le PPC doit se maintenir au pouvoir, et ce quel qu’en soit le prix à payer :

1- Diviser l’opposition (ça ne marche pas).
2- Diluer l’opposition et ses alliances (efficace).
3- Perturber et retarder le travail du Comité national des élections (efficace).
4- Se confronter aux électeurs en s’intéressant à leurs revendications pour des élections libres et équitables, ou pour un transfert de pouvoir dans le cas où l’opposition gagnerait les élections nationales de 2018 (très risqué).

Jusque là, le gouvernement s’est révélé incapable de diviser ou de casser la coalition de l’opposition politique cambodgienne regroupée sous la bannière du Parti du Sauvetage National du Cambodge (PSNC, regroupant notamment le Parti Sam Rainsy et le Parti des droits de l’homme) – au mieux, il n’a pu qu’en perturber ou freiner la progression. Procès, arrestations de haut-fonctionnaires et d’activistes, perturbations de forums publics en province, peuvent en effet ralentir le travail du PSNC et le rendre plus faible et moins actif en termes de renforcement du parti ou d’activités de la section jeune sur le terrain. Mais le PSNC n’a pas éclaté pour autant.

Le débat politique s’est enflammé plus tôt que prévu en vue de diluer, d’étouffer, l’opposition du PSNC et l’influence d’ONG ou d’individus défendant les droits de l’homme. À mes yeux, c’est aussi un test du gouvernement, qui mesure à chaque nouvelle sortie la réaction de la communauté internationale et notamment des ambassades des pays occidentaux au Cambodge : jusqu’à quel point ces derniers acceptent-ils le harcèlement des opposants politiques ?

Risque de soulèvement populaire

Mais le plus gros danger n’est pas encore arrivé. Le gouvernement va devoir faire face aux attentes du peuple concernant ses demandes pour plus de liberté et d’équité dans le processus électoral. Le public s’attend à des élections plus transparentes, plus justes, en 2017 et en 2018. Si le gouvernement d’Hun Sen continue à essayer de briser illégitimement l’opposition, tout porte à croire que les électeurs qui soutiennent cette dernière se soulèveront.

Compte tenu de la situation politique tendue, les leaders du PSNC ne réagissent pas face aux pressions gouvernementales. Celles-ci n’ont fait qu’intensifier le mécontentement et la frustration du peuple, d’autant plus suite à la mauvaise gestion de la récente sécheresse et de la pénurie d’eau qui s’en est suivie. De la liberté, de l’équité, de la transparence dans la tenue des scrutins à venir, un transfert de pouvoir dans le cas où le PSNC gagnerait, voici ce qui constitue l’un des plus gros enjeux pour le Cambodge pour les deux années à venir. La situation actuelle est une sorte d’expérimentation politique du parti dominant pour évaluer les réactions de l’opinion publique et de la communauté internationale, et en même temps pour affaiblir l’opposition et ses alliés. Rien de très surprenant venant du PCC, finalement.

La jeunesse, « game changer » des prochains scrutins

Mais les jeunes électeurs connaissent des sources fiables pour s’informer et ne se laisse pas berner. Cette jeunesse éduquée sait vers quels médias se tourner pour obtenir des informations de première main plutôt que la propagande officielle. La jeunesse a également ses propres canaux de communication pour diffuser ces informations de dimension nationale à l’échelle locale, dans leurs villages. Malgré les restrictions, le public a systématiquement accès au flux de l’information.

Or, plus le gouvernement tentera de diviser l’opposition, plus il devra encaisser de contre-feux. Plus le parti dominant du PPC pressurisera les opposants du PSNC, et plus l’union de l’opposition se renforcera. Les nouveaux électeurs (qui constituent les « game changers » des scrutins à venir) percevront l’opposition comme une victime et seront dès lors plus enclins à lui témoigner de la sympathie. Ces jeunes savent très bien qui, au Cambodge, fait du bon boulot. Néanmoins, alors que les électeurs s’interrogent encore sur la capacité du PSNC à exercer le pouvoir, il y a une opportunité pour le PPC de proposer de bonnes réformes et de concentrer ses efforts sur de véritables projets à accomplir pour le développement de notre pays. Harceler l’opposition ne fera que décrédibiliser le PPC et augmenter la capacité du PSNC à fédérer les foules.

Ou Ritthy
Blogueur et cofondateur de Politikoffee

Traduction Baptiste Duclos

http://politikoffee.com/

Auteur invité
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