Capitaine Paul Watson: SOS océan en danger! - The Dissident - The Dissident

Capitaine Paul Watson: SOS océan en danger!

Opération de Sea Shepherd 2012-Copyright Sea Shepherd

A 65 ans l’activiste écologiste canadien à la barbe blanche Paul Watson est toujours sur le pont. Son dernier livre « Urgence! Si l’océan meurt nous mourrons »-Editions Glénat Parution janvier 2016- est un manifeste sur l’ampleur d’un désastre qu’il a entrevu dès la fin des années 60

Quel est le but de cet opuscule « Urgence! Si l’océan meurt nous mourrons »?

D’aller directement à l’essentiel. Le message est simple: Si l’océan meurt on meurt! Et on est en train de tuer l’océan. Je voulais que ce soit le plus simple possible pour responsabiliser les gens sur cet enjeu.

 

Selon vous quelle a été l’évolution depuis le début de votre engagement dans les années 70 jusqu’à aujourd’hui 2016?

Davantage de gens sont conscients aujourd’hui. Personne n’écoutait ce que je disais dans les années 70, 80 et 90. Dans les années 80 je parlais du danger du plastique dans les océans. Mais personne ne trouvait ça important d’en parler. Alors qu’on n’a jamais arrêté d’en parler! Maintenant c’est reconnu comme un problème majeur. Les gens commencent à se rendre compte de l’importance de l’enjeu. C’est la même chose avec la sur-pêche et le braconnage. Les gens ne voulaient pas non plus en parler. C’est ce qu’à la COP 21 j’ai appelé: la solution au changement climatique que personne ne veut entendre. Parce qu’il y a des solutions qu’on ne veut pas entendre. Tout le monde veut le changement mais personne ne veut changer! Si vous voulez changer il faut prendre des décisions sérieuses. Par exemple, on a besoin d’un moratoire sur l’exploitation des océans pendant au moins 50 ans pour permettre à l’océan de se réparer. Ça veut dire d’arrêter les subventions pour la pêche commerciale. Appliquer les lois contre la sur-pêche. 40% de tous les poissons pêchés dans l’océan le sont illégalement. Environ 50% des poissons ne sont pas déclarés. C’est un problème qui doit être saisi au niveau des gouvernements nationaux et internationaux. Or, ça n’a même pas été abordé à la COP 21!

A vos yeux rien de concret n’a émergé de cette COP 21?

ça a été comme les autres COP: la COP 19, la COP 20… Seulement des discours! Les dirigeants n’ont rien amené de concret sur la table. Rien n’a été acté. Quel est l’intérêt d’un agrément qui n’est pas appliqué? Chaque pays peut dire « Je ne suis pas d’accord » Et ça s’arrête là! Le problème c’est que tous ces pays sont accros à la croissance. Tant qu’on est accro à la croissance ça ne changera jamais. Il en faut toujours plus. Plus de biens de consommation, d’énergie, plus de tout!

Vous considérez que les politiciens n’ont pas prêté attention aux arguments d’activistes comme vous ou le chef Raoni?

Les politiciens n’écoutent pas ceux qui votent pour eux mais à ceux qui les contrôlent: les grandes corporations comme Shell, British Petroleum. Ça fait plus de 20 ans que ces gens étaient informés du problème du changement climatique. Il n’y a rien de nouveau pour eux. Sauf qu’ils ont mis en place toute une propagande pour étouffer l’information. On connaît les problèmes de sur-pêche. Des biologistes comme les docteurs Farley Mowatt et Daniel Pauly ont tiré le signal d’alarme depuis des années. Personne ne les a écoutés parce que ces lobbies veulent continuer d’exploiter les ressources, Sans se soucier des conséquences de leurs actes. Depuis 1950 on a constaté une diminution de 40% du phytoplancton, c’est à dire du plancton végétal, dans les océans. Ce plancton fournit 50% de l’oxygène qu’on respire. Le reste provient des forêts qu’on est en train d’abattre. Personne n’a l’air de vraiment considérer le fait qu’on ne peut pas vivre sur cette planète s’il n’y a plus de phytoplancton. C’est la fondation de la vie dans les océans et par conséquence de la vie sur la surface terrestre. Si on tue le phytoplancton on meurt. Si on enlève les poissons on meurt. C’est aussi simple que ça. Une des choses que je dis qui énerve certains c’est que les vers de terre, les abeilles et les arbres sont plus importants que les êtres humains. On me dit: « Comment pouvez-vous dire ça?» Tout simplement parce qu’ils peuvent vivre sans nous mais on ne peut pas vivre sans eux! Ecologiquement ils sont plus importants que nous. Si on les détruit on se détruit nous-mêmes.

En vous associant avec le chef Indien Kayapo d’Amazonie: Raoni, qui milite contre le barrage de Belo Monte au Brésil, vous mesurez que ce combat écologique est global

Un des poumons de la planète est bleu l’autre moitié est verte. On doit protéger les deux. C’est pour ça que j’ai fait cette conférence avec le chef Raoni. Il faut savoir que c’est la planète océan et non la planète terre. L’océan ne s’arrête pas au littoral. On vit dans l’océan. L’océan c’est nous. C’est la circulation constante d’eau autour de la planète. L’océan est à la fois sur les hauteurs, en souterrain, dans l’atmosphère, les nuages. C’est dans chaque cellule de notre corps. En nous il y a la circulation continue d’une substance: l’eau. Cette eau a été auparavant dans l’océan, figée dans la glace, souterraine… dans cette circulation ininterrompue. On doit comprendre qu’on est connectés à ce circuit de vie et qu’on doit le protéger.

Depuis que vous avez coulé le Sierra en 1979 votre mouvement Sea Shepherd est connu. Comment essayez-vous de mener une lutte efficace aujourd’hui?

Sea Shepherdhttp://www.seashepherd.fr/ possède huit bateaux qui font de nombreuses campagnes. Les gens nous supportent pour une raison importante: on est efficaces! On peut mesurer nos résultats par rapport à ce qui a été accompli. Par exemple, une semaine on a sauvé une baleine à bosse et une douzaine de tortues dans la mer de Cortez, au large du Mexique. On a aussi mis en évidence les massacres de grands requins blancs. Depuis ces dix dernières années on a sauvé six mille baleines dans l’Océan Austral. Nos succès sont chiffrables et remotivent nos soutiens. On est une des quelques organisations non gouvernementales qui peut montrer aux gens: Voilà ce pourquoi vous donnez votre argent et voici que vous avez en échange. On ne fait pas de conférences, de pétitions. On ne dépense pas de l’argent en publicité. On est une organisation basée sur le volontariat. C’est ce qu’on essaie de restituer. Nos huit bateaux-qui sont constamment en opération- représentent 1% du budget de Greenpeace. Greenpeace n’en a que trois.

Greenpeace dont vous avez été co-fondateur via le « Dont make a wave commitee » créé en 1969 en réaction aux essais nucléaires d’Amchitka est sur une ligne diamétralement opposée. Dès votre livre: « Au nom des mers, les confessions d’un éco-guerrier » Le pré aux clercs 1996 vous avez fustigé les méthodes de cette organisation.

On est deux structures complètement différentes. C’est une organisation de protestation très bureaucratique. Nous sommes interventionnistes et exclusivement maritimes. Ce n’est pas leur cas. Greenpeace investit des millions et millions d’euros en collectes de fonds et en auto-promotion. Le problème c’est qu’ils ont perdu leur but d’origine. Il n’y a plus une seule personne des premiers jours de Greenpeace qui soit encore avec Greenpeace. Ils sont avec nous! On est les Greenpeace d’origine. Les dirigeants de Greenpeace essaient de m’éliminer de leur Histoire en disant que j’en suis pas un des co-fondateurs. Mais le dernier film « How to change the world? » de Jerry Rothwell, sorti en 2015, et plusieurs livres montrent que ce n’est pas vrai. Dans ce documentaire il apparaît que les trois plus importants membres fondateurs de l’organisation sont Robert Hunter, Patrick Moore et moi-même. Mais c’est le passé. Il faut parler du présent. Aujourd’hui chaque fois qu’on fait une campagne Greenpeace fait des collectes de fonds dans notre dos. On ne les voit pas dans l’Océan austral ou dans la mer de Cortez. Mais ça ne les empêche pas d’envoyer des mails intitulés: « Comment sauver la vaquita (Espèce rare endémique du Golfe de Californie NDLR) dans la mer de Cortez? Comment protéger les baleines de l’Océan austral? Mais ils ne sont jamais sur le terrain!

Parlez-nous d’une campagne récente. L’an dernier votre organisation a coulé le Thunder qui chassait une espèce de poisson: la légine australe

Plus que ça! En un an on a cloué six bateaux qui chassaient la légine australe illégalement. Le Thunder est le premier de cette liste. Le Kunlun, le Yongding, le Songhua et le Perlon ont été arrêtés. Il y a quelques semaines on a trouvé le dernier le Viking dans les eaux indonésiennes, avec l’intention de le couler et de filmer cela. On a accompli en un an ce que Interpol et les gouvernements mondiaux ne sont pas capables de faire en dix ans parce qu’on n’est pas encombrés par la bureaucratie. On y va et on agit sans perdre de temps à en parler toute la journée: « Il y a des obstacles. On ne peut pas faire ceci ou cela. » Quand on s’est mis en quête des braconniers de légine australe les gouvernements australiens et néo-zélandais nous ont attaqués: « Vous ne les trouverez jamais. » On les a trouvés. « Vous n’y pourrez rien » Et on a pu y faire quelque chose. On embarasse ces gouvernements qui n’appliquent pas leurs lois protectrices pour deux raisons: un la bureaucratie et deux le désintérêt. Les lois internationales de protection environnementale sont très bonnes sur le papier. Sauf que personne ne les applique. Demain si on le voulait on pourrait mettre fin à toute la pêche illégale en se contentant d’appliquer la loi. La France a le deuxième territoire océanique dans le monde. La marine française pourrait nettoyer ce territoire et aimerait le faire. J’en ai parlé avec des membres de la marine. Ils m’ont répondu: « Nos mains sont liées par les politiciens. On ne peut pas faire notre travail. »

Aujourd’hui vous êtes réfugié en France. Vous êtes sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par Interpol en 2010 à l’initiative du Japon et du Costa Rica

On a coûté au gouvernement japonais plus de 100 millions euros de dégâts matériels. Je suis la seule personne dans l’Histoire a avoir été placée sur la liste rouge d’Interpol pour arraisonnage. C’est une liste destinée aux tueurs en série et aux criminels de guerre. Pas aux activistes. On m’a collé sur le dos des charges de « complot pour l’arraisonnage d’un baleinier ». Ce baleinier a été condamné par les cours de justice internationales pour activité illégale. Le Japon a utilisé son influence économique et politique pour me faire mettre sur cette liste rouge. Ce gouvernement espérait me neutraliser et neutraliser ainsi Sea Shepherd. Mais ça n’a pas marché. Même si je suis en France j’ai huit bateaux en mer. J’ai des capitaines et des équipages. En ce moment il y a 150 volontaires actifs en mer. On peut détruire un individus ou des individus, une organisation, mais pas un mouvement. Sea Shepherd n’est pas une organisation mais un mouvement présent dans quarante pays différents, avec des entités distinctes.

Que répondez-vous à ceux qui traitent Sea Shepherd et vous de pirates violents et extrémistes?

C’est très simple. Depuis 1977 on n’a pas blessé une seule personne. On n’en a pas subi non plus. On a meilleur dossier en terme de non-violence que Greenpeace. Des membres de Greenpeace ont été tués ou blessés. Ce qu’on fait je l’appelle de la non-violence agressive. Quand ces gens ont commencé à nous appeler pirates j’ai dit: « Si vous voulez qu’on soit des pirates on est des pirates. » Les gamins aiment ça et le drapeau noir est très romantique. » Quand ils m’appellent éco-terroriste je réponds que puisque je n’ai jamais travaillé pour Monsanto, Shell je ne le suis pas. Un éco terroriste c’est quelqu’un qui terrorise l’environnement. Sea Shepherd ne viole pas la loi. On est victimes de gens qui abusent de la loi et qui nous harcèlent. Mais on n’a jamais été condamnés. Le Costa Rica me court après. En 2002 j’ai stoppé une opération illégale de pêche aux ailerons de requins dans les eaux guatémaltèques et à la demande de ce gouvernement contre les navires costaricains. Le Costa Rica a prétendu que j’ai essayé d’assassiner ces marins. On est très sereins contre ces allégations car notre campagne a été filmée dans le documentaire « Les seigneurs de la mer » (Shark water) de Rob Stewart, sorti en 2006. A l’audience les charges ont été abandonnées et les témoins déboutés. J’ai eu l’autorisation de partir. Six ans plus tard ce gouvernement a trouvé une parade avec l’accusation de mis en danger d’autrui. Comme par hasard, c’était une semaine après que le président du Costa Rica ait rencontré le premier ministre japonais. Ça ne m’inquiète pas. Ce qui compte ce sont les actes et non ce que disent les gens. J’ai été invité à une conférence rémunérée à l’académie du FBI en Virginie. Ils m’ont dit que j’étais sur le fil du rasoir, à la limite avec la loi. Je leur ai répondu: « Quelle différence cela fait d’être à la limite du moment qu’on ne dépasse pas la ligne? » On ne la dépasse pas. On opère dans les limites de la loi et de ce qui peut être réalisable, selon nos ressources. On a 5000 volontaires et une longue liste de gens qui veulent intégrer nos équipages.

 

L’année dernière vous avez eu un long dialogue avec Pierre Rabhi, pionnier de l’agroécologie qui vous a reproché vos méthodes

On partage le fait d’être à 100% contre la violence. On peut être fiers de notre dossier. Il y a des années, en 1985, un moine bouddhiste m’a donné une statue et m’a demandé de le mettre sur le mât de mon bateau. Quatre ans plus tard quand j’ai pu parler au Dalai-lama il m’a expliqué que c’est lui qui me l’avait fait envoyer. Cette statue: l’hayagriva symbolise la compassion de Bouddha. « On ne veut blesser personne mais parfois il faut intimider pour que les gens comprennent. » Le Dalai-lama a compris notre démarche d’agression non-violente.

Le fait d’utiliser des stars comme Brigitte Bardot et récemment Pamela Anderson est-ce une manière de se servir des médias selon le schéma de communication de Marshall Mc Luhan que vous évoquez dans « Earthforce » publié en 1993, réédité par Actes Sud en 2005.

Dans ce monde ce sont les médias de masse qui dictent la réalité. Pour porter les messages il faut les bonnes personnes Une vedette comme Pamela Anderson est bien plus médiatisée et écoutée que quelqu’un comme moi ou des scientifiques. Une photo d’elle avec un bébé phoque a fait la couverture de tous les magazines dans le monde entier. Si sa voix et son image peuvent aider à faire avancer la cause alors tant mieux!

 

A lire également de Paul Watson chez Glénat jeunesse: « Moi, Paul Watson, pirate des océans » A partir de 10 ans Sortie en avril 2016 http://www.glenatbd.com/bd/moi-paul-watson-pirate-des-oceans-9782344014554.htm

 

Julien Le Gros
Julien Le Gros est un journaliste indépendant, spécialisé sur les cultures d'Afrique. Il a notamment écrit pour Jazzman - Jazz magazine, Afriscope, Mondomix... mais aussi sur Internet avec Africultures, Mondafrique, Tribune 2 l'artiste, International Hip Hop. Il a fait des reportages au Kenya, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Sénégal et récemment en Guinée Conakry sur le virus Ebola.