Non Charlie Hebdo, tu n’es pas mort, tu frères encore.

Non Charlie Hebdo, tu n’es pas mort, tu frères encore.

Charlie Hebdo est en nous, dans nos têtes, dans nos cœurs, dans nos rigolades, et tu nous accompagnes comme un grand frère qui nous fait du bien, qui frère et qui frérera encore avec toutes celles et tous ceux qui de par le monde sont des amoureux de la liberté, et l’honorent d’une façon ou d’une autre. Chères victimes, rester unis et faire face à la barbarie est la plus belle réponse que l’on vous doit, et le plus bel hommage que l’on puisse rendre à votre si tendre et si vivante humanité.
Toute l’équipe de The Dissident se joint à moi pour exprimer toute notre compassion aux familles, aux amis et proches des victimes.

Rémy Degoul
Directeur de la publication

Dessin de Tawfiq Omrane

Dessin de Tawfiq Omrane


Ultimi barbarorum

« Aux derniers des barbares », tel était le titre d’une affiche que Spinoza a voulu placarder sur les murs de La Haye après le lynchage par la foule des frères De Witt. Assassinat fomenté par le parti orangiste opposé à la République. S’il n’avait été retenu par son logeur qui craignait pour sa vie, Spinoza aurait certainement bravé le danger pour exprimer son indignation face à la violence de cet événement dont Alexandre Dumas fait un récit poignant dans La tulipe noire.

Aujourd’hui, les derniers des barbares ont encore frappé et l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo aurait certainement scandalisé avec la même force Spinoza. D’autant que c’est au nom de la religion qu’il a été commis, religion au sujet de laquelle le philosophe affirme qu’elle ne doit en aucune façon interférer sur la liberté de penser, car sa fonction n’est pas la recherche de la vérité, mais l’obéissance à la loi de justice et de charité.

On voit mal ici ce qu’il y a de juste et de charitable dans les crimes qui ont été perpétrés aujourd’hui et l’on ne peut que s’étonner comme le fait Spinoza dans la préface du Traité théologico-politique que la religion puisse servir de prétexte et de justification à la haine et à la violence.

Une telle conception de Dieu et de la foi ne peut qu’être le fait d’esprits tristes et faibles animés par la haine, la haine qui est la plus terrible manifestation de la tristesse et de l’impuissance. Car c’est bien de l’impuissance que de vouloir s’imposer par la force sans être capable de convaincre par la raison, car c’est bien de l’impuissance que de ne pouvoir se faire entendre qu’en faisant régner la peur.

Aussi, faut-il pour vaincre la haine, ne pas céder à la peur et continuer de faire usage de notre raison pour combattre toutes les formes d’obscurantisme qui en maintenant les hommes dans l’ignorance en font des proies faciles pour tous les fanatismes et les extrémismes. Il nous faut donc continuer de penser et d’exprimer notre pensée envers et contre tout, continuer de critiquer, de discuter et de rire aussi, comme nous l’ont permis les journalistes de Charlie hebdo qui y ont laissé leur vie. Mais si l’on veut qu’ils ne soient pas mort pour rien, il faut poursuivre leur œuvre, chacun à notre façon, et montrer que l’irrespect n’est pas le contraire du respect pour la personne humaine, mais au contraire, sa plus haute manifestation, car son expression est la condition du respect de notre liberté.

Aux derniers des barbares, ils font donc dire, sans haine, que nous n’avons pas peur et que notre force n’est pas celle des armes, mais celle de l’esprit, de l’esprit par lequel Dieu ou la Nature (Deus sive natura) s’exprime pour nous commander avant tout d’être juste et charitable, de nous rendre utiles les uns aux autres et certainement pas de nous entretuer.

Eric Delassus
Philosophe spécialiste de Spinoza

 


La Liberté, un combat de tous les jours

Ce matin, le ciel est blanc et bas. Il semble peser lourdement sur le visage des passants que j’observe depuis la fenêtre. Un matin d’hiver comme les autres. Derrière moi, mon fils de six mois rit aux éclats. Il est midi. Je ne sais pas si c’est parce qu’il est particulièrement joyeux ou si c’est normal à cet âge-là vu que je n’en ai pas d’autre. Mais tout de même, il rit beaucoup. Les yeux émerveillés, il me regarde. Je me demande alors si l’homme est joyeux par nature. J’ai un doute. En fond, une chaine radio d’information tourne en boucle. Alors qu’il se marre et trépigne, impatient de tout, j’entends vaguement le mot « attentat ». Un mot qui sonne faux, comme une mauvaise blague. J’ai dû mal entendre. Je pense à des pays lointains et mon cœur se serre. Bizarrement, je ne monte pas le son. Je n’ai pas envie que la bulle éclate trop vite. Je continue à le regarder et je ris moi aussi. Et puis j’entends le mot « Charlie ». S’en suit le décompte des victimes. Impossible. Alors j’attrape la télécommande. Et voilà comment tout à coup, le sourire de mon fils se fait de plus en plus flou. La bulle éclate. Charlie est tombé et avec lui, le principe même de Liberté.

La journée passe et nous sommes tous en état de choc. Paris attaqué ? La Liberté assassinée ? La presse réduite au silence ? Difficile à réaliser. 2015, année zéro ? La rédaction de nos confrères de Toute La Culture est à quelques pas. Coups de téléphone. Ils vont bien. Les larmes et la douleur mais aussi la colère. Trier les informations qui arrivent trop vite et ne pas tomber dans le piège. Non, la Liberté n’a pas de drapeau.

Et continuer à écrire. Car la Liberté est un combat de tous les jours. Et pour que le rire de mon fils ne soit jamais un crime.

Alice Dubois
Web journaliste Culture(s) & Société

Dessin de Tony Gouarch

Dessin de Tony Gouarch


 Le réveil des êtres humains et des citoyens

La boule au ventre, nous l’avons tous ressentie mercredi lors de l’annonce de l’attaque de Charlie Hebdo. La sensation qu’une limite innommable avait été franchie. Des innocents sont tombés et pas n’importe lesquels : des citoyens engagés pour la liberté de la presse et sa protection, qu’ils soient journalistes, dessinateurs, ou policiers. Aussitôt, de larges rassemblements se sont spontanément formés dans toute la France ainsi qu’à l’étranger, en soutien aux familles des victimes et à leurs proches, en soutien au droit fondamental qu’a toute personne à pouvoir remettre en question des idées, quelles qu’elles soient. De même qu’il est émouvant de vivre les applaudissements nourris de la foule nantaise, rassemblée sur la place royale, en réponse à ceux qui scandaient de vibrants « vive la liberté ! » ou qui appelaient à ne pas faire d’amalgame ; il est surprenant de voir les regards gênés lorsque certains tentaient de chanter la Marseillaise (ça n’a pas duré). Cela s’explique pourtant facilement. Ce jour-là, à Nantes, nous étions des êtres humains et nous refusions de voir une telle tragédie servir une cause autre que celle des droits fondamentaux de l’Homme, qui sont, entre autres, le droit à la vie et à s’exprimer librement.

Comment en effet ne pas se sentir gênés lorsqu’on voit sur cette même place royale certains politiciens locaux venir parader pour témoigner de leur solidarité ? Triste ironie que de voir ceux-là être littéralement mis en lumière par les torches des caméras des grands médias présents sur place, pendant que des milliers de gens restaient dignes dans la pénombre.

Des êtres humains, des citoyens, des artistes farouchement engagés pour le droit de leurs concitoyens à bénéficier d’une information pluraliste et libre sont morts mercredi dans l’exercice de leur art et de leurs fonctions. Au diable les récupérations politiques dont les querelles partisanes les rendent infoutus d’accorder leurs violons le temps d’un deuil ! Au diable l’emballement médiatique orchestré par des médias aux ordres, dont la plupart des riches actionnaires se foutent comme de leur première dent de lait de la liberté de la presse ! La seule réaction juste qui vaille, c’est celle spontanée des femmes et des hommes touchés au plus profond d’eux-mêmes, qui descendent et descendront dans la rue pour manifester leur soutien et leur colère ; c’est cet élan humain et citoyen qui tend à nous unir et à nous aimer davantage.

Amis lecteurs, en cette époque de trouble et de grand danger pour notre société, restez lucides, prenez du recul et soyez libres, comme le furent nos frères de Charlie Hebdo. C’est là le meilleur hommage que vous leur rendrez.

Vive la liberté et vive Charlie Hebdo !

Baptiste Duclos
Journaliste et coordinateur éditorial de TD


 Je suis Charlie

Tout n’est pas dit encore sur ces assassinats perpétrés à douze reprises dans les locaux du journal satirique et laïque Charlie Hebdo le 7 Janvier dernier.

Les réseaux dits sociaux bruissent à longueur de jours et de nuits – parfois dans le brouillard – de réflexions de toute nature sur cet événement qui devrait bouleverser le cours de notre histoire et de nos approches sur le fait religieux que d’aucuns voudraient sinon cacher, minimiser.  D’abord il faut souligner l’absolue lâcheté des membres de ce commando d’histrions médiocres qui au nom d’une hypothèse idéologique – qu’ils appellent Allah mais qui ailleurs se nomme dieu ou Yahvé ou je ne sais qui – ont assassiné ( assassinat : meurtre avec préméditation ) des hommes et une femme au motif qu’ils étaient des sans foi , des mécréants, des athées et qui au nom de cette spiritualité, n’en déplaise aux intégristes de tout poil, jouaient avec un talent immense sur la dérision et l’humour. Ces journalistes étaient depuis de nombreuses années les garants absolus de ce qui devrait être la seule « religion » officielle de la république : la liberté d’expression – sous toutes ses formes, y compris irrévérencieuses voire blasphématoires, le blasphème n’étant plus un délit officiel depuis longtemps et n’étant perceptible que pour celui ou celle qui se complaît dans une vérité révélée – par qui au fait ?
Il ne faut pas oublier que pour ces tenants de l’obscurantisme comme disent ceux qui n’osent pas dire ces gros cons, les non croyants ne sont pas des êtres humains et peuvent – doivent- être exécutés comme des bêtes malfaisantes ou inutiles ou les deux. C’est ce que prévoit entre autres réjouissances la charia , cet ensemble de règles dogmatiques pour que la vie ne soit  pas un fleuve tranquille.
Et bien sur je n’oublie pas mes camarades policiers tombés les armes à la main pour défendre une fois de plus cet état républicain qui malheureusement se rappelle à leur bon souvenir dans ces circonstances particulièrement dures. On espère comme toujours dans ces cas que ces morts pour la France serviront à  faire évoluer la réflexion de nos décideurs pour mettre au point des formations spécifiques adaptées à la lutte contre un ennemi qui par définition est volatil et difficile à appréhender.
Comme l’a rappelé opportunément et à plusieurs reprises Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, il faut être très attentif à ne pas pratiquer l’amalgame entre musulmans « normaux »  et radicaux fondamentalistes. Mais il ne faut pas non plus avoir peur de dire que dans l’ensemble la menace directe et actuelle vient de ce courant idéologique et pas seulement en France. On ne doit pas mégoter sur les principes. La liberté comme la République est une et indivisible et doit être visible .
Car on entend déjà les petites musiques de nuit et brouillard de l’intolérance dire que après tout « ils » l’avaient bien cherché, que les caricatures et l’humour corrosif ou insolent ne doit pas choquer trop fort les pratiquants, toutes pensées qui précisément visent à restreindre la liberté d’expression et à justifier l’injustifiable .
Ce matin au kiosque à journaux, j’en ai eu l’illustration pratique. Un monsieur tout bien sur lui genre a priori Français standard m’a interpellé sur le sujet en expliquant que tout partait de la trinité maçonnique constituée par Le Monde, Charlie Hebdo et Libération , et qu' »ils » l’avaient bien cherché après tout et que ça faisait quarante ans que ces mecs bavaient sur  le catholicisme sans vraie réaction,  que là ils étaient tombés sur un os – et comment. Et que finalement ils ne l’avaient pas volé… Par ailleurs, il y a aussi les petits « rigolos » qui veulent faire croire que cette situation est exclusivement de la responsabilité d’un occident déshumanisé post colonialiste et qui en Europe ne saurait pas intégrer des populations de culture différente, voire opposées. Je reste pantois et sidéré devant de tels raisonnements qui du coup justifient à priori n’importe quelle action criminelle qu’elle soit marquée par l’intérêt matériel ou par une pseudo quête spirituelle. Ce type de réflexion commence à fleurir sur le net et l’organisation de la manifestation de dimanche ou la gauche est prête à exclure le front national sous des prétextes totalement politiciens en est un autre exemple. Et pour le coup, le Président de la République a su trouver les mots pour dire que l ‘unité citoyenne ne se partage pas et que chacun sera libre de s’exprimer et d’être présent quelle que soit son appartenance partisane !
En l’occurrence rien, mais absolument rien, ne peut justifier de tels actes qui sont la marque absolue de la sombritude dans ses conséquences les plus extrêmes.
Ces grandes figures de l’humour politique resteront au panthéon des martyrs de la liberté d’expression. Grâce à leurs mémoires et à leurs âmes qui doivent flotter quelque part – cette formule les ferait sourire je pense – les anti je ne sais quoi peuvent aussi dire tranquillement je ne suis pas Charlie .
Nous ne serons pas les « unter menshens » des fondamentalistes !
No pasaran !
Michel Lepoix
Commissaire divisionnaire
Consultant sécurité

N’ayons pas peur, notre amour est plus fort que leur haine

Depuis 48 heures, on espère se réveiller. On espère entendre la sonnerie du réveil et réaliser que tout ceci n’était qu’un cauchemar. Cabu, Charb et les autres, morts ? Non, ce n’est pas possible. Des hommes lourdement armés qui prennent en otage une épicerie cachère ? C’est d’une autre époque. Mais les informations qui arrivent en flux incessant confirment la terrible nouvelle. Nous sommes attaqués par des barbares.

J’ai le sentiment affreux que ceci ne fait que commencer. Les semaines et les mois à venir vont être terribles. Certains commencent déjà à désigner des coupables. Je lis ici et là que la haine est « coranique », que « si tous les musulmans ne sont pas islamistes, tous les islamistes sont musulmans ». J’ai envie de prendre mes frères musulmans dans les bras et leur dire « N’ayons pas peur, notre amour est plus fort que leur haine. »

Et puis, je suis le hashtag #JeSuisCharlie, je vois aux fenêtres de mes voisins des affiches de soutien, je constate la douleur commune des dizaines de milliers de personnes dans les rues du monde entier, je vis surtout cet immense élan pour défendre nos valeurs communes. Car oui, nous avons des valeurs communes. C’est ce que j’aimerai retenir des heures douloureuses qui viennent de s’écouler : l’humanisme n’est pas mort.

Pour finir, à ceux qui ont commis ces actes ignobles et lâches, j’irai dessiner sur vos tombes.

Noémie Toledano
Community manager


La Liberté d’expression !

L’Association Internationale des Droits de l’Homme (AIDH) condamne avec virulence cet  acte odieux et inhumain :

L’assassinat des plumes de Charlie Hebdo.

La liberté d’expression ou liberté d’opinion est une liberté fondamentale inhérente à tout individu. Celle-ci s’exprime avec acuité  dans des sociétés  dites démocratiques.

La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 (France) en fait référence notamment dans ses articles 10 et 11.
Selon l’article 10 : » Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.  »

L’Article 11 énonce que  » la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.  »

L’’Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 (ONU)  précise  que  : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

D’autres textes, à l’instar de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (1950),  la Jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme protègent également et de façon très efficace, cette liberté fondamentale.

Il faut tout de même reconnaître  que lorsqu’on parcourt ces différents textes, il n’est nullement mentionné  que les écrits, même offensants pourraient se traduire par le massacre de leurs auteurs ?

Tout au plus, les abus de cette liberté peuvent conduire leurs auteurs à y répondre devant les tribunaux  en violation de la loi (Article 11).

Kant  (philosophe allemand 1724-1804) ne disait-il pas  que  «  la liberté d’expression est nécessaire à la liberté de penser, la liberté de parler, ou d’écrire peut nous être retirée par un pouvoir supérieur mais absolument pas celle de penser. Toutefois, quelles seraient l’ampleur et la justesse de notre pensée, si nous ne pensions pas en quelque sorte en communauté avec d’autres à qui nous communiquerions nos pensées et qui nous communiqueraient les leurs ! On peut donc dire que ce pouvoir extérieur qui dérobe aux hommes la liberté de communiquer en public leurs pensées, leur retire aussi la liberté de penser. »

Quid de Charlie Hebdo?

Peut-on rire de tout ? Doit-on rire de tout ?

C’est à chacun d’y répondre. Mais quelques soient les rancœurs, la haine que l’on peut avoir à l’égard d’un caricaturiste, d’un humoriste… cela ne doit en aucun cas  conduire à une telle tragédie.

Aucune religion au monde ne  permet de telles horreurs, la religion étant par essence amour, solidarité, fraternité, compassion. La vie humaine n’a pas de prix, malgré les désaccords, la mort ne peut être la solution.

Cabu disait lui-même : « On n’est pas des porteurs de messages. On est simplement des clowns, des saltimbanques. »

Une évidence, dans cette tragédie, il est question de comportements individuels que l’on ne saurait  imputer à l’ensemble des musulmans de France voire d’ailleurs. Faisons donc très attention aux mots utilisés, attention à ne pas faire d’amalgame, à ne pas stigmatiser des personnes voire des groupes d’individus. N’oublions pas, la France a une longue  histoire avec le monde musulman. Elle  compte  sur son sol près de 6 millions d’individus d’origine musulmane (environ). Cultivons donc un mieux vivre ensemble dans un esprit de solidarité nationale et internationale.

Françoise Traverso
Présidente fondatrice de l’AIDH

Dessin de Tawfiq Omrane

Dessin de Tawfiq Omrane


 Ces criminels de « Charlie Hebdo » n’ont rien à voir avec l’islam

La majorité de la communauté musulmane des quatre coins du monde a toujours considéré les caricatures de l’hebdomadaire français « Charlie Hebdo » comme une « offense » faite aux musulmans. Nombreuses sont d’ailleurs les occasions pendant lesquelles cet hebdomadaire satirique a su provoquer cette communauté. Mais la réaction de la oumma a été différente cette fois-ci après avoir critiqué les actes barbares des terroristes.

Rappelons au début, ce qui a eu lieu dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, quand les locaux de Charlie Hebdo ont été la cible d’un incendie criminel provoqué par un cocktail molotov, après avoir annoncé que le numéro du 2 novembre 2011 du journal sera baptisé « Charia Hebdo », afin  de « fêter la victoire » du parti islamiste Ennahdha en Tunisie, et ce en présentant des caricatures du Prophète. Et aussi le piratage ce jour-là du site du journal, après avoir remplacé sa page d’accueil par une photo de La Mecque et des versets du Coran. Mais cet attentat du 8 janvier 2014, qui a surpris la communauté musulmane, a été un vrai choc.

Il est dit dans le Coran : « Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière et celui qui sauve une âme, c’est comme s’il
avait sauvé l’humanité entière.
» Coran(52/32).

Ce qui a poussé Tariq Ramadan (philosophe, islamologue) à écrire sur sa page Facebook :

« Contrairement, à ce qu’ont apparemment dit les assassins dans l’attentat des bureaux de Charlie Hebdo, ce n’est pas le Prophète qui a été vengé, c’est notre religion, nos valeurs et nos principes islamiques qui ont été trahis et souillés.

Une condamnation absolue et une colère profonde (saine et mille fois justifiée) contre cette horreur!!!

Qu’il me soit permis d’exprimer ici ma profonde sympathie et mes sincères condoléances aux familles des victimes ».

Signalons que Tariq Ramadan n’était pas le seul qui a critiqué cet acte barbare commis par des terroristes qui ne représentent en rien l’islam. Tous les imams du monde arabe ont traité lors de la prière du vendredi, l’accident mortel de « Charlie Hebdo », en appelant les fidèles à combattre le terrorisme.

Tous les politiciens des pays arabes ont adressé au nom de leurs peuples et de leurs partis politiques leurs sincères condoléances au président de la France, François Hollande.

Mais les musulmans se demandaient en même temps si l’islam peut être une fierté étant donné que certains l’utilisent au profit de la barbarie. Ce n’est pas la première fois que des barbus, soi-disant des islamistes, attaquent des citoyens innocents ou des défenseurs de la liberté d’expression. Le monde arabe en souffre énormément, notamment après ce qu’on appelle « le printemps arabe ». Ce dernier a offert la liberté d’expression à de nombreux citoyens mais il a aussi participé à l’émergence de ce genre de criminels cachés derrière le masque de l’islam et à l’instauration du terrorisme dans certains pays notamment la Libye. Ne sont-ce pas des terroristes qui détiennent les deux journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Ktari ?

La liberté d’expression est un acquis et un droit à défendre. S’il y a eu ce « printemps arabe », c’est pour que les gens s’expriment librement. Mais le fait de refuser que notre religion soit touchée ne nous donne pas le droit à tuer l’autre. Charlie Hebdo a critiqué aussi le judaïsme, le christianisme et d’autres religions. Ont-elles réagi de cette manière aussi extrême à laquelle nous avons assisté ce 8 janvier 2015 ? Bien sûr que non. Nous devrons ainsi apprendre à vivre dans un État de droits et de lois.

Toute la communauté musulmane présente ses sincères condoléances aux familles des victimes de l’attentat de Charlie Hebdo et au peuple français. Ces criminels qui ont attaqué Charlie Hebdo n’ont rien à voir avec l’islam.

Nouha Belaid
Coordinatrice pédagogique du département Journalisme & Communication
Université Centrale de Tunisie


Faire face avec nos frères musulmans

Cher Charlie,

Je ne faisais pas partie de tes lecteurs fidèles, je ne faisais que suivre ton fil d’actualité sur les réseaux sociaux, de loin, me retrouvant souvent dans la situation délicate de devoir expliquer l’humour français à mes comparses Indiens.

Malgré cela, je me suis sentie un peu orpheline en te perdant, je me suis effondrée et là encore j’ai dû expliquer pourquoi à mon compagnon indien, pour qui le terrorisme n’est malheureusement pas un fait inhabituel.

Charlie, tu nous manques déjà pour cet humour grinçant, lourd parfois, drôle malgré tout, une tradition française que malheureusement je ne vais plus avoir à expliquer. C’est aussi ton courage qui nous manque. Même si ce pays semble s’être réveillé depuis que tu nous as quitté, j’espère que le mouvement ne va pas s’effondrer. J’espère aussi qu’il ne nous divisera pas, car nous devons aujourd’hui faire face avec nos frères musulmans de France qui ne se reconnaissent pas dans le fanatisme. Je pense aussi aux policiers qui ont perdu la vie, et les remercie pour leur engagement envers toi.

Enfin merci d’avoir fait de la liberté d’expression ton étendard et de ton combat un modèle pour nous, journalistes, auteurs et caricaturistes.

Audrey Simon
Journaliste et fondatrice de l’ONG Hope for raise

 

The Dissident
L'indécence et le courage de la liberté.