Promouvoir la culture en prison

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Au-delà du simple aspect occupationnel, la culture peut aussi permettre aux détenus de se percevoir autrement et d’amorcer une réhabilitation nécessaire pour avancer vers la sortie.

Néanmoins, la culture en milieu pénitentiaire se confronte à des difficultés et des limites propres à son espace d’intervention comme le révèle Marc Le Piouff, chef de projet pour le développement de la culture en milieu pénitentiaire à l’association HORS CADRE :

« Globalement, personne ne met des bâtons dans les roues à l’intervention en prison. C’est le système lui-même qui rend les actions difficiles. C’est le manque de personnels, c’est la difficulté à accéder jusqu’à la salle, c’est la difficulté à mobiliser les détenus, c’est l’exiguïté des  locaux, c’est la surmultiplication des propositions. Lorsque vous avez une seule salle pour faire à la fois du sport, de la culture et autres, le créneau où vous pourrez faire l’activité culturelle se réduit d’autant ».

Il ajoute aussi qu’il n’a «  jamais rencontré un chef d’établissement qui refuse une activité culturelle pour ce qu’elle est. S’il la refuse c’est parce qu’il n’est pas en capacité d’accueillir correctement l’artiste ou la structure qui va venir. La difficulté est plutôt là et elle est permanente dans la mesure où l’architecture des nouveaux établissements n’est pas facilitateur. Elle est très isolante car on est de plus en plus dans des questions de sécurité qui vont vers une forme d’individualisation maximale de la peine. Du coup, il n’y a quasiment plus d’espace collectif à l’intérieur des établissements ».

Maxime Apostolo définit quant à lui cette situation comme « paradoxale ». Il juge « l’action artistique et culturelle en milieu carcéral totalement antinomique avec le monde de la prison et en même temps, totalement justifiée. Elle a une place fondamentale mais contradictoire avec le fonctionnement interne de l’administration pénitentiaire ».

En réponse à cette problématique, le fondateur de l’Association PULSART voudrait que la culture et les projets artistiques en milieu carcéral ne soient pas perçus par certains comme « un poids supplémentaire, une charge de travail, une cause de désorganisation, de trouble de l’ordre », mais plutôt comme « une richesse qui peut être un levier très important dans les pratiques professionnelles de chacun ».

Selon lui, « la mise en place d’une action artistique et culturelle, si elle est véritablement travaillée et si on en maîtrise les tenants et les aboutissants, doit simplifier la vie des surveillants et rendre les conditions de détention meilleures pour le détenu tout en participant à la prévention de la récidive ». Mais pour que cela soit le cas dans toutes les prisons de France, Maxime Apostolo souligne la nécessité « d’une ambition et d’une formation » car « le véritable problème c’est la question de la formation des professionnels que ce soit sur le plan pénitentiaire ou que ce soit sur le plan du travail social ».

Une idée partagée par Erik Chevalier, artiste intervenant en milieu carcéral, pour qui les pratiques culturelles et artistiques doivent être « intégrées dans la formation du personnel pénitencier » car il lui semble important que « lorsque des personnels sont amenés à mettre en place des interventions culturelles à l’intention des détenus, il doivent eux-mêmes être impliqués dans la culture dans leur vie quotidienne, à minima en étant spectateurs ou en fréquentant des lieux culturels ». Selon lui, cette implication est une façon pour que ces ateliers deviennent un des « rouages » du milieu carcéral et s’intègrent sans anicroches à son organisation.

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Constance Berjault
Constance Berjaut est diplômée de l’Ecole du Louvre et de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris. C’est tout naturellement qu’elle s’est tournée vers la presse culturelle pour traiter de sujets inédits mettant en lumière la créativité et le positivisme de certaines initiatives et démarches.