De l’information, faire naître l’espoir

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Prononcer le nom d’Haïti, c’est se hasarder sur les sentiers du malheur. Un malheur polymorphe, omniprésent, aux aguets. C’est évoquer les guerres, l’oppression et l’impitoyable fureur des éléments. Mais il serait injuste de résumer l’histoire de ce radeau perdu au milieu des Caraïbes à ses seuls maux.

Haïti vibre et se meut. Haïti vit envers et contre tous, manifestant un esprit de résistance. Seuls, Louis Rendal, Charles Cassendy et Reginald Calixte portent au grand jour une part de cet esprit. A la tête d’une équipe réduite, ils entreprennent de fonder un journal citoyen adressé aux écoliers de la région.

Mobilisé très tôt dans le monde associatif, Louis Rendal commence, dès le secondaire, à encadrer des jeunes. Avec une association d’anciens de son école primaire, il organise un concours inter scolaire de dictée et de mathématiques. Par la suite, il s’engage au sein de la Fondation Jaune, qui s’investit dans l’encadrement de jeunes talents. « Je suis aussi engagé dans ACCES, une association communale d’étudiants de l’Université d’Etat d’Haiti ».

Un journal mural par et pour les écoliers de Saint-Marc

Quelques articles, des illustrations, des titres… le tout jeté sur de grandes feuilles placardées sur les murs des écoles, bibliothèques et maisons de jeunes de Saint-Marc… Ce journal scolaire et citoyen, entièrement rédigé et administré par les écoliers, doit paraître toutes les trois semaines. C’est en tout cas l’objectif que se sont fixés ses créateurs. Il doit notamment permettre aux écoliers de s’épanouir dans un dessein commun, de travailler en équipe et se former aux techniques du journalisme. A mi-chemin entre l’affiche et le dazibao chinois, « ce support doit garantir aux jeunes un accès total à l’information », selon Louis. Afin de se rendre compte de la pertinence d’une telle entreprise, l’équipe organise plusieurs rencontres avec le public dès novembre 2012. A chaque fois, l’initiative reçoit un accueil enthousiaste. Des treize écoles de Saint-Marc, huit répondent favorablement à l’appel. Les cinq autres attendent, quant à elles, les premières publications pour se lancer dans l’aventure. Des journalistes locaux, dont un rédacteur des pages culturelles du grand quotidien national, le Nouvelliste, semblent d’ailleurs s’intéresser progressivement au projet.

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« De grandes choses peuvent émerger du développement de l’information »

Au delà d’une activité que certains pourraient qualifier de périscolaire, c’est le sens même du projet que Louis défend ardemment. « J’ai découvert que de grandes choses peuvent émerger du développement de l’information et qu’a contrario, un déficit d’information au sein de la population entrave la coopération entre les initiatives des jeunes », énonce-t-il. Face à cet état de fait, il estime qu’il y a lieu de s’engager dans ce domaine au nom du bien commun, de la liberté d’expression et de la promotion de la citoyenneté. Mieux ! Pour lui, le journal mural des écoliers de Saint-Marc pourrait être à l’origine d’un cercle vertueux. Il estime que « la vulgarisation des pratiques journalistiques au sein de l’école va encourager les initiatives prises par les écoliers. Cela permettra également de créer des liens entre les jeunes. Et les initiatives existantes bénéficieront, à leur tour, d’une plus grande valorisation ». Plus qu’une publication, un projet ponctuel, c’est un mouvement de fond que Louis, Charles et Réginald entendent lancer. « L’engagement en faveur du bien commun est pour moi un moyen d’épanouissement tout en étant utile à sa communauté ». Être utile, le mot est lancé.

De sang et d’encre

Être Haïtien, c’est mêler son sang à l’encre des livres d’histoire. C’est un héritage social et humain. Un récit sans concession que Louis découvre au fil du temps et qu’il raconte à sa manière. « S’engager en Haïti, c’est accepter d’accompagner les plus jeunes, leur promettre un avenir meilleur au travers de l’instruction et l’information. S’engager résulte également d’une volonté de changer les paradigmes actuels. » Mais face à la détermination et l’envie subsiste un vide abyssal. « Les maisons de jeunes sont pratiquement inexistantes et les institutions nationales n’apportent aucun soutien adéquat ». Au milieu de ce marasme, Louis qualifie de « faiblesse » cette volonté farouche de combattre la délinquance juvénile et la violation des droits humains. Avec ce projet, il entend pointer du doigt toutes les failles dont souffre la société, agir et donner envie d’agir, faire circuler l’information et susciter des vocations.

Fonder le bien commun et l’émergence d’une justice sociale sur la pédagogie, l’information et la culture… Une vision que n’aurait sans doute pas renié André Malraux. Peu avant sa mort en 1975, le père du Musée Imaginaire s’était rendu à Port-au-Prince, au coeur de la Cité Soleil, pour y rencontrer une communauté d’artistes. Et comme sur les feuillets des écoles de Saint-Marc, il fut question d’échanges, de compréhension, de création et d’une intelligence aux formes multiples.

Jérémy Felkowski
Jérémy Felkowski est journaliste plurimédia. Diplômé de l’Institut International de Communication de Paris et de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, il a tout d’abord fondé et dirigé deux sites pureplayers abordant l’actualité de la Russie et de son étranger proche. Associer l’amour d’un métier passionnant à un profond engagement citoyen… un objectif qui l’amène à travailler pour Animafac, le premier réseau d’associations étudiantes de France. Il y est webmaster éditorial et graphiste.