La dissidence méritée

Crédit Attys Luna Vega Valdes

Il existe des pays où le simple fait de penser différemment, d’avoir un avis distinct, d’aspirer à la liberté d’expression et à la liberté tout court, transforme rapidement en dissident celui qui donne son point de vue et, de là à l’emprisonnement pour haute dangerosité envers la patrie (ce mot devenu grossièreté dans la bouche des communistes), il n’y a qu’un pas.


Il existe des pays où le simple fait de penser différemment, d’avoir un avis distinct, d’aspirer à la liberté d’expression et à la liberté tout court [1], transforme rapidement en dissident celui qui donne son point de vue et, de là à l’emprisonnement pour haute dangerosité envers la patrie (ce mot devenu grossièreté dans la bouche des communistes), il n’y a qu’un pas. Il est évident que la personne en question pourrait être accusée d’alliance avec un pays ennemi du sien, de traitrise envers le peuple, et enfin, invariablement d’être un délinquant ou un criminel. Accusations qui font perdre l’honorable surnom de dissident pour aller nourrir les files anonymes de prisonniers politiques transformés par la grâce et l’action de la baguette magique totalitaire, et le transforme en un prisonnier quelconque de plus, privé du droit à la justice à l’instar des prisonniers de droit commun qui devraient avoir droit, soit dit en passant, à un tribunal impartial, à des avocats qui n’appartiennent pas à la cohorte des délateurs et des collaborateurs de l’oppression. L’un de ces pays est Cuba, mon pays. J’en parle en connaissance de cause car mon père fut l’un de ces prisonniers politiques, enlisé dans l’arbitraire d’un régime qui n’a jamais reconnu sa cause au cours d’un processus juridique, et qui l’a maintenu emprisonné pendant cinq ans derrière les grilles castristes à cause du simple fait de penser et d’agir différemment de la horde de zombies.

Dans la Cuba d’aujourd’hui, avec ces « changements », tellement proclamés de par le monde par tous les agents castristes disséminés au niveau international dans la presse, dans les maisons d’édition et dans le milieu artistique en général, une nouvelle catégorie de dissidents a émergé, que j’appelle « bichidisidente [2] ». Ce n’est rien de plus que l’opportuniste devenu « dissident », qui reçoit de l’argent extra pour défendre la levée de l’embargo nord-américain, la liberté des Quatre espions terroristes aux Etats-Unis, et un certain nombre de bêtises de grand intérêt pour le régime. On s’étonnera ainsi qu’un dissident n’ait de dissident que le nom, mais quand les pièces de monnaie sonnent, même le singe se met à danser.

L’embargo nord-américain que l’on a tellement vanté et qui, de fait, a si bien fonctionné dans l’Afrique du sud de l’Apartheid (il existe aussi à Cuba un Apartheid racial et anti-cubain), en Birmanie, et même au Vietnam, n’est qu’une mesure adoptée contre les pays qui violent les droits de l’homme et Cuba les viole depuis plus de cinquante ans en maintenant au pouvoir deux tyrans : Castro I et Castro II, son frère. En termes de succession dynastico-communiste, on observe le même phénomène qu’en Corée du Nord. De cette façon, il s’avère très difficile de comprendre qu’une partie de la dissidence, cette dissidence light [3] inventée par le « raulismo » [4] (de Raul Castro II) pour occulter la dissidence authentique, ait le culot, non seulement d’être d’accord, mais de surcroît cautionne le pouvoir absolu et totalitaire de la tyrannie.

Des « dissidents » rémunérés par le régime

En ce qui concerne les Quatre espions (et non pas les Cinq car ils en ont libéré un qui, d’ailleurs, vit déjà à Cuba), le fait est bien connu qu’il s’agissait d’un groupe appelé « Red Avispa » qui aurait eu tous les droits d’espionner aux Etats-Unis si ses membres s’étaient déclarés officiellement comme espions, chose qu’ils n’ont pas faite alors qu’une fois que les formalités sont remplies, cette activité est légale dans ce pays. Comble de l’histoire, la vie de quatre jeunes cubains appartenant à « Hermanos al Rescate [5] » a été brisée par le crime commis par ces Cinq espions terroristes quand ils réussirent à abattre quatre avions de tourisme à bord desquels se trouvaient ces jeunes qui avaient l’intention de sauver la vie de « balseros » [6] cubains perdus au milieu de l’océan. Ceci sans compter la quantité de délits commis par les Cinq en leur qualité d’espions en terres « ennemies » à leurs yeux et pour la dictature qui les surveille, délits pour lesquels ils ne se sont jamais repentis.

Je reviens à mon sujet, la dissidence il faut la mériter, il faut réfuter de façon honnête et se mettre en danger pour cela. Les risques sont incalculables, dedans comme dehors. Être dissident à l’intérieur de Cuba n’est pas plus dangereux que dans l’exil, ce sont deux façons très semblables de l’être, et je me répète : il faut juste être honnête. Mais dans ce cirque et au bruit des pièces de monnaie, je redis que même le singe se met à danser. Surtout, dans l’île, certains dissidents sont rémunérés pour être dissidents et non pas parce qu’ils le sont ; alors que dans l’exil, on peut perdre un contrat avec une maison d’édition, ou une maison de disques, ou une galerie si l’on est un écrivain, un musicien ou un peintre cubain exilé qui critique le castrisme, au-delà de toute la bande de collaborateurs du castrisme qui pullulent toujours dans le monde entier. En lui faisant perdre ces contrats, non seulement on réduit et on détruit les revenus d’un artiste, mais en plus on le démoralise en bloquant ses opinions et en le faisant disparaitre.

La dissidence doit être méritée, mais comment ? Pour y arriver, il faut travailler dur pendant de longues années, parfois sans voir aucun bénéfice, habité par une seule intention et un unique but : la vérité, la liberté, la démocratie.

Guevara, l’Argentin qui a assassiné le plus de Cubains

D’un autre côté, pour une grande partie des cubains à l’heure actuelle, être considéré comme un dissident se résume toujours à être vu comme un pestiféré. C’est ainsi que le régime l’a imposé, c’est connu de tous et l’on pourrait presque le comprendre. Mais, ce qui est incompréhensible, c’est que dans des pays européens l’on puisse souiller le drapeau cubain en en le faisant ondoyer avec la faucille et le marteau, alors que ce drapeau ne compte qu’une étoile solitaire, ou que l’on substitue à José Martí, grand poète et révolutionnaire cubain, le Che Guevara, l’argentin qui a assassiné le plus de cubains et que les cubains honnêtes appellent, non sans raison, « le boucher de la Cabaña [7] ».

La Cabaña : une prison enclavée dans un vieux château de l’époque coloniale, où furent exécutés tant d’hommes et de femmes, tant de cubains courageux entre l’année 1959 et les années 1960, où furent emprisonnés mon père et l’écrivain Reinaldo Arenas, un véritable dissident du point de vue politique et du point de vue sexuel, qui sont presque la même chose à Cuba, malgré l’opportuniste Mariela Castro III [8]. Actuellement, à la Cabaña, on célèbre deux fois par an la Foire du Livre de La Havane ; entre ces murs encore humides de sang, les éditeurs étrangers empilent les livres commandés par le régime. Aucun, bien évidemment, n’est signé de la main d’un dissident, et encore moins d’un écrivain exilé. La manœuvre est honnête au nom de la lecture, mais de quelle lecture s’agit-il ? Celle programmée par les censeurs ? Bien sûr que non.

Beaucoup de dissidents sont morts de par le monde à cause de leur condition louable d’être dissidents. L’un d’eux, précisément, était Reinaldo Arenas. Dans sa lettre d’adieu avant son suicide, il accusa directement Fidel Castro de sa mort. Vous voyez, il faut être un homme comme Arenas pour admettre, avec un geste d’une telle grandeur, entièrement dédié à la cause de sa vie, de la liberté, de la vie et de son œuvre, que l’on meure pour la vérité que nous méritons tous.

Existen países donde el mero hecho de pensar diferente, de opinar distinto, aspirando a la libertad de expresión y a la libertad tout court, convierte rápidamente en disidente a la persona que brinda sus puntos de vista, y de ahí al encarcelamiento por alta peligrosidad frente a la patria (esa palabra tan barriobajera en boca de los comunistas) va un tramo muy corto. Por supuesto la persona en cuestión podría ser acusada de aliada de un país enemigo al suyo, de traidora al pueblo, y al final, invariablemente de delincuente o criminal, con lo que ya se pierde el honroso apelativo de disidente para llenar las las filas anónimas de presos políticos devenidos por obra y gracia de la varita mágica totalitaria, un preso común más, sin derecho a la justicia como dicho sea de paso también los presos comunes tendrían, a un tribunal imparcial, a abogados que no pertenezcan a la cohorte de delatores y colaboradores de la opresión. Uno de esos países es Cuba, mi país. Y hablo con conocimiento de causa porque mi padre fue uno de esos presos políticos, varado en la arbitrariedad de un régimen que jamás reconoció su causa mediante un proceso jurídico, y al que mantuvo durante cinco años encarcelado tras las rejas castristas por el simple hecho de pensar y actuar diferente a la manada de zombis.

En la Cuba de hoy, con esos “cambios” tan promulgados en el mundo por los agentes castristas diseminados a nivel internacional en la prensa, editoriales, y mundo artístico en general, ha surgido un nuevo tipo de disidente, al que yo llamo “bichidisidente”. No es más que el oportunista devenido disidente, que recibe dinerito extra, por defender el levantamiento del embargo norteamericano, la libertad de los Cuatro espías terroristas en Estados Unidos, y unas cuantas sandeces más de sumo interés para el régimen. Se extrañarán entonces que un disidente no tenga más que de disidente el nombre, pero es que cuando las monedas suenan hasta el mono baila.

El tan cacareado embargo norteamericano, que por cierto, tan bien funcionó en la Sudáfrica del Apartheid (en Cuba también existe un Apartheid racial y anticubano), en Birmania, y hasta en Viet-Nam, resulta una medida adoptada en contra de aquellos países que violan los derechos humanos, Cuba los viola desde hace más de medio siglo manteniendo a dos tiranos en el poder: Castro I y Castro II, su hermano. Sólo comparado con la Corea del Norte en este tipo de sucesión dinástico-comunista. De modo que resulta difícil de entender que una parte de la disidencia, esa disidencia light inventada por el raulismo (de Raul Castro II) para opacar a la auténtica disidencia, tenga el descaro de no disentir y de, más bien, avalar el poder absoluto y totalitario de la tiranía.

En cuanto a los Cuatro espías  (no son Cinco porque liberaron a uno que ya vive en Cuba, por cierto), es harto sabido que se trataba de un grupo llamado Red Avispa que habría tenido todo el derecho de espiar en Estados Unidos si se hubieran declarado formalmente como espías, cosa que no hicieron y que una vez cumplidas las formalidades es legal en ese país. Para colmo, la vida de cuatro jóvenes cubanos de Hermanos al Rescate fue truncada por el crimen cometido por estos Cinco espías terroristas cuando consiguieron el derrumbe de cuatro avionetas donde estos jóvenes iban con la intención de salvar la vida de balseros cubanos perdidos en el medio del mar; sin contar la cantidad de delitos cometidos en su calidad de espías en tierras “enemigas” para ellos y la dictadura que los monitoreaba, de lo que jamás se han arrepentido.

Vuelvo al tema, la disidencia hay que merecerla, hay que disentir de manera honesta, arriesgarse por ello. Los riesgos son incalculables, dentro como fuera. No es más peligroso ser disidente dentro de Cuba que en el exilio, son dos formas muy parecidas de serlo, reitero: sólo hay que ser honesto. Pero en el circo y al son de las monedas, repito, hasta el mono baila. Sobre todo dentro de la isla, en que algunos disidentes son remunerados para serlo y no por serlo; mientras que en el exilio se puede perder un contrato con una editorial, o con una disquera, o con una galería, si eres un escritor, un músico, o un pintor cubano exiliado, que disiente del castrismo, pero además de toda la partida de verracos colaboradores del castrismo que todavía pululan por el mundo. Al perder esos contratos no sólo se reduce y destruyen las entradas económicas de un artista, además se le desmoraliza, bloqueando sus opiniones y opacándolo.

La disidencia debe ser merecida, ¿cómo? Pues se trabaja para ello durante largos años, a veces sin ver ningún fruto, y con una sola intención y meta: la verdad, la libertad, la democracia.

De otro lado para una gran cantidad de cubanos hoy en día todavía ser considerado un disidente es ser visto como un apestado. El régimen así lo ha impuesto, es archiconocido y hasta se podría comprender. Pero lo que no se entiende es que en países europeos se mancille la bandera cubana al ondear con la hoz y el martillo, cuando esa bandera sólo lleva una estrella solitaria, o se sustituya a José Martí, el gran poeta y revolucionario cubano por el Che Guevara, el argentino que mayor cantidad de cubanos ha asesinado, al que los cubanos honestos llaman, y no sin razón: “El carnicero de La Cabaña”.

La Cabaña: una prisión enclavada en un antiguo castillo de la época colonial, donde ejecutaron a tantos hombres y mujeres, a tantos valientes cubanos entre el año 1959 y los años ‘60, donde fue encarcelado mi padre y el escritor Reinaldo Arenas, un verdadero disidente desde el punto de vista político y sexual, que en Cuba es casi lo mismo, a pesar de la oportunista de Mariela Castro III. En la actualidad, en La Cabaña, se celebra bianualmente, la Feria del Libro de La Habana; en esas paredes todavía húmedas de sangre los editores extranjeros colocan los libros que les ordena el régimen. Ninguno, por supuesto, firmado por un disidente, y mucho menos de un escritor exiliado. La maniobra es honesta en aras de la lectura, ¿qué lectura, la programada por los censores? Por supuesto que no.

Muchos disidentes han muerto en el mundo por su condición loable de serlo. Uno de ellos precisamente fue Reinaldo Arenas. En su carta de despedida antes de suicidarse acusó directamente a Fidel Castro de su muerte. Ya ven, hay que ser todo un hombre como Arenas, para admitir con un gesto tan inmenso, sumamente entregado a la causa de su vida, de la libertad y de la vida, y de su obra, que se muere por la verdad que todos merecemos


Zoe Valdes, traduite par Jessica Swiderski


[1] En français dans le texte

[2] Contraction des mots « bicho » (bestiole) et « disidente » (dissident)

[3] En anglais dans le texte

[4] De la même façon que l’on parle de « castrisme » ou de « fidelisme » lorsque l’on se réfère au courant politique initié par Fidel Castro, on peut parler de « raulisme » pour désigner la politique mise en place par Raul Castro.

[5] Organisation d’aide humanitaire d’exilés cubains et de diverses nationalités opposée au régime de Fidel Castro

[6] Terme qui définit les Cubains qui tentent de gagner la côte des Etats-Unis dans des embarcations de fortune appelée « balsas »

[7] La Forteresse de la Cabaña

[8] Fille de Raul Castro, directrice du Centre national d’éducation sexuelle de Cuba, situé à La Havane.

Zoe Valdes
Née en 1959 à Cuba, Zoé Valdés vit exilée en France depuis 1995. Poète, scénariste, romancière, elle a vu ses ouvrages traduits dans une quinzaine de langues. Des succès internationaux comme Le Néant quotidien, La Douleur du dollar, La Fiction Fidel ou Danse avec la vie en ont fait l’un des écrivains cubains les plus connus.