Quelques mots d’une fille de la côte, élevée au vent libre du large

De tous temps la liberté fut entravée. On pourrait penser qu’avec le Savoir et la Science, la liberté pourrait enfin exister ! Ô Liberté, femme légère, a-t-on vraiment brisé tes chaînes en même temps qu’on a déchiré ton corsage ? Coiffée d’une couronne d’épine et armée d’un flambeau éclaires-tu vraiment le monde ?

Pour mieux te savoir, on t’a faite femme, est-ce pour l’égalité et la fraternité ou pour ton don maternel, afin d’avoir la force de toujours survivre à l’oppresseur. Pour mieux t’enseigner, on a écrit des pages, des poèmes, chanté tes valeurs. Pour mieux te perdre, l’homme égoïste t’a prise en otage, quelle traîtrise ! Les savants ont philosophé sur ton sort. Cependant, tu es chaque jour mise au ban de certaines sociétés. Bafouée, violée, tu te relèves toujours. Bannières au vent, tu bouleverses les barricades, tu piétines tes ennemis, bats le pavé en chantant. Des hommes courageux te suivent et combattent avec toi la dictature et l’esclavage, abandonnant leur vie pour libérer leurs frères. Combien sont vaincus, combien sont lassés ne pouvant plus se tenir debout ? Pourtant, ils ont pour eux ton image et leurs mots pour te sauver. Mais le combat semble toujours difficile et injuste. Égalité femme-homme est ton actualité. Manipulée par les pervers tu es humiliée souvent, mais ta fierté reste intégrale et, le menton levé, tu tiens tête à tes détracteurs.

Des hommes courageux te suivent et combattent avec toi la dictature et l’esclavage, abandonnant leur vie pour libérer leurs frères

N’en réfère jamais à la justice, plus encore dans ce monde de tyrans, car femme comme toi, Justice est une va-nu-pieds qui va errant les yeux bandés dans les couloirs gris des palais somptueux ; elle dit qu’elle est à la quête d’une balance, mais elle ne propose aucune chance. Elle prétend en son âme et conscience être sans mesure et sans poids, mais le plateau de sa balance penche souvent du côté de la fourberie. C’est une gourgandine qui passe pour une bredine car elle attend comme une Visitandine le bon vouloir de son Seigneur, tandis que les dossiers absurdement s’empoussièrent. Soumise au tyran, éloquemment inactive pour déclarer son jugement, elle nie bafouer l’innocence mettant le doute en évidence pour agir en convenance.
Cette coquine tient son épée damasquine, pour trancher la tête mesquine qui oserait défendre les plis de ta loi et de ton droit, les tiens Liberté ! Dans ces pays-là, partout, on te bâillonne, on t’assassine, quel est ton recours pour cette maltraitance ?
Va voir le poète avant qu’il ne devienne fou ! Va voir le journaliste qui dénonce cet abus de toi, avant qu’ils ne soient réduits au silence. Crie haut et fort : le savoir et la science n’enfantent pas toujours la liberté. Liberté tu agonises, on te méprise, pourtant, comme la blanche colombe, tu montes vers le ciel et, courageuse dans ton envol, tu portes toujours ce message de paix, gardant la maîtrise de ton destin pour l’offrir aux humains.

Une mouette libre et poète

Je suis une femme libre qui aime trop la liberté pour l’entacher en l’annihilant chez les autres. Je connais mes limites, je sais ce que je veux, mais le « ce que je veux », j’estime qu’il existe aussi chez toutes les personnes que je croise et pour quelque choix que ce soit. La liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence… Si je vous autorise à piétiner mes plates-bandes, je ne m’accorderai pas le droit de piétiner les vôtres, j’attendrai votre invitation pour cela !
Comme la mouette je ne peux vivre si l’on me coupe les ailes dans le dos. Peut-être est-ce les pensées du moment, mais, dans le fond, elles sont en harmonie avec ce que je suis, parfois leurs expressions diffèrent mais je ne crois pas rentrer dans le portrait de « la donna è mobile », la mouette est parfois blanche à tête noire, dite rieuse mais elle n’est point volage… juste poète, et si elle grave ses amours dans le sable, la mer se charge de les effacer. Ses plumes d’amoureuse sont parfois soulevées par le vent des mots, est-elle inconstante pour cela ?
Naviguer sur cette terre provoque de curieux rendez-vous. Ce n’est ni la jungle, ni la brousse, et, pourtant, ce pourrait être un lieu de perdition où les mauvaises rencontres sont plus pernicieuses puisqu’elle fait confiance aux émotions exprimées.
Si la mouette peut échapper aux requins en jaillissant vers le ciel, il peut lui arriver de se faire piéger au gré des troubles provoqués par de beaux-parleurs. Elle sait que certains sont artistes dans le camouflage, d’autres assez pervers pour se dissimuler sous l’aspect princier d’un dieu des Océans, alors qu’ils n’étaient que les amphitryons des rivages glauques. Quittant les grèves pour les bois alentours, n’a-t-elle pas croisé d’étranges personnages qu’elle croyait fabuleux et qui n’étaient que prédateurs ?
Mais tout cela ne changera pas les rêves d’une mouette posée sur son rocher, lorsque le soleil se couche, elle ne voit que l’or du soleil, tandis que ses songes vont et viennent sur le balancement des eaux marines. Elle est oiseau libre et vivant !

Françoise Bidois
Poète et auteure de nouvelles, Françoise Bidois a animé un atelier d'écriture pendant dix ans. Elle illustre ses recueils de poésies de ses dessins pastel et de ses photos, et participe à des expositions pour ses tableaux d'étain.