Est-ce ainsi que les hommes vivent… ? – Edito

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En ces temps de médiacratie et d’avilissement moral et politique, la question mérite d’être de nouveau posée, de manière radicale : est-ce ainsi, en effet que les hommes vivent, lorsque l’on voit aujourd’hui des politiques dévoyés, se réclamant de la République, se vautrer dans des discours nauséabonds et prendre pour boucs émissaires, l’étranger, le chômeur, le Rom, l’Arabe, le Juif, l’homosexuel ou le « mauvais Français »

Est-ce ainsi que les hommes vivent, lorsque l’on assiste, citoyens impuissants, à la captation de l’agenda journalistique par une caste politico-médiatique qui met en scène une rhétorique du mensonge où le journaliste n’est souvent plus tenu qu’au service d’opinions ou d’intérêts au détriment de la vérité ?

Ne nous payons plus d’illusions et de mots vides de sens, rares sont les politiques pratiquant le parler vrai, encore plus rares sont ceux qui, fidèles à leurs convictions, porteurs d’un courage moral, prennent le risque de déplaire en engageant des mesures qui permettent aux citoyens d’accéder à une place respectable dans la société, les assurant ainsi contre les processus d’exclusion, d’humiliation et d’indignité.

bouc emissaire tony gouarch

Défendre et vivifier notre démocratie

Le danger pour nos démocraties est bien réel, car il naît aussi de la placidité avec laquelle la majorité d’entre nous accepte de voir se limiter nos libertés durement gagnées par nos anciens. Et comme l’écrit Ulrich Beck : « Il revient désormais aux individus de résoudre individuellement les problèmes générés collectivement, de combattre les peurs et les menaces suscitées par la société et de le faire à partir de ressources individuelles. » Car enfin, rêver, penser, agir pour inventer et réinventer son existence, constitue l’un des meilleurs antidotes à ces temps de sociétés du mépris où le simple « Honneur d’être citoyen » ne compte plus pour grand-chose pour les élites et oligarchies autoproclamées.

« Chacun de nous peut changer la vie », disait la résistante Charlotte Delbo. Cette phrase lourde sens, devrait nous inviter à quérir en nous le dissident qui sommeille… qui se cache… ou qui se tait.

Mais n’est pas dissident qui veut, faut-il encore le pouvoir, et comme le décrit si bien l’écrivaine cubaine Zoé Valdès dans nos colonnes, la dissidence authentique se mérite, et le courage qu’elle réclame n’est pas ici de pure forme. Il est la valeur fondatrice et cardinale qu’incarnent ces femmes et ces hommes, ces irréductibles, ces justes qui, de par le monde, surmontent leur peur, refusent de s’abaisser, de s’oublier et de se faire oublier.

Ils sont ce « sel de la terre », qui nous interpellent, nous invitent à nous réveiller, à réfléchir à nos indifférences, à nos passivités ou à nos lâchetés. Debout, seuls face au monde et au reste des hommes. Ils nous convient par leur exemple à faire « ce qu’il y a à faire » et ce que l’on doit faire, ainsi qu’à porter une attention particulière et soutenue aux êtres et aux choses, nous permettant par là même de réduire la barbarie tapie au fond de nous.

Loin des postures hyper-individualistes et opportunistes ou des petits arrangements avec soi-même, la dissidence ne se négocie pas, ni se délègue aux autres, elle reste une affaire entre soi et soi, d’endurance, de caractère et de complexion, qui consiste en un face-à face continu avec la vérité nue, la sincérité et l’authenticité. Il s’agit bien là de faire cet ultime premier pas, de côté, en rupture radicale avec la somnolence d’autrui et les simulacres, et de faire front en refusant l’acceptation et la légitimation de l’inacceptable, d’où qu’il vienne.

Relever la tête

Certes, si personne ne sait à quoi ressembleront demain la société et la civilisation, et s’il n’est pas simple d’être ou de rester droit à une époque où rien ne l’est, rien ne nous oblige cependant à tomber dans la résignation et l’indifférence à autrui et à la société. Chacun de nous a sa part de responsabilité civile dans notre vie collective, et se penser victime d’un système tout en laissant d’autres se battre à sa place n’est ni plus ni moins qu’une lâcheté dont tout le monde subit tôt ou tard les effets délétères.

Se ressaisir, relever la tête et se fixer une nouvelle ligne d’horizon ; se battre pour la justice et les libertés, pour un changement de société, ouvrir grand les fenêtres sur ce qui nous entoure, sur le monde, sur un espace de possibles et de désirs, dans l’audace et l’insoumission, constituent un joli viatique de vie et de partage. Faire de sa vie un terrain de jeux, de créativité et d’expérimentations, permettant de l’enrichir et d’innerver la société d’une pluralité de parcours et de modes de vie secrétant en quelque sorte les prémices initiatiques de nouvelles formes de dissidence institutionnelle ou civile au service de la liberté et d’un nouveau monde à fonder.

Voilà ce qui fait l’objet même de la création de The Dissident : être un webzine d’information, indépendant, humaniste et radical, qui propose une information inédite, non formatée et non-alignée, au service de la liberté, de la dissidence, de la créativité, de l’émancipation, de la singularité et de l’exemplarité de l’homme dans l’histoire comme dans l’actualité.

Rémy Degoul
Rémy Degoul, fondateur et directeur de publication de THE DISSIDENT, fondateur d’Europe Créative, administrateur de l’APCP- Association pour la création d’un Conseil de presse, ancien Administrateur du Fonds Européen pour la Liberté d’Expression, ancien président du COLISEE-Comité de Liaison pour la Solidarité avec l’Europe de l’Est.