Entretien avec Silvana Conte, une voix brésilienne à l’accent du Sud - The Dissident

Entretien avec Silvana Conte, une voix brésilienne à l’accent du Sud

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Après plus de deux semaines de manifestations intenses au Brésil, Silvana Conte, journaliste indépendante basée à Montpellier, analyse la situation de son pays et revient sur son intégration au sein de la société française. Une rencontre au-delà des différences.

C’est au pluriel qu’ils sont entrés sur le devant de la scène. Un peuple en colère dévoilé par les cris de manifestants aux mille visages. Le vert et le jaune comme drapeau, ils remplissent les pages des journaux depuis plus de deux semaines. Ils, les brésiliens révoltés par l’incapacité du gouvernement à répondre à leurs vrais problèmes et par sa facilité à gaspiller des millions pour des investissements qui ne leur rapporteront rien.

Silvana Conte est une journaliste brésilienne installée depuis longtemps en France mais son cœur est resté au pays. Depuis Montpellier, où elle vit, elle commente l’actualité du Brésil sur son blog Brasilidade et c’est sans fausse pudeur qu’elle a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, ses difficultés à s’intégrer dans la société française et, évidemment, sur l’exaspération qui a fait sortir ses concitoyens dans la rue.

Quel a été votre parcours  en France ?

Silvana Conte

Silvana Conte

Je vis en France depuis 23 ans. Comme journaliste, j’ai travaillé quelques années au Brésil, dans des grands médias à São Paulo. Après je suis venue en France pour faire des études de sociologie. Je suis basée à Montpellier et j’ai travaillé pour quelques médias locaux, dont Midi Libre. J’ai aussi participé à un projet de télévision locale réalisé en 2003. Pendant à peu près 4 ans, j’ai été responsable d’un site web en version brésilienne pour un grand groupe français. En 2007, ma mission s’est arrêtée auprès de ce groupe et j’ai décidé de lancer le blog Brasilidade avec lequel j’essaie de couvrir l’actualité brésilienne en France et un peu en Europe selon mes sources d’information.

Vous est-il difficile de traiter l’actualité brésilienne depuis la France ? Avez-vous un réseau de personnes qui vous parlent de ce qui se passe sur place ?

En fait, en 2005 avec l’année du Brésil en France, il y a eu beaucoup d’ouverture et l’image du Brésil a changé. J’ai eu beaucoup de contacts à ce moment-là, mais comme je travaillais, je n’ai pas eu la possibilité de m’en occuper. En 2007, j’ai décidé de lancer la machine et c’est vrai qu’au départ ce n’était pas évident. Les gens ne voyaient pas trop l’intérêt mais petit à petit j’ai réussi à former un réseau aussi bien en France, où il y a plusieurs communautés brésiliennes (surtout à Paris, un peu à Montpellier, un peu dans le Sud), qu’au Brésil où ça a été plus facile de faire remonter l’information. Maintenant, cinq ans après, je suis agréablement surprise de savoir que les choses se passent différemment. Internet a joué un rôle très important, je suis connue, c’est beaucoup plus facile de communiquer, d’entrer en contact avec les gens et surtout à travers les réseaux sociaux. Comme la situation économique au Brésil a beaucoup changé, les brésiliens bougent beaucoup. En 20 ans, j’ai pu remarquer qu’il y a beaucoup de brésiliens qui viennent en France pour faire des études. Ma génération n’a pas trop bougé, mais la nouvelle génération bouge énormément donc l’information circule plus facilement. Il y a pas mal de brésiliens en France qui viennent pour étudier et qui décident de s’installer. La plus forte proportion de brésiliens se trouve à Paris. Il y a beaucoup d’artistes à Paris et au départ mon blog était plutôt culturel, axé sur des petites manifestations, et au fur à mesure que la France a commencé à s’intéresser davantage au Brésil et qu’il y a eu plus d’ouverture dans ce sens-là, les choses ont commencé à évoluer.

Vous disiez que vous avez vu changer l’image du Brésil en France. Pouvez-vous expliquer en quoi cette image a-t-elle changé ? Quelle était l’image que l’on avait avant et celle que l’on a plutôt maintenant ?

Bon, les clichés demeurent ! La carte postale de Rio, le carnaval, le foot et la violence restent dans les esprits, ça ne bouge pas trop. Quand je regarde certains médias, et surtout l’audiovisuel en France, jusqu’en 2005 on parlait du Brésil quand il y avait une grosse affaire au niveau d’une favela de Rio, il y avait énormément de violence. Avec l’année du Brésil en France, les choses ont changé, la France et les médias ont décidé de s’intéresser un peu plus à la société. Une des choses qui a aussi beaucoup contribué à ce changement c’est l’arrivée de Lula au pouvoir. A partir de 2005, il y a eu un changement. Avant, quand je disais que j’étais brésilienne, tout le monde était étonné que je sois blanche parce que l’image c’était celle de la métisse et c’était « Ah, vous parlez espagnol ! ». Et je disais « non, je parle portugais ! ». Ça m’a toujours intriguée que la plupart des français ne sachent pas que l’on a été colonisé par les portugais. Pour les français, c’était l’espagnol et les blacks ! A partir d’un moment, la presse a commencé à regarder le Brésil autrement et à montrer autre chose du Brésil.

A votre arrivée en France, est-ce que vous avez souffert de ces clichés ? Est-ce que votre installation a été facile ou bien avez-vous eu des difficultés à vous intégrer à la culture française ?

Un peu oui. C’est toujours difficile de quitter sa terre natale. Quand je suis arrivée en France, j’avais 25 ans, je ne parlais pas français et j’avais aussi en tête les clichés de la France : la langue française, la gastronomie, le vin, le patrimoine historique… J’avais plein de choses en tête. C’est vrai que ce n’est pas évident. Pour moi et pour la plupart des sud-américains que je connais, il y a toujours un choc parce qu’on est confronté à beaucoup de barrières. Quand on ne parle pas la langue, on n’est pas bien accueilli donc on a du mal à communiquer, à s’intégrer, et malgré tous les efforts que l’on fait, ça reste difficile. Moi, je suis tombée amoureuse de la langue française et de certains aspects de la culture française mais, même aujourd’hui, avec mon accent, je suis toujours confrontée à des situations désagréables. Je m’y suis faite, maintenant quand je vois les brésiliens qui arrivent, ils sont contents mais vient toujours un moment où ça bascule et ça commence à grincer. C’est vrai que l’image des français en ce qui concerne l’intégration de l’étranger n’est pas très positive.

Vous rencontrez toujours ces difficultés aujourd’hui alors que vous parlez un français parfait ?

Oui, je suis considérée comme une étrangère. Le sentiment que j’ai est qu’il n’y a pas de place donc quoi que je fasse, il y a une distance. Les français gardent une distance, je l’ai remarqué même auprès de mes confrères journalistes. Je pense qu’il y a une certaine peur très ancrée dans la société française. Le fait d’étudier la sociologie m’a beaucoup aidée à comprendre les clivages de la société, ses peurs et aussi à dépasser ce stade et à ne plus en souffrir. Mais une chose est sûre, tous les sud-américains souffrent. Je n’en connais pas un pour qui ça ne soit pas le cas. On aime beaucoup la France, on se donne à fond, mais on souffre parce que cette distance vis-à-vis de l’étranger est ancrée dans la société. Dans le milieu artistique, ça se passe un peu mieux, dans le milieu parisien aussi, mais dans les petites villes c’est quand même assez compliqué.

En France, la diaspora brésilienne reste-t-elle assez éclatée ou recrée-t-elle des liens et des solidarités ? 

J’ai l’impression que la communauté brésilienne à Paris est beaucoup plus motivée à faire des choses ensemble, c’est beaucoup plus spontané. Ici, à Montpellier, ce n’est pas du tout le cas. Il y a aussi une question d’affinités, de compatibilité par rapport aux modes de vie. Il y a des personnes qui sont dans la musique ou dans la danse et qui ont une certaine façon de vivre qui est différente d’une femme mariée avec des enfants et qui ne va pas avoir les mêmes centres d’intérêt. Je compare par rapport aux communautés latinos et elles sont beaucoup plus soudées, beaucoup plus conviviales, il y a une vraie solidarité entre les colombiens, les vénézuéliens, les péruviens. Entre les brésiliens, je n’ai pas trop envie de me prononcer car c’est un peu spécial. J’ai des amis à Toulon, il y a des brésiliennes qui se connaissent de longue date, il y a une certaine solidarité et elles s’entendent assez bien. A Marseille, également. Après je ne sais pas, à Montpellier c’est un peu bizarre.

La présence d’une communauté forte vous manque ?

Oui, parce que l’on est dans l’illusion que l’on va quitter son pays et que l’on pourra reconstruire en France ce que l’on avait là-bas, mais ce n’est pas toujours le cas. A Toulon, les filles arrivent à se voir régulièrement, elles font plein de choses ensemble et pourtant elles sont mariées avec des enfants, mais ça se passe mieux. Ici, c’est un peu différent. A Paris, je ne sais pas. Il y a eu la manifestation, j’ai vu passer des choses sur Facebook, je crois aussi qu’il y a une communauté sur Toulouse mais je ne sais pas trop si ça se passe bien ou pas. Apparemment, ça s’est bien passé à Paris, j’ai appris qu’ils voulaient annuler mais que finalement la manifestation avait été maintenue.

Il y a effectivement un comité de soutien qui s’est créé sur Facebook avec la volonté d’organiser samedi dernier une manifestation de soutien au peuple brésilien, place de la Nation à Paris. Au dernier moment, les organisateurs qui avaient lancé l’invitation originelle ont décidé d’annuler, mais de nombreuses personnes s’y sont rendues. Quel regard portez-vous sur la situation du Brésil ?

Pour tout vous dire, ils ont bien fait leur boulot. Tous les matins, la première chose que je fais c’est de lire la presse brésilienne, je regarde Folha de São Paulo (ndlr : un des principaux quotidiens du Brésil) et la veille de la première manifestation, il n’y avait rien dans les journaux. Les organisateurs ont vraiment bien travaillé car, quand j’ai vu les manifestations dans Folha de São Paulo ce jour-là, j’ai été surprise. Je me suis dit « Waouh », ça y est, ça commence. C’est quelque chose qui se préparait déjà depuis longtemps.

Vous attendiez-vous à ces manifestations, à un tel soulèvement de la population brésilienne ou c’était un mouvement que vous n’imaginiez pas possible ?

Non, j’étais agréablement surprise car je voyais venir la situation. Au Brésil, les choses ne vont pas depuis longtemps, depuis le premier mandat de Lula. Il y a des problèmes en ce qui concerne la santé, l’éducation, la corruption qui datent de décennies et que ni Lula ni les présidents précédents n’ont résolus. La mayonnaise a commencé à monter avec le premier mandat de Lula, il y avait déjà des mécontents. J’ai des contacts, ma famille et mes amis sont au Brésil, et depuis l’année dernière, quand je discute avec eux, je sentais qu’il y avait déjà une pression énorme sur le gouvernement, un mécontentement sous-jacent. En discutant avec les gens, je leur ai demandé ce qu’ils voulaient faire et ils me répondaient « Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? ». Je m’attendais à ce qu’il se passe quelque chose l’année prochaine, avec les élections au Brésil. Mais à ma grande surprise, il y a eu les manifestations à cause de l’augmentation des tarifs des transports en commun. Derrière cela, il y a d’autres revendications, les brésiliens se sont rendus compte de tout l’argent dépensé pour la Coupe du Monde. L’année dernière, il y a eu énormément de scandales de corruption et je pense qu’ils attendaient autre chose de la présidente. Dilma est en fait une marionnette de Lula et elle vient de le prouver : avant de faire son allocution à la télévision, elle est allée se concerter avec Lula, ce qui montre que ce n’est pas vraiment elle qui se trouve à la barre du navire. Les brésiliens sont mécontents depuis longtemps et ils ont profité de cette occasion pour lancer la machine. Je suis tout à fait d’accord, bien sûr je déplore la violence, les morts et le vandalisme, mais malheureusement c’est inévitable. Je déplore également la position de la police qui est vraiment répressive et n’a jamais été préparée pour affronter ce genre de situation. Il y a beaucoup de choses qui doivent changer, je suis l’évolution de la situation, on verra ce qu’il va se passer. Pour l’instant, ils sont revenus en arrière par rapport au tarif de transport mais les brésiliens veulent vraiment des changements profonds.

Quels sont les changements que les brésiliens attendent aujourd’hui ? Qu’aimeriez-vous que ces manifestations changent dans le pays ?

En regardant la télévision et en lisant la presse, j’ai vu les slogans des pancartes, il y en a un qui m’a plu et qui disait : « Derrière les slogans, il y a le quotidien ». Les brésiliens souffrent depuis longtemps, la génération de mes parents, ma génération ont souffert et cette génération est en train de souffrir des choses qui n’ont pas changé. Il y a un grave problème de santé publique, il faudrait déjà investir et améliorer la santé. La seule solution que Dilma ait trouvé, c’est de faire venir des médecins étrangers. Ce n’est pas la solution, on en a de très bons au Brésil, seulement il faut réformer les hôpitaux, créer plus de lits et mieux payer les médecins. Des choses de base que l’on a, nous ici en France. Il faut savoir qu’au Brésil la santé coûte très cher, le système public est catastrophique. Si vous voulez avoir un soin à la hauteur, vous devez payer une assurance médicale privée qui coûte très cher. L’éducation ne fonctionne pas bien non plus, si vous voulez donner une éducation convenable à vos enfants, il faut payer des écoles privées très chères. Le taux d’analphabétisme est très élevé et ce n’est absolument pas normal pour celui qui a l’image d’un pays qui se développe. Il y a beaucoup de ressources et de possibilités au Brésil, mais les choses de base n’ont jamais été prises en charge par le gouvernement. C’est ce qu’attendent aujourd’hui les brésiliens. C’est très dur d’étudier là-bas. Je ne suis pas allée dans une université publique, j’ai dû aller dans une université privée, je travaillais toute la journée, de 8h à 18h, et j’allais à la fac à 19h, je prenais 2 bus pour y aller. C’est ça le quotidien des brésiliens. Je restais à la fac jusqu’à 23h et je partais en courant pour prendre le dernier bus. J’arrivais chez moi à minuit, voire une heure du matin et cette nouvelle génération en a marre de vivre ça. Elle pense mériter mieux et elle a raison. C’est très dur de faire des études, il n’y a pas de bourse, on doit travailler pour payer ses études, prendre plusieurs transports en commun par jour, on y reste des heures, il y a beaucoup de violence, c’est terrible. Depuis l’année dernière, on ne peut pas aller retirer de l’argent au distributeur sans se faire braquer, il y a les kidnappings, au restaurant des groupes viennent vous voler, dans le bus aussi, il y a les braquages aux feux rouges… Ca fait des décennies que ça se passe comme ça et il faut que ça s’arrête. Il y a un slogan que j’ai vu qui disait ça : « Appelle-moi Coupe du Monde et investit en moi ». Pourquoi investir des milliards dans des stades alors que l’on n’a pas d’éducation, ni de santé, que les transports sont mauvais et qu’il y a de l’insécurité ?

Le monde entier a vraiment redécouvert le Brésil sous Lula, c’était LA personnalité adorée des médias étrangers. Est-ce que ces manifestations sont la marque que les deux mandats de Lula n’ont pas été si bons ?

Oui, tout à fait, et d’ailleurs les manifestants ne veulent pas de partis politiques, il y a des bagarres entre eux à ce sujet. Je suis contente parce qu’ici à Montpellier et partout au Brésil, il y avait un culte de Lula, c’était le Christ et Lula sur terre. On ne pouvait rien dire sur lui. C’est vrai, il a fait beaucoup de choses, il a changé l’image du Brésil, il a beaucoup voyagé, il a passé beaucoup d’échanges commerciaux, aussi bien dans le bon sens que dans le mauvais, mais il n’a pas touché aux problèmes de fond. Il y a aussi un autre problème qui commence à émerger : les brésiliens sont surendettés. Lula a ouvert des lignes de crédit aux brésiliens très défavorisés et, maintenant, je crois qu’une famille sur quatre est surendettée. Il y a une prise de conscience générale et ceux qui soutenaient à fond Lula ont changé complètement d’avis.

Qu’est-ce qui va se passer maintenant sur le plan politique ? Lula va-t-il être contraint de se représenter ?

Je ne sais pas comment les choses vont s’articuler, mais en tout cas les manifestations ont été positives dans ce sens-là. Le parti qui est actuellement en place va peut-être se rendre compte qu’il doit faire attention, Dilma est en train de mobiliser pour faire des pactes sociaux, elle rencontre plusieurs personnes liées au mouvement. Au Brésil, tout est possible, les manifestations vont continuer, il y a eu une grosse manifestation le 26 juin à Belo Horizonte où un match de la Coupe des Confédérations avait lieu. Les manifestations vont continuer jusqu’à ce que les choses commencent à se mettre en place. Elles vont peut-être se calmer avec l’arrivée du Pape pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, mais les gens sont en attente d’une position plus concrète de la part du gouvernement qui, lui, est très surpris car il ne s’attendait pas du tout à ça. J’espère que les brésiliens vont se manifester l’année prochaine dans les urnes, mais pour qui voter ? Il n’y a pas d’opposition, je ne sais pas qui pourrait émerger. Du moins, les manifestations auront réussi à ébranler les politiques en place et à faire prendre conscience du fort coût de la vie.

Le soulèvement des brésiliens va-t-il contribuer à changer encore un peu plus les clichés sur votre pays ? J’ai eu l’impression que la presse française découvrait qu’au Brésil on pouvait s’intéresser à d’autres sujets que le foot, que ça n’était pas si sacré finalement quand les droits, la justice et le quotidien étaient en jeu.

C’est vrai, mais j’ai suivi les grands médias et je pense que le ton a été très juste. Il y a eu des débats avec des brésiliens, des experts. J’aime bien ça, les médias français vont toujours chercher le gars qui a fait Sciences Po ou qui est expert de l’Amérique latine ! C’est vrai qu’il y a eu cet effet de surprise, mais moi-même je l’ai été. Il faut savoir que le Brésil ce n’est pas que le foot ou le carnaval, il y a beaucoup de mauvaises choses, de bonnes aussi et c’est important d’ouvrir le regard et de comprendre la situation.

Qu’est-ce qui vous manque le plus de votre pays au quotidien ? Qu’est-ce que vous n’êtes jamais parvenue à recréer en France ?

Ce qui me manque le plus ce sont les relations humaines. Je pense que tous les latinos ont le même ressenti. Je vois avec mes amis colombiens, c’est tellement spontané ! Je comprends les français, je n’ai pas envie de les juger, mais la spontanéité me manque. C’était tellement facile au Brésil, ici il faut prendre rendez-vous. J’ai l’impression que je suis toujours sur mes gardes, il faut que je sois parfaite, en tant qu’étrangère je n’ai pas le droit de faire un faux pas, j’essaie de parler doucement, je ne rigole pas en public, je suis toujours très polie, j’ai l’impression que je dérange tout le temps.

Si vous en aviez la possibilité, retourneriez-vous vivre au Brésil ?

Ah, on a tous envie de rentrer ! Je ne fais pas de projet à ce niveau-là, je pense avoir encore des choses à faire ici, mais c’est vrai qu’on est tous divisés, le cœur est toujours partagé. On essaie d’y retourner le plus souvent possible pour se ressourcer mais, pour l’instant, je ne peux pas me positionner. Un jour, peut-être, quand je serai à la retraite, que mes filles seront bien installées dans leur vie, mais je ne me suis pas trop posée la question. J’essaie de vivre avec les deux cultures, de ne pas perdre mon côté brésilien et ça passe par l’écriture, les rencontres que je fais, les contacts que j’ai. J’investis beaucoup d’énergie dans le blog, j’espère en développer le contenu et, pour l’instant, ça me suffit. Je suis dans le présent.

A la Une : Les Brésiliens s’insurgent contre l’augmentation du coût des transports en commun. Photo DR

Jessica Swiderski
Jessica SWIDERSKI : Sensible aux mots et aux voix, grande auditrice et lectrice inépuisable, j’attache beaucoup d’importance à l’analyse du traitement de l’information dans les médias français et étrangers. Curieuse et adepte du mouvement, je suis chroniqueuse Culture depuis 2009 pour le Webzine Discordance où j’aime faire découvrir la culture latine qui me passionne.