Ferme des 1 000 vaches - Confédération paysanne : deuxième round - The Dissident - The Dissident

Ferme des 1 000 vaches – Confédération paysanne : deuxième round

Procès des Mille vaches, Amiens, juillet 2014 © Flickr/Jérôme Halâtre

Militants écologistes, syndicalistes et paysans appellent à soutenir les neuf membres de la Confédération paysanne qui comparaissent aujourd’hui en appel au tribunal d’Amiens. Accusés de dégradations sur la ferme industrielle des Mille vaches, ils avaient été condamnés en octobre 2014. Retour sur une affaire qui déchaîne les passions.

Ils espèrent aujourd’hui mobiliser les foules devant le tribunal d’Amiens (Somme). La Confédération Paysanne a lancé un appel pour soutenir neuf de ses militants, attaqués en justice pour avoir tenté d’empêcher la construction de la ferme industrielle des Mille vaches, en Picardie.

Notamment attaqués pour « dégradation en réunion » et « refus de prélèvement ADN », les neuf syndicalistes  ont été condamnés le 28 octobre 2014 par le tribunal correctionnel- des peines qui sont de 300 € d’amende à 5 ans d’emprisonnement avec sursis. Un verdict dont  ils ont décidé de faire appel, estimant que « des actions syndicales n’ont pas à être sanctionnées pénalement », comme le rappelle un tract du syndicat paysan.

Procès des Mille vaches, Amiens, juillet 2014 © Jérôme Halâtre

Procès des Mille vaches, Amiens, juillet 2014 © Flickr/Jérôme Halâtre

Une entreprise colossale

Projet de ferme industrielle, la ferme des Mille vaches devait à l’origine, comme son nom l’indique, accueillir un millier de vaches laitières. Pensé en 2009 par l’industriel multimillionnaire Michel Ramery, cet élevage colossal – trente-cinq fois plus grand qu’une exploitation française moyenne – n’est aujourd’hui autorisé qu’à accueillir 500 bêtes.

Ce que critiquent ses opposants ? Primo, que le projet soit mené par un industriel, et non des paysans qui se seraient associés pour produire plus. Une entreprise qui suscite d’ailleurs des crispations au-delà du monde agricole : avant le début des travaux, une enquête publique avait déjà montré la forte opposition des habitants locaux.

Deuxio, si une enquête menée en 2012 avait conclu que le projet serait « sans préjudice pour l’environnement », des dizaines d’association et plusieurs partis politiques ne partagent pas cet avis. « [C’est un] modèle d’agriculture industrielle qui menace l’environnement et écrase les petits paysans », estime notamment Europe Ecologie – Les Verts.

Tertio, les militants critiquent les conditions d’élevage des bovins, et notamment leur entassement. Aujourd’hui, environ 800 vaches vivent dans la ferme, alors qu’un arrêté préfectoral de 2013 limite  leur nombre à 500. Il y a peu, un ex-employé de ladite ferme-usine s’est d’ailleurs confié sur le sujet au site Reporterre. Il y raconte les conditions déplorables dans lesquelles vivent les bêtes et parle d’au moins « 300 vaches qui boitent. » Et ajoute : « Elles sont fatiguées, maigres ». Sous couvert d’anonymat, ce dernier alarme quant aux conditions de travail des salariés : « On nous traite comme des chiens. Les salariés sont usés, comme les vaches ».

Enfin, dernier point de conflit : un méthaniseur qui utilise les bouses des vaches pour créer de l’électricité. Une fois le courant revendu à EDF, il faut épandre les résidus créés par la machine sur une surface de 1 500 hectares… Un procédé qui produit deux à trois fois plus d’azote qu’une méthanisation naturelle, selon une analyse menée l’année dernière par l’Irstea (l’azote étant un polluant connu de l’air et de les eaux).

Procès des Mille vaches, Amiens, juillet 2014 © Jérôme Halâtre

Procès des Mille vaches, Amiens, juillet 2014 © Flickr/Jérôme Halâtre

Trois ans de lutte

À peine six mois après le dépôt du permis de construire, des membres de la Confédération Paysanne pénètrent une première fois sur le chantier, pour en empêcher la construction. En mai 2014, nouvelle opération : le syndicat  tente cette fois-ci de démonter la machine de traite. Cinq militants sont alors interpellés et placés en garde à vue. Pour autant, les actions sur place se répèteront, notamment lors de l’arrivée des premières vaches en septembre 2014. Selon l’avocat qui défend l’entreprise, les dégâts  occasionnés par « ce saccage » s’élèveraient  environ à 150 000 euros.

La lutte est donc loin d’être terminée pour les écologistes et les syndicalistes picards. Alors que le procès du 28 octobre dernier avait rassemblé environ 3 000 sympathisants, la Confédération Paysanne appelle aujourd’hui à la mobilisation. Outre José Bové et Jean-Luc Mélenchon, des milliers de personnes sont attendues ce 17 juin devant le tribunal d’Amiens.

 

Une main à la plume, l’autre à l’objectif, un œil fermé, l’autre dans le viseur pour mieux contempler ce monde qui part à vau-l’eau, Justin chaloupe de ville en ville à la recherche de l’actu qui dérange. Étudiant, il a commencé le journalisme avec Moto Journal, TSA ou encore Radio Campus.