Génération désenchantée… ?

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J’ai souvent entendu dire que ma génération, la fameuse génération Y, manquait d’engagements, de batailles, de passion. Comme si avoir 20 ans en l’an 2000 était un signe marquant du désenchantement du monde. Comme si nous avions refusé de grandir, éternels adolescents sans combat, punks nihilistes sans futur. Comme si pour marquer l’Histoire, il fallait qu’une génération ait fait une guerre, celle de 39-45, une fronde, celle de Mai 68, ou encore une marche, celle de 1983. A l’heure de la télé-réalité, de la marijuana médicale et du twerk, ma génération est en effet bien loin de celle qui a pris le maquis, lancé des pavés sur les CRS ou se faisait ratonner.

génération désenchantée

Peu d’ainés peuvent arguer de nous comprendre réellement, nous et notre refus d’accepter un emploi qui ne nous permettrait pas de nous épanouir, mus par ce besoin viscéral d’être en adéquation avec notre moi profond. Centré sur nous, nous le sommes, parce que de notre humanité intérieure nous rejoignons les rives de l’Humanité toute entière. Tel un « connais-toi toi-même » moderne, nous avons pris pour leitmotiv un adage de Mandela : « Une des choses les plus difficiles n’est pas de changer la société mais de se changer ». C’est ainsi que nous tentons d’être le changement que nous voulons voir dans le monde.

Il vous semble que nous ne voulons pas nous contraindre, que nous avons eu la vie douce, tellement plus douce que vous à notre âge, et que nous ne nous en rendons même pas compte. Et pourtant… Si vous avez mené de grands combats motivés par de profonds projets de société, l’art de la guerre a aujourd’hui changé. Dans un monde multipolaire, mondialisé et interconnecté, les luttes prennent de nouvelles formes. Nous sommes passés du noir et blanc à 50 nuances de gris. Écologie, LGBT, antispécisme, bien-être psychologique et spirituel : les combats du XXIe siècle sont plus complexes et plus nuancés, à l’instar du monde dans lequel nous évoluons.

La France ne connaît plus de guerre sur son territoire, nous n’avons plus de gouvernement autoritaire à combattre, et l’on ne tue plus les étrangers sur notre sol, mais notre monde a son lot de malheurs : chômage, SIDA, discrimination, exclusion… A chaque époque ses dissidences, les nôtres se jouent à l’ère des smart phones et de la zone euro. Ma génération est ainsi faite du melting-pot des combats des Indignés, du Printemps Arabe, des Anonymous et de Wikileaks. Nous sommes la génération aux luttes multiples, diverses et variées. Pourquoi devrions-nous systématiquement faire table rase du passé et déconstruire entièrement ce qui nous a été légué par ceux qui sont passés avant ? Notre génération viendra mettre la cerise sur le gâteau de vos conquêtes, et la suivante, à son tour, viendra ajouter sa pierre à l’édifice.

Nadia Rabbaa
Née en France mais ayant grandi au Maroc, Nadia reviendra le temps de faire Sciences Po puis s'envolera vers le Canada y faire un Master de journalisme. Après avoir passé plusieurs années entre l'Amérique du Nord et l'Afrique, pratiquant le journalisme dans toute sa diversité culturelle et technique, Nadia est depuis peu basée à Paris, riche de son expérience internationale.