HK, le rallumeur d’étoiles

HK Copyright Julien Pitinome

Par sa joie de vivre « Rallumeurs d’étoiles » le troisième album d’HK et les Saltimbanks -Blue Line/Pias Avril 2015- met du baume au coeur dans une période socialement critique. Portrait d’un saltimbanque engagé.

Il s’appelle Kaddour Hadadi pour l’état civil. Mais sur le pavé qu’il bat dans les mouvements sociaux, altermondialistes, écologistes, on le connaît par ses initiales inversées: HK. Sa chanson « On lâche rien » qui date de 2011 est devenue l’hymne d’une « révolte joyeuse et en mouvement », de toutes les mobilisations, dans le sillon tracé en 2003 par « Motivés ! » de Zebda. Accessible, chaleureux, HK se sépare rarement de sa gâpette de gavroche. Il arbore l’air souriant de la jeunesse dans une période qui est pourtant tout sauf souriante ! On le voit parfois coiffé d’un keffieh pro-Palestinien et symbole de tous les oppressés. « Je suis ce poète chilien enfermé dans les geôles de Pinochet, ces jeunes qui se sont levés pendant les Printemps arabes. Ceux qui se lèvent parfois (trop) rarement en France », explique t-il.

« Si tout le monde dit merci ça irait mieux la France ! »

Avec son groupe HK et les Saltimbanks, il se lève à sa manière : musicale. « Je suis un saltimbanque engagé », résume ce fan de Bob Marley, de Ferrat et de NTM. Dans une période de sinistrose et de casse du Code du travail, HK croit toujours qu’un autre monde est possible. Encore faut-il le réinventer ensemble. C’est l’appel qu’il lance dans le troisième album du groupe: « Rallumeurs d’étoiles » qui se réfère à un vers de Guillaume Apollinaire : « On a besoin de se retrouver, se reparler. Il y a une tendance actuelle à l’individualisme à outrance. Il y a une crise de société, des replis identitaires, communautaires, nationalistes, xénophobes, le terrorisme… Si on additionne cela mêlé au fait que la société prône l’individualisme ça donne un cocktail morbide. Il faut surtout qu’on retrouve cette envie de s’ouvrir à l’autre, d’être ensemble. Je fais de la musique. Danser ensemble pour moi ça veut dire quelque chose. C’est loin d’être anodin à notre époque. »

HK est issu du quartier de la Poternerie à Roubaix, « ville la plus pauvre de France » pour les médias, mais surtout « ville à riche immigration plurielle ». Il s’y est construit, parfois dans la douleur : « C’est un quartier dur, comme beaucoup de quartiers roubaisiens touchés par la précarité, la toxicomanie. C’est un quartier à la fois compliqué et peuplé de gens merveilleux ».
Ce terreau populaire et métissé dans lequel il a grandi lui fait balayer d’un geste les débats nauséeux sur la déchéance de nationalité pour les binationaux soupçonnés de terrorisme : « C’est ridicule, dangereux. C’est le pire des signaux qu’on puisse donner. Ça fait longtemps que je me désintéresse de ce jeu politicien morbide. C’est une course à l’échalote d’un cynisme absolu derrière l’extrême-droite. Je préfère dépenser mon énergie à penser, à imaginer, à essayer d’avancer avec d’autres gens. A des manières de militer vers le haut, de construire des choses positives. »

Un esprit 2016ard !

Le premier acte de cette construction passe par les mobilisations sociales. Malheureusement ce ne sont pas les causes qui manquent pour HK et son groupe sur le terrain où ils essaient de se rendre utiles : soutien aux ouvriers de Goodyear, aux écologistes du mouvement Alternatiba, du Réseau éducation sans frontières, d’Attac, du Droit au logement, des camps de réfugiés, des associations contre l’Islamophobie… « On a fait le Tour de France des quartiers avec cette initiative appelée « Les quartiers ne lâchent rien ». Ça se fait toujours par le biais de la musique. J’ai la chance de faire un métier qui est ma passion. Ce n’est pas donné à tout le monde de vivre de sa passion et d’être heureux d’aller travailler. J’essaie de rendre un peu de ce que la vie m’a offert en soutenant, quand je le peux, ceux qui me le demandent par le biais de la musique ». Les titres des albums précédents d’HK et les Saltimbanks fourmillent de cette envie de bouger les lignes : « Indignez-vous » en clin d’oeil à Stéphane Hessel, que l’artiste a eu la chance de rencontrer, « Sous les pavés la Bohême », « No pasaran »…

Si le Grand Soir n’est pas pour tout de suite HK continue d’y croire: « J’aimerai qu’on puisse parler d’un esprit « 2016 ard ». Qu’on écrive nous-mêmes notre propre histoire. On n’y est pas encore mais on est de plus en plus nombreux à sentir la nécessité d’écrire un nouveau chapitre révolutionnaire. Je dis dans ma chanson « Sur la même longueur d’ondes »: « Qu’on arrive enfin à se reconnaître et à se reconnecter ». Une reconnexion qui, selon lui, ne peut venir que de la société civile : « Ça part de nous, dans nos rues, nos villes, nos campagnes, dans l’espace public. Si on a la révolte intérieure de se dire « Je ne peux pas accepter ce qui se passe ! » HK, qui n’est pas encarté, ne compte pas sur une solution politique traditionnelle : « Aujourd’hui, avoir une conscience politique ce n’est pas de s’engager dans un de ces partis qui ont participé à 50 ans de déchéance de la France. C’est de s’intéresser aux affaires de notre société. D’imaginer de nouveaux modes de pensée, d’action, d’engagement. Le statu quo est la pire des choses. Ça perpétue ce mouvement dans lequel il ne se passe rien de majeur. Si ce n’est une régression, d’un point de vue politique, avec nos droits qu’on dilapide les uns après les autres. La seule chose qui compte c’est la sacro-sainte croissance, encore et toujours. Comme si on était devenus des chiffres, des statistiques. Comme si on avait perdu tout ce qui fait de nous des êtres humains. On nous dit qu’il faut accepter le monde tel qu’il est. On nous parle de Real politik. Il n’y a pas de projet humaniste dans ce modèle qu’on nous propose. Alors que s’engager c’est d’aller dans ce sens là. »

Fukushima mon amour

Parmi les chansons de l’album, l’ironique « Fukushima mon amour », chronique d’un désastre écologique déjà en marche: « Les grandes multinationales de l’agro-alimentaire, du nucléaire sont les ennemis de l’idée de démocratie. Ils servent leurs intérêts au détriment du notre. Monsanto ce sont des criminels. On veut nous imposer le tout nucléaire sans que les citoyens n’aient jamais leur mot à dire là-dessus. C’est criminel au même titre que ce font les industries pharmaceutiques, pétrochimiques, pétrolières. On est au coeur même du problème. On se confronte à de puissants lobbies qui ont la ligne directe de tous les dirigeants et qui chaque jour court-circuitent la démocratie. Être engagé dans le combat altermondialiste, écologique c’est être au centre de notre époque. »

Pour la suite HK, qui a déjà publié deux livres: «  J’écris donc j’existe ! » en 2012 et « Néapolis » en 2014 aux Éditions Villeneuve, entend continuer d’user « de cette arme fabuleuse qu’est l’écriture. » La tournée d’HK et les Saltimbanks reprend au printemps. Un nouvel album devrait être en préparation à la rentrée. Le secret d’HK pour nous donner la patate? : « Faire résonner nos mots, nos idées auprès des gens et les contaminer en se faisant plaisir. »

http://www.saltimbanks.fr/

Julien Le Gros
Julien Le Gros est un journaliste indépendant, spécialisé sur les cultures d'Afrique. Il a notamment écrit pour Jazzman - Jazz magazine, Afriscope, Mondomix... mais aussi sur Internet avec Africultures, Mondafrique, Tribune 2 l'artiste, International Hip Hop. Il a fait des reportages au Kenya, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Sénégal et récemment en Guinée Conakry sur le virus Ebola.