Un homme de l’ombre pour « canaliser la méchanceté de ce monde »

Les forces de sécurité ivoiriennes accompagnent Youssouf Fofana vers un avion pour la France, à Abidjan, le 4 mars 2006. Reuters / Luc Gnago

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Que vous disent votre don et votre expérience sur la situation en France ?

Très honnêtement, je suis véritablement inquiet de la situation de mon pays. Je me rappelle avoir fait part de mes ressentis au ministre Manuel Valls, par courrier recommandé daté d’août 2012. Je lui ai dit que je voyais une France en proie à des violences extrêmes, et j’ai bien pesé mes mots. Sa réponse a été très décevante. On ne pourra pas me reprocher en tant que citoyen de ne pas avoir eu des inquiétudes, des visions, de ne pas avoir pris les devants en contactant le ministre de l’Intérieur. C’est le rôle du politique d’écouter aussi les gens d’en bas. Vous constaterez avec moi que les violences extrêmes que la France a connu entre août 2012 et maintenant se sont produites : on a eu rappelez-vous les manifestations contre le mariage gay, nous avons aujourd’hui celles contre l’écotaxe et je vous réaffirme que nous sommes loin, très loin d’en avoir terminé.

Vous parlez souvent des politiques dans votre livre, en des termes assez négatifs. Quel est votre avis sur le sujet ?

Mon expérience en Côte d’Ivoire ne me laisse aucun doute quant à l’analyse que je dévoile dans mon livre. L’ego. J’insiste sur ce petit mot de rien du tout qui a pourtant des conséquences désastreuses sur le monde. Il ne suffit pas de grand-chose pour mettre un pays à feu et à sang. Souvent, une seule personne suffit. Voila pourquoi je dénonce une dictature politicienne. L’objectif qui était initié par la République, c’était de mettre à la tête de la France un homme choisi par le peuple. Cet homme ne peut pas décider demain matin de bruler son pays parce que monsieur est déçu ou frustré par telle ou telle chose, ou parce qu’il est sanguin comme l’était M. Chirac. L’ego de l’homme, c’est ça qui me pose un grand problème, et c’est pour ça que je dénonce ces attitudes humaines qui mettent en danger des pays entiers. Regardez Bachar Al Assad aujourd’hui, c’est lui seul qui a décidé de tirer sur son peuple.

Au vu de tous les services rendus au pays, la France vous a-t-elle renvoyé l’ascenseur ou bien vous a-t-elle ignoré ?

Je n’ai jamais fait quoi que ce soit en échange d’un quelconque remerciement.

Ils auraient quand même pu montrer un peu de reconnaissance.

La France ne m’a jamais renvoyé l’ascenseur en aucune manière. Même la promesse de remise de médaille faite par le capitaine Olivier a été oubliée. A vrai dire, je n’attends rien. J’ai fait un ouvrage, je me suis moi-même reconstruit, je travaille. Ça vaut tous les remerciements.

Voyage dans l'univers du renseignement, de Jean-Claude Vannier, aux éditions Akibooks.

Voyage dans l’univers du renseignement, aux éditions Akibooks.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

C’est là que je suis un homme comblé. J’avais destiné ce livre dans un premier temps à la famille Halimi, pour lui permettre de se reconstruire définitivement. En dévoilant la vérité sur l’arrestation de Fofana, cela permettra à cette famille meurtrie de comprendre que quelque part, des policiers français, ivoiriens, des agents secrets, des blancs, des noirs, tous mus par une amitié sans faille, se sont alliés contre toute logique dans un territoire en guerre civile, au risque de leurs vies, dans un seul but, celui de les aider. Je pense que le fait que la famille Halimi le sache peut l’aider à se reconstruire. Les policiers français n’étaient pas obligés de quitter le cocon de l’ambassade de France pour se jeter dans les rues d’Abidjan et me rencontrer à l’autre bout de la ville. On aurait pu se faire assassiner facilement. Mais ils avaient la haine, ils voulaient vraiment aider cette famille, et ils me l’ont dit.

C’est aussi un livre hommage pour rappeler que les hommes de l’ombre existent. On les oublie trop souvent. Ils meurent en silence, aussi anonymement qu’ils ont vécu. C’est pour moi une injustice de ne pas leur rendre hommage. Quand j’ai expulsé cet ouvrage, il y a beaucoup de choses qui sont sorties de moi, ça a été extraordinaire. C’est le plus beau cadeau que je me suis fait. Je n’ai pas besoin que la France vienne me faire un chèque. Cela contredirait mes idées.

Personnellement, je n’aspire plus qu’à une stabilité d’emploi. Ensuite, ce sera à feu doux jusqu’à la retraite, si j’arrive à trouver un boulot qui me satisfasse et m’aide à payer mes factures, parce que ce n’est pas encore le cas. Modestement, je crois que j’ai fait ce que je devais faire sur cette planète.

Que faites-vous désormais ?

Aujourd’hui je suis formateur en veille stratégique, en intelligence économique et en renseignement au profit d’étudiants de master 2 dans une école supérieure de commerce, l’ESC. J’œuvre avec une collègue qui partage mes convictions, le Dr Jacqueline Ysquierdo qui a préfacé mon ouvrage et qui a mis en place au Béarn un programme d’enseignement de l’intelligence économique. Nos regards croisés sur ce monde et nos échanges nous permettent de nous projeter et de construire ensemble un autre programme plus ample, avec de nouveaux objectifs pédagogiques et humains qui s’accordent parfaitement avec nos aspirations communes. En clair, je prépare des futurs managers à une quatrième guerre mondiale. Ce sera une guerre économique.

Une quatrième guerre mondiale ? Quid de la troisième ?

La troisième, on y est déjà. Elle est religieuse, musulmane. Ça fait 10 ans. Aujourd’hui, il faut que nos managers défendent les intérêts français, les employés français, mais en plus il faut qu’ils attaquent, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant. La place de la France dans le monde va passer par l’éducation de nos dirigeants.

Voyage dans l’univers du renseignement, par Jean-Claude Vannier, aux éditions Akibooks.

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Baptiste Duclos
Baptiste Duclos, journaliste et rédacteur en chef de The Dissident.