Jean-Pierre Mocky, tonton flingueur !

Jean-Pierre Mocky en 2015 © Julien Le Gros

Dix ans après la mort de Zyed et Bouna, la justice a relaxé les deux policiers mis en cause. En 1984, « À mort l’arbitre » traitait d’un match qui a dégénéré en fait divers. Selon vous, le cinéma pourrait-il traiter du drame de Clichy-sous Bois?

Ça rejoint ce qui se passe aux États-Unis, où les Noirs se font flinguer par les flics sans arrêt. Avec ce qui se passe en banlieue parisienne ou à Marseille, les jeunes issus de l’immigration font partie, à tort, d’une faune détestée par la police. Dès le départ, la police n’aime pas ces gens. Même s’ils n’ont rien fait, ils sont suspectés. On les traite mal.

Je ne suis pas contre le fait de faire un film sur ce drame – Kassovitz a fait « La Haine » – mais c’est un peu court en terme de narration. Pour moi, c’est un sujet de court-métrage ou de documentaire. Dans quelle mesure les flics sont responsables ? C’est difficile à déterminer. Je n’ai pas assisté à la scène. Et je n’aurais pas traité ce sujet parce que je n’ai jamais fait de film sur le racisme. Faire un film sur le racisme, c’est accepter qu’il existe ! C’est difficile pour moi, car je ne suis pas raciste. Pour moi, faire un film pour prouver qu’on est tous pareils, c’est une lapalissade.

Tous les gens qui ont fait des films sur le racisme se sont plus ou moins plantés. Soit vous en faites trop, soit pas assez. Comme ce film, « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? ». Ça surfait sur le créneau des « Aventures de Rabbi Jacob » qui essayait de réconcilier les juifs et les arabes. Mais dans le film avec Clavier, c’est tellement faux ! Ils finissent par dire : « Tu sais, au fond, moi je suis arabe, toi t’es juif. On s’aime mais on ne s’aime pas parce que toi tu manges casher et moi halal ». Cet alibi est censé expliquer l’antagonisme entre les uns et les autres. Il y a des raisons plus profondes, liées à la colonisation, qui sont occultées au profit de futilités. Trouver la juste mesure pour qu’un film soit porteur d’antiracisme est très difficile. C’est pour ça que j’ai laissé ça à mes confrères.

En revanche, de « L’Albatros » (1971) en passant par « Le miraculé » (1987), vous avez beaucoup traité la de la corruption dans le monde politique et la religion…

Il faudrait que les prêtres ne soient pas pédophiles et que les politiques soient prêtres ! La politique devrait être tenue par des apôtres, des gens probes, qui n’ont pas d’intérêts personnels ni d’égo. J’ai connu des présidents complètement en dehors de la politique : Vincent Auriol, Joseph Laniel… Ils n’ont jamais été chef de partis. En Italie, le président était totalement indépendant de la politique, il n’appartenait à aucun parti et gérait les affaires. Ça n’existe plus. C’est pour ça que la politique a été un de mes principaux sujets.

Dans « L’albatros », un candidat politique dit à son chauffeur : « Le pouvoir, c’est jouir 24 heures sur 24. » Pourquoi voulez-vous que quelqu’un prenne un poste qui implique des emmerdements quotidiens ? C’est chiant d’être maire ou politicien. Ils le font par gloriole, pour diriger, avoir une voiture de fonction. En ce moment, je fais un film qui parle notamment des députés surpayés. Alors que l’Assemblée nationale est toujours vide.

Et la religion ?

Si elle n’est pas pure, ce n’est plus de la religion ! J’ai fait « Le miraculé » par hasard. Un jour, de retour d’Espagne, j’ai passé quelques heures à Lourdes. J’ai été outré de la façon dont on traitait ces malheureux sur leurs brancards ! On réduisait les prix des pensions pour qu’ils viennent en famille, on leur vendait des objets hors de prix. Pire que Mc Donald’s ou Quick ! Je me suis aperçu que cette ville avait poussé comme un champignon autour de gens qu’on exploitait, purement et simplement. Se servir de la foi pour toucher du pognon, c’est dégueulasse ! Et ce qui est grave, c’est que l’Église participe au dépouillement des pèlerins. Les marchands du temple se sont mêlés à la prêtrise.

J’ai été excommunié à cause du film. Le Front national a fait arracher mes affiches. Je suis content de l’avoir fait. Et il a bien marché, car le public a compris ce que j’ai voulu faire.

Un de vos derniers films en date, « Les compagnons de la pomponette » (2014) en rajoute une couche sur la religion…

Ce qui m’a valu d’être convoqué par le pape François ! C’est un film sur le célibat des prêtres, qui est un scandale d’hypocrisie. Il raconte une histoire d’amour entre une jeune religieuse et un jeune prêtre. Ils couchent ensemble. Le cardinal les défroque. Ils rentrent dans le civil et veulent défendre le mariage des prêtres. Le film a été présenté à Bordeaux dernièrement, avec un beau succès. Sauf que « Le miraculé » était distribué par Canon. Là, je suis seul. Une chaîne américaine me l’a acheté. Je compte beaucoup sur ce film parce qu’il est porteur, même s’il n’y pas de vedettes.

Pour l’anecdote, j’ai eu un problème avec une affiche de « Il gèle en enfer ». Mon affichiste a pris une gravure d’un ange de la chapelle Sixtine auquel il a ajouté une bite. Seulement, comme il était juif, il a fait un sexe circoncis par habitude. Ça a fait un bordel terrible… L’affiche a été interdite dans le métro !

Julien Le Gros
Julien Le Gros est un journaliste indépendant, spécialisé sur les cultures d'Afrique. Il a notamment écrit pour Jazzman - Jazz magazine, Afriscope, Mondomix... mais aussi sur Internet avec Africultures, Mondafrique, Tribune 2 l'artiste, International Hip Hop. Il a fait des reportages au Kenya, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Sénégal et récemment en Guinée Conakry sur le virus Ebola.