Karfa Diallo: « Ne pas reconnaître le rôle des soldats des colonies, c'est perpétuer une fracture mémorielle » - The Dissident - The Dissident

Karfa Diallo: « Ne pas reconnaître le rôle des soldats des colonies, c’est perpétuer une fracture mémorielle »

Karfa Diallo (c) Karfa Diallo

Président de la Fondation du Mémorial de la traite des noirs, Karfa Diallo a porté l’exposition itinérante « Frères d’âme », conçue à l’occasion du centenaire de la guerre de 14-18. Un événement itinérant qui souligne l’apport des 500 000 soldats venus des colonies, et crée un liant nécessaire dans la France divisée de 2015.

En deux mots, quel est votre parcours?

D’origine sénégalaise, je suis arrivé à Bordeaux en 1996 comme étudiant en sciences politiques. J’ai eu une maîtrise en droit public avec l’Université de Dakar. Pendant dix ans, j’ai développé le réseau aquitain d’une ONG de lutte contre le Sida. Je suis aussi président de la Fondation du Mémorial de la traite des noirs, qui a été créé en 2006 dans le prolongement de l’association de mémoire « Diversité », disparue en 2010 faute de soutiens institutionnels.
Cela fait quinze ans que je suis engagé sur cette problématique mémorielle en France, en particulier à Bordeaux, en raison du lien historique de cette ville avec l’Afrique et les Antilles. Et c’est dans le cadre de la Fondation que j’ai conçu « Frères d’âme ». Cette exposition sur la Première guerre mondiale est l’une des premières tentatives pour mettre en valeur l’engagement, la fraternité que cette jeunesse a partagé pendant ce conflit, en croisant les mémoires entre toutes les communautés.

La création de cette exposition est-elle liée à un manque de reconnaissance quant à l’apport des soldats des colonies à la France?

Les soldats des colonies ont contribué à la liberté et aux valeurs françaises d’une manière incontestable. Ils font partie de la fierté nationale. Or, pendant très longtemps, cette fierté a été tue. Dans les deux Guerres Mondiales, la présence des colonies a pourtant été déterminante. Devant les pertes innombrables que la France subissait, on a fait venir ces soldats que le général Mangin appelait alors la « Force noire ». Celle-ci a participé à cette guerre en payant l’« impôt du sang », pour s’affranchir de cette colonisation subie. Le rôle des tirailleurs sénégalais, maghrébins, indochinois, kanaks, antillais et malgaches n’est pas reconnu à sa juste valeur. Et quand la paix est revenue, la question des pensions de ces anciens combattants n’a pas été vraiment réglée.

Karfa Diallo présente l'exposition "Frères d'âme" - DR

Karfa Diallo présente l’exposition « Frères d’âme » – DR

Quel bilan dressez-vous à travers l’exposition?

De Dakar à Bordeaux, d’Alger aux Antilles, il y a un passé commun autour de cette guerre. Le projet était de mettre en lumière cette mémoire à travers des histoires individuelles. La Première Guerre mondiale a été désastreuse : cinq cents mille Français tués, dix-millions de morts dans le monde. On a du mal à imaginer que ces personnes fauchées par la guerre avaient des vies, des histoires. Je voulais partir de l’intime pour aller au collectif. Je n’ai pas fait ça dans une optique de « ghetto », mais dans une démarche de mémoire croisée et partagée. Dans l’exposition, on retrouve des soldats des colonies mais aussi des Français bordelais, qui ont fraternisé ensemble.

Peut-on faire un lien entre cette exposition et votre parcours individuel?

Oui, mon histoire personnelle a aussi joué. Au Sénégal, il y a une conscience critique des liens ambigus qu’entretient ce pays avec la France. L’histoire de la colonisation, de l’esclavage est présente dans l’inconscient collectif de tous les Sénégalais : qu’il s’agisse de l’île de Gorée, un endroit symbolique par rapport à l’esclavage, ou du souvenir du massacre de Thiaroye1 perpétré par l’armée française en 1944 [contre des tirailleurs, ndlr]. Il se trouve que je suis né et que j’ai été à l’école primaire à Thiaroye où mon père, après son service militaire français, a servi l’armée sénégalaise comme infirmier dans le camp militaire de la ville. Donc cette histoire était présente, même si je ne la connaissais pas encore.
Ce lien que j’ai eu très tôt avec la France et sa présence coloniale m’a permis d’aller plus loin. Je voulais que la démarche militante repose sur le savoir. Le meilleur moyen de diffuser la conscience de ce que nous nous devons les uns aux autres, c’est la connaissance de l’Histoire. Une Histoire méconnue des Sénégalais eux-mêmes, mais aussi des Français, qui ont grandi dans une culture d’autosatisfaction de la République.
Mon père a fait la guerre d’Algérie aux côtés de la France. Et, comme tous ces anciens combattant, il a souffert – et souffre encore – d’un manque de reconnaissance. Comme tous les tirailleurs, il est obligé de venir en France quelques mois par an pour percevoir ses droits. Ces problématiques ont créé un terreau qui m’a rendu sensible à cette Histoire. Fondamentalement, je suis animé par un besoin de justice. En ne valorisant pas cette contribution des soldats des colonies à sa liberté, la France perpétue cette fracture mémorielle. Fracture qui fait qu’une partie de la jeunesse ne se reconnaît pas à travers les symboles et la politique de la Nation.

Comment faire le lien pour que cette jeunesse se sente concernée?

Ce qui m’importe, c’est que les enfants des écoles puissent s’identifier à ces gens. Cultiver la mémoire d’un petit Français bordelais, d’origine sénégalaise, vietnamienne… avec des personnages qui leur parlent. On peut difficilement s’identifier à dix-millions de personnes ou aux sept cent mille soldats des colonies. Alors la meilleure façon de créer de l’empathie, c’est de s’intéresser à des personnes. Vivant à Bordeaux depuis dix-huit ans, je voulais partir de la mémoire bordelaise, dont une partie est devenue mienne au fil de mon travail sur l’esclavage.

Cette ville a joué un rôle important pendant la Première Guerre….

Bordeaux été la capitale de la France de septembre à décembre 1914 et a accueilli le gouvernement français : l’Élysée, Matignon, l’Assemblée Nationale, le Sénat étaient aquitains! Cette présence a marqué la ville.
C’était aussi un port colonial en lien avec l’Afrique et les Antilles, qui a accueilli des centaines de bataillons de soldats des colonies : Algériens, Marocains, Sénégalais, Indochinois, Malgaches… Et puis les Américains, qui ont débarqué à Bordeaux en 1917 pour participer à cette guerre : quatre-vingt ?-dix mille soldats, dont environ huit-mille noirs, comme le lieutenant James Reese Europe, qui figure dans l’exposition. J’ai tenu à ce que celle-ci ait aussi lieu à Bassens, parce que les Américains y ont construit l’extension du port de Bordeaux, « New Bassens ». Des infrastructures très importantes, dont il ne reste aujourd’hui plus grand-chose.

Photo extraite de l'exposition itinérante "Frères d'âme" - DR

Photo extraite de l’exposition itinérante « Frères d’âme » – DR

Pour monter cette exposition, vous avez réalisé un important travail documentaire, notamment dans les Archives municipales de Bordeaux et les Archives départementales de la Gironde …

Oui, j’ai retrouvé beaucoup d’iconographies et d’images auxquelles il fallait donner corps. Une fois ce travail établi, j’ai choisi mes personnages en essayant de réunir. Dans la tranchée, il n’y a pas de Noirs ou de Blancs. Il y a juste une jeunesse, envoyée par des généraux planqués à Bordeaux, qui se demande ce qu’elle fait là. Face à la la barbarie, nous avons d’importantes ressources humaines. Il y a eu des fraternités. Après avoir travaillé sur la mémoire difficile de la traite, j’avais envie d’aller vers une mémoire plus fraternelle. Relier Bordeaux au Tout-Monde, aux outre-mer, aux anciennes colonies…

Quels sont ces personnages que vous mettez en avant?

Certains d’entre eux se sont imposés. Blaise Diagne, par exemple, est une figure incontournable de la Première Guerre mondiale. Franc-maçon sénégalais, né dans les Quatre communes de l’époque – et donc Français2 -, il est devenu le premier député noir « assimilé » à la France, et fut le Noir le plus influent du pays entre la Première Guerre mondiale et la veille des indépendances. Il était en lien avec les notables, les chefs religieux et coutumiers, des différents peuples de l’Afrique occidentale française. Et en tant qu’agent recruteur et commissaire général des troupes, il a levé une armée importante de près de cinquante-mille personnes pour la France.
Beaucoup de Sénégalais de l’époque sont nés Français et ont totalement épousé la culture de la France. Pour eux, il était normal de se battre à ses côtés. Et Blaise Diagne était également dans une perspective d’améliorer le sort de ses frères. Des promesses lui ont été faites pour que les « indigènes » accèdent à la citoyenneté française. Néanmoins, s’il a fait avancer quelques droits, il est sujet à controverses, et beaucoup lui reprochent d’avoir envoyé ses frères à la mort. Je ne prends pas position. J’atteste juste de son rôle dans cette Histoire. Sur son panneau, l’esclavage est aussi évoqué. La France l’a aboli en 1848, mais celui-ci a malgré tout continué dans certaines régions d’Afrique. À l’époque, les autorités françaises ont ainsi mis en place des « villages de liberté » en Afrique Occidentale Française, qui servaient d’appât pour enrôler des tirailleurs sénégalais. On proposait à ces esclaves de se réfugier dans ces villages et de retrouver la liberté. En réalité, ils allaient au front!

Quelles autres figures découvre-t-on dans l’exposition ?

L’émir Khaled, qui est également un personnage intéressant. Petit-fils d’Abd el-Kader, le père du nationalisme algérien, il est né en Syrie, où son grand-père avait été contraint de s’exiler. Malgré son nationalisme algérien, il s’est engagé aux côtés de la France, devenant capitaine de l’armée française. Cela montre les ambiguïtés que les élites pouvaient avoir. Les peuples colonisés ont participé en envoyant leurs fils ou en recrutant des tirailleurs. Parfois par corruption, mais aussi par adhésion à l’idée que la France était menacée et qu’il fallait former des cadres.
Cette exposition rend également hommage au soldat malgache Rakotomanga. Je voulais présenter un Malgache, sans savoir qui. Un jour, aux Archives municipales de Bordeaux, j’ai demandé son nom à l’archiviste qui m’aidait : il s’appelait Rakotomanga, bien que ses origines malgaches ne se voient pas physiquement. Plus tard, lorsqu’il y a eu un hommage aux soldats des colonies enterrés à Bordeaux, le 13 septembre 2014, j’ai essayé de retrouver des noms dans les carrés militaires. Parmi eux, il y avait celui de Rakotomanga. En allant aux Archives du personnel militaire à la caserne Bernadotte de Pau, où sont répertoriés les soldats des colonies, je suis à nouveau tombé sur le soldat Rakotomanga. C’était comme un appel.
Quant au soldat indochinois Nguyen That, qui est le dernier personnage de l’exposition, j’ai trouvé sa plaque au cimetière militaire de Bassens. Mais j’ai malheureusement trouvé très peu d’éléments sur lui.

Comme vous l’avez dit, il n’y a pas que des personnages issus des colonies dans cette exposition…

Il y a deux jeunes poètes bordelais, Jean de La Ville de Mirmont et Georges Pancol, qui ont été fauchés dans cette guerre à vingt-cinq ans, après un an sur le front. On les a redécouvert grâce à l’écrivain bordelais Michel Suffran, qui a révélé leur existence et m’a soufflé le nom de l’exposition. C’étaient des poètes prometteurs. J’ai voulu leur rendre une certaine reconnaissance, comme aux soldats des colonies.
J’ai aussi inclus Daniel Iffla, dit Osiris, un juif d’origine marocaine né à Bordeaux qui, jusqu’à présent, n’intéressait que la communauté juive locale. Ce mécène très riche n’a pas été au front, mais il a participé à l’effort de guerre. À sa mort, en 1912, il a légué à la ville deux millions de francs pour construire un bateau-soupe, un asile de jour pour nourrir les miséreux, les veuves, les victimes de guerre, les orphelins. À l’époque, tout était rationné, le charbon, le sucre, la viande… La misère était terrible. Ce bateau-soupe est resté amarré au Quai de la Monnaie de 1913 à 1943. Les nazis l’ont coulé pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est à la fois un symbole de la mémoire juive et de l’élan social qui est né pour panser les blessures de la guerre.

On découvre aussi une présence ultra-marine, moins connue, à travers des soldats antillais et kanaks…

Par mon travail, j’ai tissé un lien avec la communauté ultra-marine de Bordeaux, qui est notamment représentée dans l’exposition par le Guyanais Saint-Just Borical. Son histoire est contemporaine, puisque sa plaque n’a été retrouvée qu’en 2011, dans la forêt de Verdon, par des Hollandais. Un documentaire a reconstitué sa vie : né dans une plantation à Cayenne, il s’est engagé au front, où il est mort, sans que personne ne sache ce qu’il était devenu. Des hommages lui ont été rendus en Guyane, d’où sont partis deux-mille soldats, dont trois cents sont morts.

Chose rare, il y avait aussi une femme sur le front !

Oui, Fathima la Marocaine, la seule femme de cette exposition, que j’ai découverte en travaillant sur le « Le miroir », une revue de photographies et de cartes postales du début du XXème siècle.
C’est l’une des très rares femmes des colonies à avoir été recensée sur le front. Quand les tirailleurs sénégalais étaient envoyés en campagne en Algérie ou à Madagascar, on les autorisait à emmener leurs épouses, qu’on appelait alors « Madame tirailleur ». Elles pouvaient séjourner plusieurs mois, parfois avec leurs enfants, mais n’allaient jamais sur le front. À ma connaissance, Fathima est la seule qu’on ait retrouvée au combat. Certains disent qu’elle était la femme d’un spahi, d’un goumier – du nom du corps des tirailleurs marocains – que l’on a exceptionnellement autorisée à aller sur le front. D’autres historiens soutiennent qu’elle a suivi un lieutenant de l’armée française et s’est faite passer pour un homme avant d’être découverte. Cette histoire m’a permis d’amener la question du genre, et de rappeler la présence et le rôle des soldats marocains.

Avez-vous d’autres anecdotes?

J’ai retrouvé une très belle photo prise à la Flèche Saint-Michel, à Bordeaux. On y voit des soldats algériens faire leur linge sur la Garonne. Il y a aussi l’histoire de ces cent-quatre-vingt tirailleurs sénégalais, frappés par l’ironie du sort. Alors qu’ils avaient réchappé à la guerre, le bateau qui les ramenait en Afrique a fait naufrage au large de l’océan Atlantique, en 1920. Il n’y a eu que sept rescapés. Cela crée une résonance particulière entre le passé et l’actualité : la traite négrière, ces tirailleurs qui sombrent, et aujourd’hui une jeunesse africaine prête à sombrer dans l’océan pour échapper à la misère. Ironie assez mordante donc, que l’histoire de ces hommes, auxquels aucun hommage n’a été rendu. J’ai publié leurs noms, parmi lesquels celui du soldat Ahmadou Coulibaly. Ce sont des hommes qui ont beaucoup voyagé et qui, pour certains, ont trouvé une vocation en se réengageant dans l’armée après la guerre. Coulibaly, par exemple, a repris du service jusqu’en 1924.

Bordeaux, comme Nantes, est un ancien port négrier au passé colonial marqué…

L’esclavage, la traite des noirs, les deux Guerres Mondiales sont liées à la colonisation. À Bordeaux, deuxième port négrier de France, cette Histoire a du sens. D’ailleurs, notre travail a bousculé la mémoire de cette ville, qui avait beaucoup de mal à reconnaître ce passé colonial. Aujourd’hui, il y a eu des évolutions. Bordeaux a ouvert des salles au Musée d’Aquitaine, qui sont une vitrine de cette Histoire. Et nous militons pour aller plus loin. Il y a une vision critique à porter sur les origines de cette ville. Celle-ci pourrait se doter d’un instrument de connaissance comme un Mémorial de la traite des noirs, un espace de documentation et d’échange… Un lieu pour construire un récit bordelais et national qui fasse place à toutes les mémoires. Car, comme l’a dit Aimé Césaire : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ».
De tels lieux permettrait une plus grande confiance de la jeunesse envers les institutions et, surtout, une citoyenneté plus active. Que fait-on de cette mémoire douloureuse? Est-ce qu’on la traîne comme un boulet dans un sentiment de honte, de culpabilité? Mieux vaut l’utiliser comme une ressource de partage. Pourquoi une certaine jeunesse se complaît-elle dans la critique, dans une concurrence mémorielle? Parce qu’elle est persuadée que sa mémoire n’est pas prise en compte. Modestement, nous essayons de participer à la diffusion d’une mémoire juste et égalitaire, en lien avec le contemporain, dans laquelle chacun a sa place. C’est la meilleure digue à ériger contre la haine, le mépris, les discriminations qui existent encore.

Mémorial de l'abolition de l'esclavage, inauguré à Nantes en 2012 - (c) Groume

Mémorial de l’abolition de l’esclavage, inauguré à Nantes en 2012 – (c) Groume

Cette question de l’esclavage est-elle encore taboue à Bordeaux ?

Elle n’est pas réglée. La France a reconnu la traite des noirs comme un crime contre l’humanité [en 2001, ndlr], mais à Bordeaux, des rues portent encore les noms d’armateurs négriers. Néanmoins, l’exposition est soutenue par les institutions : par la « Mission nationale du centenaire de 1914-18 » – qui a labellisé ce travail et l’a appuyé financièrement-, par l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, mais aussi par la Communauté Urbaine de Bordeaux, le Conseil départemental de la Gironde et le Conseil régional d’Aquitaine. Est-ce une façon de réparer l’oubli sur l’esclavage? Je ne sais pas. Il y a encore des crispations, notamment au sein d’une bourgeoisie bordelaise influente.
Toujours est-il qu’on dispose d’un outil de vulgarisation et d’animation culturelle, qui a été présenté à Bassens, Marseille, Vendôme… D’autres communes la louent également. L’objectif de l’exposition est d’être itinérante, afin de partager le plus possible cette Histoire française. Et nous voulons l’adapter pour intégrer à chaque fois une part de la mémoire de la ville que l’exposition traverse. Une convention a également été signée avec le Rectorat pour présenter ce travail dans les collèges et lycées, et transmettre aux jeunes cette Histoire insuffisamment abordée par l’Éducation Nationale. Par le biais de l’image, nous pouvons toucher ce jeune public. Cette année, on doit d’ailleurs réaliser un web documentaire avec le Centre Régional de Documentation Pédagogique. Comme le label « Centenaire » s’étend jusqu’en 2018, nous pourrons avoir plusieurs déclinaisons du projet. Aujourd’hui, nous avons besoin de la mémoire de tout le monde pour que la société soit plus apaisée, les citoyens plus confiants en eux-mêmes et en ce qu’ils ont apportés au pays, qu’ils soient blancs, noirs, asiatiques, antillais…

Hormis l’exposition, travaillez-vous sur d’autres événements?

Depuis quinze ans, je participe à des manifestations autour de l’esclavage, avec un thème différent chaque année. En 2014, c’était « Femme noire et Résistance » : pendant une semaine, dans plusieurs communes, nous avons essayé de montrer à travers le patrimoine, les arts vivants et des colloques scientifiques le rôle historique de Rosa Parks, Angela Davis, Winnie Mandela ou Christiane Taubira… Des femmes qui méritent une reconnaissance, car elles ont permis aux sociétés d’être plus fortes et d’avancer. Quant au thème de cette année, nous y travaillons.
Nous avons aussi un projet pilote de mémorial, à la fois lieu de documentation, d’échange et de fête, autour de l’Histoire de l’esclavage, pour lequel nous sommes en lien avec le Centre social et culturel de la ville de Bordeaux, afin de déterminer ce qu’il y aura dedans.
Et du 10 avril au 10 mai 2015, nous ferons venir des historiens, des plasticiens, des universitaires pendant un mois au « Darwin », à Bordeaux. Un lieu ouvert sur le monde, avec carte blanche aux artistes qui l’investiront avec leurs créations…

Propos recueillis par Julien Legros

Notes :
1 Voir le film d’Ousmane Sembene « Camp de Thiaroye » – 1988
2 En Afrique Occidentale Française, le fait d’être né à Dakar, Gorée, Rufisque, Saint-Louis  donnait à l’époque automatiquement la citoyenneté française.


> Pour aller plus loin :
lire le très intéressant ouvrage de Mathieu Méranville et Serge Bilé, Poilus nègres. Soldats créoles et africains en 14-18, Éditions Dagan, 2014.

Julien Le Gros
Julien Le Gros est un journaliste indépendant, spécialisé sur les cultures d'Afrique. Il a notamment écrit pour Jazzman - Jazz magazine, Afriscope, Mondomix... mais aussi sur Internet avec Africultures, Mondafrique, Tribune 2 l'artiste, International Hip Hop. Il a fait des reportages au Kenya, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Sénégal et récemment en Guinée Conakry sur le virus Ebola.

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