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La défaite pour tous… mais surtout pour François Hollande

Le Président François Hollande votant à Tulle, en Corrèze, le 6 décembre dernier. Photo AFP/Jean-Pierre Muller

Au soir des élections régionales, sans le dire explicitement, chacun, qui sont d’abord les partis politiques traditionnels, cria victoire (même petite). La victoire ne fut pas dite, comme d’habitude, avec des mots. Elle fut signifiée par des postures, avec des sourires, qui étaient on ne peut plus mal venus en ces circonstances aggravées de crise économique et sociale. Au sourire béat d’une Valérie Pécresse en Ile de France ou d’un Christian Estrosi en région PACA, permettez-moi ainsi de préférer la réserve comportementale d’un Xavier Bertrand en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Voici un homme qui, en dépit de sa victoire, comprenait qu’il devait son succès aux voix de la gauche (qu’il remercia), aux « gens du nord » (qu’il remercia aussi) plus qu’aux partis, et que tous ces résultats ne devaient pas faire oublier une crise majeure, celle de la politique et de la démocratie. Il n’y avait donc pas de quoi sourire en ce 13 décembre 2015 !

Michel Fize

Michel Fize

Hier matin (14/12/15), le quotidien La Croix parlait opportunément de « défaite pour tous » : il a raison.

Défaite des « Républicains » qui visaient la vague bleue : ils n’obtiennent qu’une vaguelette grise, acquise de surcroît, dans trois régions, avec le concours de la gauche.

Défaite du PS et de ses alliés qui, de 21 régions sur 22 obtenues en 2010, n’en gardent que 6 sur 13.

Défaite du centre qui semble avoir bien mal choisi son partenaire et fut totalement inaudible dans cette élection.

Défaite des leaderships aussi, à droite comme à gauche. De Nicolas Sarkozy dont l’emprise sur son parti s’effiloche au fil des mois : Alain Juppé et François Fillon sont, plus que jamais, en embuscade. De Jean-Christophe Cambadélis dont cette élection sonne sans doute à terme le glas à la tête du PS. De Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé, fort discrets durant ces régionales. De Jean-Luc Mélenchon totalement absent, devenu, pour le coup, le symbole de la « gauche invisible ».

Défaite-victoire en revanche du Front national. Si le parti de Marine Le Pen ne gagne aucune région, il voit son audience s’accroître encore, obtenant 6,8 millions d’électeurs, contre seulement 6,4 millions à la dernière présidentielle. On peut donc parler d’une défaite symbolique du FN mais d’une vraie victoire par confirmation d’une incontestable montée en puissance.

Défaite enfin, et surtout, d’un homme : François Hollande qui, malgré les bons points engrangés par une bonne gestion des attentats du 13 novembre et une tenue correcte de la COP21 (dont tout de même la modicité des résultats apparaîtra mieux après que sera oubliée sa formidable mise en scène), M. Hollande donc qui reste, pour les Français, bon dernier de la classe sur des sujets majeurs comme l’emploi ou la fiscalité. François Hollande, c’est, objectivement parlant, « l’homme du chômage » et de la précarité, l’homme de la trahison de la jeunesse (qui ne vit évidemment pas mieux en 2015 qu’en 2012). C’est enfin l’homme qui, avec son « dévoué » Premier ministre, a su, dans une tradition mitterrandienne bien assimilée, jouer habilement du FN, le faisant grimper pour gêner la droite, puis, constatant les effets collatéraux pour son propre parti, le faire baisser à nouveau, au point d’en appeler au « barrage républicain ». « Coup de maître », dira Jean-Pierre Raffarin. Bel exemple en tout cas de manœuvres politiciennes, qu’on appelle, je crois, « stratégie politique » en langage plus châtié.

Les Français en ont assez de ces calculs et ils le disent et redisent à longueur d’élections en votant pour ce qu’ils jugent être le dernier espoir : le FN. Ainsi, selon un récent sondage, François Hollande ne serait même pas assuré d’une place de 2ème face à Marine Le Pen au 2ème tour de la présidentielle de 2017 : il serait au coude à coude avec Nicolas Sarkozy, dans l’hypothèse où naturellement celui-ci serait le candidat désigné de la droite, par les futures « primaires » de son parti, ce qui n’est tout de même pas complètement assuré non plus.

Derrière la petite victoire de la droite et la petite défaite de la gauche, il y a bien le résultat de cette exécrable politique économique et fiscale menée depuis 2012 qui sacrifie les « intérêts des travailleurs » comme l’on disait justement jadis : ouvriers, paysans mais aussi « couches moyennes inférieures ». François Hollande n’est en somme pas plus « l’homme de l’emploi » que Nicolas Sarkozy n’aura été, durant son mandat, celui du pouvoir d’achat.

Nous en arrivons pour finir à la défaite majeure. Au-delà de la responsabilité des hommes, cette élection régionale confirme clairement la faillite d’un système politique, constitutionnel, partidaire. Comment, en 2015, pouvons-nous encore accepter qu’un homme, il est vrai oint du suffrage universel, puisse décider seul de ce qui est bon pour tout un peuple, décider seul de la guerre et de la paix, user à sa convenance de l’état d’urgence avec ratification symbolique de la représentation nationale, sans parler des pleins pouvoirs de l’article 16 qu’un président futur mal intentionné n’aurait guère de peine à mettre en place ?

Le progressiste que je suis considère que le changement institutionnel, c’est maintenant. Il faut démocratiser d’urgence nos institutions. Établir un vrai régime parlementaire avec un chef d’État élu par les représentants de la Nation, des régions, des communes, des départements (selon des modalités à définir). Ce serait ainsi soulager le peuple de ce casting de télé-réalité, parodie d’élection politique, ce serait dépolluer la vie politique française, désintoxiquer nos responsables politiques qui n’ont d’autre ambition que de devenir eux même « Président monarque ». Un président qui serait alors élu pour sept ans non-renouvelables, qui donnerait l’impulsion, jouerait le rôle d’arbitre, en appellerait au peuple le cas échéant.

Dans ces nouvelles institutions, la réalité du pouvoir gouvernemental serait concentrée entre les mains d’un Premier ministre désigné selon la procédure anglaise à l’issue du scrutin législatif. Un scrutin fondé sur le principe de la représentation proportionnelle intégrale ou panachée avec le scrutin majoritaire pour moitié. Un statut des élus serait enfin défini, en prenant soin qu’il n’étende pas à une plus grande majorité de citoyens cette « professionnalisation du pouvoir » qui est l’une des tares de notre vie publique. Resterait à définir de nouvelles modalités d’organisation de la vie publique qui ne serait plus monopolisée par les partis politiques. Resterait aussi à dépasser, à l’occasion, les concepts de droite et de gauche, pour développer ces « majorités d’idées » chères au Président Edgar Faure, pour permettre des réflexions communes sur des sujets d’intérêt national : emploi, fiscalité, sécurité, usage des forces armées, etc. Aucune formation politique désormais ne saurait prétendre à la science infuse, c’est-à-dire à l’infaillibilité politique.

Pour l’heure, le président Hollande, dont l’entêtement est connu, vient de faire savoir qu’il ne changerait pas de cap politique, son Premier ministre promettant dans la foulée un plan d’urgence en janvier contenant essentiellement une formation des chômeurs. Rien de nouveau sous le soleil politique, rien manifestement qui soit de nature à nous faire gagner la « bataille de l’emploi ». Dommage !

Par Michel Fize, sociologue, ancien conseiller régional d’Ile de France

Auteur invité
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