L’écologie citoyenne, la grande oubliée de la COP21

© Xavier Champain / Flickr

Dix-sept ans après la signature du protocole de Kyoto, aujourd’hui reconnu comme un échec cuisant, la diplomatie mondiale se rassemble à nouveau, au sein de la COP21. Si elles restent absentes des discussions, les initiatives énergétiques citoyennes propres, durables et rentables existent bel et bien et ont largement fait leurs preuves. Décryptage.

 

Réunir plus de 180 représentants d’états dans le but de trouver une solution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le monde…Difficile d’ignorer ce sentiment amer de déjà vu. En 1997, à l’issue de la Cop III, le protocole de Kyoto est ratifié par 184 pays, avec pour but de réduire entre 2008 et 2012 les émissions de gaz à effet de serre de 5% par rapport au niveau de 1990. En 2009, ces émissions avaient augmenté de 30%, selon l’Agence européenne pour l’environnement. Un échec cuisant que chacun a renvoyé à l’autre, préservant ses intérêts. Pendant que les égoïsmes nationaux discutent, les gaz –comme l’espoir d’une prise de conscience à l’échelle internationale- continuent de s’envoler. Parallèlement, dans l’ombre des discussions, des modèles locaux de développement durable, économiquement viables, émergent.

 

Eoliennes : le vent en poupe

En créant le premier parc éolien citoyen de France en 2014, une association de citoyens bégannais a prouvé que produire de l’énergie durable, sans subvention n’était plus un vieux rêve. Depuis juin 2014, quatre éoliennes installées à Béganne, petite ville de 1385 habitants, produisent assez d’énergie pour alimenter 8 000 foyers, soit environs 18 000 habitants (18 000 MWh par an). L’idée est née en 2003, quand une poignée d’habitants a eu l’envie « d’investir à plusieurs dans une éolienne pour produire leur propre électricité », explique Romain Ledunois, salarié de l’association Énergie partagée qui mutualise différents réseaux et parcs éoliens de France, dont le Parc éolien citoyen de Béganne.

Les Bégannais montent l’association Éoliennes en pays de Vilaine, et des centaines d’investisseurs citoyens rejoignent le projet. Après deux refus relatifs à des questions de gêne du paysage et de l’espace aérien, ils obtiennent en 2009 les permis de construire.

Pour soutenir les initiatives de ce genre, l’association Énergie partagée coordonne six réseaux (Réseau Taranis, Parc éolien citoyen de Béganne, Éoliennes en pays de Vilaine, réseau énergétique citoyen en pays de la Loire, Site à Watts Développement), qu’elle représente au niveau national. En France, on compte au total 1 200 parcs éoliens raccordés au réseau ERDF, selon le Commissariat général au développement durable.

Association Epargnons le climat lors d'une manifestation à Paris © Energie partagée

Association Epargnons le climat lors d’une manifestation à Paris © Energie partagée

 

Photovoltaïque : une alternative menacée

Mais l’éolien n’est pas compatible partout. « En zone urbaine par exemple, le photovoltaïque est plus adapté », explique Anne-Claire Faure, salariée de l’association Hespul spécialisée dans l’accompagnement de projets liés au photovoltaïque, à la transition énergétique et à l’éco-urbanisme. Pour s’équiper, « il est possible d’installer des panneaux sur son propre toit, mais il est aussi possible de le faire sur le toit d’un tiers », explique-t-elle.

En Métropole de Lyon, le projet Toits en transition a vu le jour en mai 2015 avec comme objectif de « réaliser localement des projets citoyens d’énergie renouvelable », explique Paul Jean Couthenx de l’association Agence locale de l’énergie qui soutien l’initiative. Le but ? Poser douze à quinze installations photovoltaïques de soixante mètre carrés à Lyon pour un coût total de 400 000 €.

Soutenu par la ville de Lyon, des associations (ALE, Énergie partagée) et des habitants, c’est le projet d’installation photovoltaïque local le plus ambitieux. Le tarif d’achat de l’électricité issue du photovoltaïque est bien supérieur au prix de revente d’EDF et assure pendant 20 ans une obligation d’achat. Ce qui en fait la source de production d’énergie la plus rentable pour les particuliers et les petites sociétés.

Cependant, « il y a de fortes chances pour que l’obligation d’achat et donc les tarifs d’achat disparaissent en décembre pour les gros producteur », explique Paul Jean Couthenx. Une décision étatique qui va à l’encontre de la volonté de transition énergétique annoncée par le gouvernement en plein dans la Cop 21, puisqu’elle a de quoi dissuader de nombreuses sociétés d’investir dans le photovoltaïque.

Equipe de l'association Toits en transition à Lyon © Toits en Transition

Equipe de l’association Toits en transition à Lyon © Toits en Transition

 

L’énergie durable au service de la ville

Outre les initiatives citoyennes, les collectivités se lancent également dans l’énergie durable. Pendant une dizaine d’années, la ville samarienne de Montdidier a connu de réels changements avec comme objectif l’indépendance énergétique d’ici 2017. « À l’origine, ce n’était pas le but », explique Catherine Quignon, maire de Montdidier jusqu’en 2014, devenue conseillère départementale de la Somme aux dernières élections. Tout a commencé en 2002. « La situation financière de la commune était mauvaise et il fallait trouver des pistes de développement pour avoir des marges d’investissement. À ce moment, les salaires et les retraites étaient très bas. On a donc dû travailler sur l’ensemble des dépenses de la commune et on a commencé par faire un diagnostic énergétique de l’ensemble du patrimoine communal », se rappelle Catherine Quignon.

Dès 2003, la ville s’attaque à l’éclairage public, en changeant les lampes et installant des réducteurs de puissance. « Après avoir rajouté trois cent points lumineux, on consommait autant qu’à l’époque », fait remarquer l’élue. Pour aller plus loin, la mairie installe la première chaufferie bois de Picardie pour alimenter l’école municipale. Profitant du soutien de la région, la ville développe un véritable réseau de chaleur. Une société coopérative est alors créée pour « alimenter le réseau en bois prélevé localement et sécuriser les prix », se félicite Catherine Quignon.

En quelques années, la population est convaincue du bénéfice qu’apporte la maîtrise des dépenses énergétiques, et qu’il est possible de travailler sur un circuit court. Nait alors l’idée du parc éolien. « Même si on a du vent, le projet n’aurait pas été rentable pour un promoteur privé. Mais pour nous qui possédions une régie d’électricité pour produire notre propre énergie et la revendre à nos habitants, ça l’est », nuance l’ex maire. « Dès la première année, c’est un véritable succès puisqu’on fait des bénéfices », se rappelle-t-elle.

Comment partager ces bénéfices ? « Un tiers est revenu à la régie d’électricité pour améliorer son réseau, un tiers pour la commune dans le but réaliser des améliorations sur les bâtiments et les rendre moins consommateurs et un tiers pour les particuliers », explique Catherine Quignon.

« Le modèle du développement durable et son économie circulaire permettent d’être économiquement viables, de préserver les ressources pour les générations futures et d’optimiser le site pour la collectivité ; donc tout le monde est gagnant », conclue Catherine Quignon. Et pourtant, tout ceci est possible parce que la commune a pu garder sa régie d’électricité datant de 1925. Depuis la nationalisation de l’électricité en France en 1946, « la loi interdit aux territoires de produire leur électricité localement ».

 

Malgré le dynamisme des initiatives citoyennes, le grand débat mondial pour l’écologie qui a lieu à Paris en ce moment-même n’en fait aucun cas. Si certains se lancent dans l’autoconsommation, investissent dans l’énergie renouvelable et changent leurs habitudes de consommation car ils n’ont plus confiance en une diplomatie dont les choix sont influencés par quelques lobbys agroindustriels, c’est pour tenter de changer les choses localement ; en espérant avoir de l’impact au niveau national. Catherine Quignon est confiante, considérant qu’ « il y a une réelle prise de conscience ». « Quand on a commencé on nous prenait pour des timbrés. Aujourd’hui on en parle ». Mais selon elle, le plus important reste à faire : « Maintenant, il va falloir passer à l’action concrète ».

Une main à la plume, l’autre à l’objectif, un œil fermé, l’autre dans le viseur pour mieux contempler ce monde qui part à vau-l’eau, Justin chaloupe de ville en ville à la recherche de l’actu qui dérange. Étudiant, il a commencé le journalisme avec Moto Journal, TSA ou encore Radio Campus.