Les Biens Publics Mondiaux : réaffirmation d’une communauté de destin mondiale

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On pourrait se dire que la destruction galopante de la forêt amazonienne ne concerne que les indiens surui ou que la disparition annoncée du lac Tchad n’est que l’affaire des populations environnantes, comme la guerre des terres dont l’Afrique est le triste théâtre en ce moment ne relève que de l’unique responsabilité des Etats africains. Mais à y réfléchir plus raisonnablement il apparaît qu’au-delà du cadre de vie immédiat de ces populations, c’est toute la planète, notre patrimoine commun qui est en alerte.

Il y a donc urgence à protéger l’environnement, venir à bout de la pauvreté globale, lutter contre les maladies, l’illettrisme et l’insécurité multidimensionnelle etc. Tous ces défis considérés comme des problèmes communs (Global issues) constituent des Maux Publics Mondiaux (MPM) qui appellent  des réponses communes fondées sur la prise de conscience de tout ce qui peut concourir au bien-être collectif de toute l’humanité, les biens publics mondiaux (BPM).

Quels sont les Biens Publics Mondiaux ?

Caractérisés originellement par les principes économiques de non-rivalité  et de non-exclusion les Biens publics mondiaux connaissent depuis quelques années un élargissement sémantique sous l’action de quelques auteurs et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). L’idée est de donner davantage d’assise socio-politique à la notion de « biens publics » de sorte que la prise en compte des externalités (positives comme négatives, davantage négatives que positives) du jeu de la mondialisation fasse des BPM une réponse commune aux problèmes globaux.

Ainsi est considéré comme BPM en premier lieu l’environnement, objet de grands rendez-vous internationaux comme la conférence de Stockholm (1972) qui s’est penché sur la préservation de l’indivis mondial (eau, air, océans) ou encore le « Sommet Planète Terre » de Rio 1992 consacré à la protection de la biodiversité en général et des forêts en particulier. Ensuite nous avons les biens et services essentiels (nécessaires à la vie décente) qui relèvent des droits fondamentaux proposés par les Nations Unies (accès à l’eau, accès à l’éducation primaire, accès aux soins de base, accès à une alimentation décente, droit à un environnement sain..). Enfin, nous avons une nouvelle génération de BPM qui suivent l’élargissement sémantique de la notion en tenant compte des menaces de plus en plus complexes qui pèsent sur un monde plus que jamais interdépendant : la stabilité économique (les externalités économiques rejaillissent sur toute l’économie mondiale), la sécurité internationale (la paix, la stabilité politique, la démocratie etc.), la culture (diversité culturelle), la connaissance (l’avancement des connaissances, le patrimoine intellectuel de toute l’humanité).

Quels mécanismes pour assurer les BPM ?

En terme d’acteurs, les instances internationales actuelles restent minées par un fort déficit démocratique, le peu de transparence, un processus décisionnel très pyramidal déconnecté du nouveau visage des rapports de force à l’échelle mondiale, la prévalence des intérêts nationaux, les asymétries de pouvoir etc. Dans ces conditions, il est important de renforcer le partenariat entre les parties prenantes des grands enjeux internationaux (Etats, organisations internationales, ONG, collectivités locales, entreprises privées) et de donner plus d’assise et d’impact au droit international. Sur le plan institutionnel le PNUD pourrait connaître une évolution la faisant passer de simple programme à une véritable Agence onusienne chargée des BPM.

En matière de financement, compter sur la libre contribution des Etats ne pourra pas faire avancer la problématique au regard de l’urgence des actions à mener. Penser à une taxe internationale directe sur les transactions financières par exemple serait une bonne idée.

Quels enjeux représentent les BPM ?

Les enjeux les BPM s’expriment principalement en termes de gouvernance globale et de solidarité internationale.

L’une des leçons de la crise actuelle est qu’une économie globale ne fait pas nécessairement une gouvernance mondiale en termes de politique décisionnelle globale. Le mouvement des BPM constituent donc pour le monde une occasion de faire évoluer le cadre international de simple juxtaposition de forces concurrentielles sporadiquement coopératives, vers un véritable système intégré, complémentaire et solidaire. Dans ce dispositif sensibilisé au bien commun de l’humanité, les principes seront équité sociale, démocratie, gouvernance ouverte.

Sur le plan de la solidarité internationale le concept de BPM permet véritablement de donner un nouveau souffle au système usé d’aide au développement dont les résultats restent très mitigés quant au changement mélioratif notable des populations bénéficiaires. Faire don de matériaux à une population démunie est sans doute un geste louable, mais aller au-delà du simple « humanitarisme sans-frontiériste » pour réfléchir et agir avec les populations locales sur les enjeux communs de l’eau, des terres, de l’éducation, des maladies contagieuses, parait plus durable et plus bénéfique au regard des problèmes globaux. A travers la problématique des BPM le « Nord » et le « Sud » peuvent se retrouver sur les éléments constitutifs du destin commun de l’humanité.

Proposer et débattre de la démocratie (principes d’égalité, de liberté et de conditions objectives d’exercice de la citoyenneté) comme un bien politique commun de l’humanité peut être un véritable facteur de pacification des relations internationales et de refondation de la citoyenneté démocratique.

Les BPM constituent donc un enjeu majeur pour le monde en termes d’action collective pour résoudre les problèmes communs (global issues) de ce début du XXIe siècle. Le monde a besoin de se retrouver sur tout ce qui fonde son unité ontologique et existentielle, sa conscience d’une communauté de destin et tous les éléments naturels qui déterminent sa solidarité voire sa solidité commune (les Commons).

En ce sens les mots de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, sonnent comme un vrai appel à la mobilisation générale autour de la problématique des BPM :

« Une paix plus solide, une prospérité mieux partagée, un environnement épargné : rien de ceci n’est hors de portée si l’on en a la volonté politique. Mais ni les marchés, ni les gouvernements ne peuvent, livrés à eux-mêmes, réaliser ces biens publics mondiaux. C’est pourquoi nos efforts doivent se tourner vers le terme manquant de l’équation : les biens publics mondiaux. » (Kofi Annan, 1999, Secrétaire général de l’ONU)

Didier Bebada Megnon
Didier Bébada est docteur en science politique, à l’université Jean-Moulin - Lyon 3. Philosophe de formation, il s’intéresse notamment aux enjeux de la mondialisation, à la gouvernance mondiale et à l’éthique politique du développement durable. C’est un citoyen féru des débats politiques et du « mouvement des alternatives ».