Des hackers au service du citoyen

Indignés au Mexique : "Plus d'idées, moins de balles". Photo Eneas de Troya

Indignés au Mexique : "Plus d'idées, moins de balles". Photo Eneas de Troya

Nous avons tous entendu parler du dark web ou dark net, cette sombre version d’internet abritant toutes sortes de trafics organisés, des ventes en ligne d’armes, de drogues, des embauches de tueurs à gages, etc. Mais le dark net c’est aussi et surtout le réseau d’anonymisation Tor, le système d’exploitation sécurisé Tails, qui permettent de dissimuler son identité, d’accéder à des sites non référencés par les moteurs de recherche tels que Google ou Bing. On rejoint ici l’information du citoyen, la protection du journalisme et de ses sources.

A l’origine, c’est l’armée des USA dans les années 80, voulant renforcer la sécurité des communications entre ses agents, qui met en place le système. Puis, au début des années 2000, des ingénieurs reprennent le concept pour donner la parole aux internautes censurés par les dictatures, les états autoritaires.

Et les hackers ?

Le dictionnaire Larousse donne la définition suivante du mot hacker : « personne qui, par jeu, goût du défi ou souci de notoriété, cherche à contourner les protections d’un logiciel, à s’introduire frauduleusement dans un système ou un réseau informatique, de l’anglais « to hack into », entrer par effraction ».

Dans l’esprit du grand public, l’image du hacker est négative. Flo Laval, le réalisateur des Gardiens du nouveau monde, déjà disponible en ligne et sur le site Mediapart, en compétition officielle au Festival des Libertés de Bruxelles, fait le point dans son film sur la jeune histoire des hackers, ces hacktivistes indispensables à la démocratie et aux droits de l’homme. Assange, Snowden, Manning, Wikileaks, Prism, Anonymous ont fait les « unes » de la presse.

Flo Laval, réalisateur de Hackers : Les gardiens du nouveau monde

Flo Laval, réalisateur de Hackers : Les gardiens du nouveau monde

Après avoir fait ses études d’info-com à Bordeaux, Flo Laval part au Sénégal pour une agence de marketing. Caméra au poing, il filme le foot africain pour son projet Rencontres africaines, des histoires d’hommes et de football. Après avoir été en collaboration longue avec la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), qui reçoit l’apport d’hacktivistes, il a depuis longtemps la fibre du monde associatif et des ONG. Il veut « les aider à protéger leur communication ». « Aider le plus grand nombre », c’est sa formule préférée. En questionnant le monde réel et virtuel, il veut que sa démarche « s’ouvre au grand public dans une vision subversive, sans avoir besoin d’une nouvelle figure à la Che Guevara ».

« Chacun a son ego », explique-t-il, l’individualisme étant positif « pour faire des choses », comme le hacker de base fait preuve de curiosité et détourne l’usage des objets pour donner aux gens une compréhension du monde dans lequel ils sont. Sur  Wikipedia, un article peut ainsi être rédigé par un avocat ou par un citoyen lambda, à égalité d’investigation.

Demander des comptes au pouvoir

Au Forum social de Tunis, après avoir été interpelé par les printemps arabes, il rencontre les militants d’Attac, de Greenpeace, qui parlent au nom de leurs organisations. Lui parle en son nom, en individu qui pense trouver sa place dans la société en agissant. Il multiplie les points communs avec les hackers, les geeks, qu’il met en avant en les interrogeant. Même fondement humaniste, même volonté de décentraliser, même exigence de liberté. « N’oublions pas le rôle des hackers qui ont sauvé des vies sans grands moyens. Il faut éviter que le web devienne un espace d’oppression ».

Il se définit lui-même comme un intermittent, n’ayant pas de diffuseur, se faisant répondre par la télévision qu’Arte a déjà programmé un film sur le sujet des hackers. Dans son film, où l’on retrouve OHM, «Observe, Hack, Make », qui se déroule en Allemagne et aux Pays-Bas, il raconte l’histoire de Thomas Drake, ex-cadre de la NSA, qui dénonce le viol du quatrième amendement américain et met en avant le travail de la Quadrature du net, association de défense des droits et libertés des citoyens, en liaison avec les institutions européennes pour garantir la neutralité du net. Il dénonce également la marchandisation des données personnelles, qui d’ici 2020 représenteront « un business de 1000 milliards de dollars ». Il y détaille les références des hackers, inspirés des mouvements féministes, pacifistes, et de libération de la population noire aux USA dans les années 60, mais aussi le combat des cyber-dissidents contre la censure lors de la présidentielle iranienne, à l’instar de Maryam Al Kharaja, du Bahrein, qui a rejoint la FIDH.

Affiche des Gardiens du nouveau monde

Affiche des Gardiens du nouveau monde

Flo Laval dénonce également dans ce long-métrage les arrestations en Syrie, suite aux renseignements obtenus par les autorités sur les opposants, qui renforcent d’autant plus la nécessité d’utiliser des logiciels sécurisant les communications. En Libye, la société française Amesys, complice de Khadafi, lui vendait des technologies de surveillance permettant de traquer les opposants. Enfin, il y présente la création d’une école « Simplon.co » qui propose un apprentissage à la programmation informatique pour les jeunes défavorisés des quartiers et des campagnes, et crée ainsi un vrai outil d’émancipation.

Ainsi les hacktivistes sont-ils devenus de nouveaux acteurs politiques, des militants des droits de l’homme « qui demandent des comptes aux pouvoirs ». Les hackers sont, selon Flo, « les nouveaux scribes » du XXIe siècle. Dans l’important changement de société que nous vivons, avec les mouvements alternatifs qui souhaitent remettre l’humain, les valeurs de tolérance et de respect, au centre de tout, nous sommes loin du mythe des militants professionnels minoritaires qui veulent entraîner la majorité silencieuse à changer le monde, « ces militants professionnels avec une allure grave et une sorte de mépris pour tout ce qui ne leur ressemble pas » (Taoufik Ben Brick).

Le culte de la révolution ravageuse a vécu. Mais les politiciens et les journalistes ne comprennent pas encore, ne se rendent pas compte de ces changements, qu’ils n’abordent donc pas. Ils ont tort. Une fois de plus, la sphère culturelle va l’emporter sur la sphère politique. Le vrai libéralisme, synonyme de liberté, est en marche avec les progrès technologiques, et ce malgré les tentatives désespérées des conservateurs qui veulent figer le monde ancien, apeurés par le monde nouveau, et qui pensent à tort pouvoir l’emporter.

Alain Roumestand
Alain Roumestand a une carrière très diversifiée : professeur d’histoire, formateur presse et d’élus, animateur radio, syndicaliste, rédacteur presse de l’Éducation nationale, conseiller en formation continue en France et à l’étranger, chargé de communication, proviseur, rédacteur presse internet, historien.

Plus d'infos sur Flo Laval

Son Twitter : @Flolvavl


Son site internet : www.flolaval.com