Les nouvelles de Sassouland - The Dissident - The Dissident

Les nouvelles de Sassouland

Soutiens au candidat Denis Sassou-Nguesso. Photo DR

Soutiens au candidat Denis Sassou-Nguesso. Photo DR

Au Congo-Brazzaville, le dictateur Denis Sassou-Nguesso serait en tête au premier tour des élections présidentielles selon des résultats partiels contestés par l’opposition. L’atmosphère est tendue et des coups de feu ont été tirés par les forces de l’ordre. Voici une contribution de Guy Mafimba, membre de la coalition politique d’opposition FROCAD (1), qui dénonce le clientélisme du président et du parti au pouvoir le Parti Congolais du travail.

Face au tsunami populaire, l’épicerie familiale du Sassouland a lancé l’opération « Il faut sauver le soldat Sassou-Nguesso ». Propagande quand tu nous tiens ! Il y a quelques mois, au Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso inaugurait la route de la Corniche en grande pompe. Il y avait tout le tralala des nécessiteux venant pour le compte de Pona Ekolo Samu na Bwal (2) : M2NR (Mouvement national pour la nouvelle république), Dynamique pour la Nouvelle République… Ces associations s’étaient déplacées en nombre, en contrepartie de 3000 ou 10 000 Francs CFA, selon leur gabarit.

A Brazzaville, aux abords du très chic restaurant Mami Wata, de l’hôtel Radisson et du Crédit Lyonnais, on a vu des jeunes arborer les tee-shirts estampillés aux logos de ces  »mozikis » (membres d’association en lingala) ou à l’effigie de Sassou-Nguesso se disputer pour récupérer leurs dus… que certains gros bras et bateleurs ne voulaient pas leur donner. Ils ont haussé la voix, chantant les louanges du destructeur infatigable : « Le travail doit continuer ».

Campagne dans la Sangha

À la faveur d’un séjour dans le département de la Sangha – aux airs de tournée électorale, Sassou-Nguesso étant déjà en pré-campagne – on a vu, comme par hasard, les mêmes têtes, les mêmes associations, les mêmes rabatteurs jouer aux animateurs de foules, les harangueurs de masse.

Si Sassou-Nguesso est si populaire dans l’opinion, pourquoi ne pas laisser les fils et filles des départements qu’il visite l’accueillir, au nom de l’amour qu’ils lui portent ? Au contraire, les selfies que l’on poste sur les réseaux sociaux ne montrent que les visages de ceux que l’on connait par cœur. Sassou-Nguesso les voit à Brazzaville, les retrouve à Ouesso… Il repart à Brazzaville et ils le suivent par bus entiers. Ils haussent la voix pour donner l’impression qu’il est aimé de son peuple. Alors que les mêmes visages le suivent partout. Une illusion d’optique, en quelque sorte. Encore un moyen de saigner les finances de l’État juste pour que le « Roi ne soit pas nu ». Un gouffre à devises et de recyclage d’argent pour tenter de sauver le soldat Sassou-Nguesso. Combien de temps cette mascarade va-t-elle durer ? Le département de la Sangha n’est plus depuis le 15 août 2015 en odeur de sainteté avec le chef de l’État. Le désamour, né de la pluie qu’on lui a fait tomber dessus ce jour-là, a marqué une distance entre cette population et l’homme d’Oyo. Certes, l’argent corrompt et l’argent sale tue. Mais rien ne pourra enrayer l’hostilité, le désaveu entre le peuple et Sassou-Nguesso. « Sassoufit », dit notre peuple.

Népotisme

Ce n’est que normal qu’il se retrouve dans ses échappées avec les gens de sa cour, sa famille et son clan, lorsqu’on sait que Pona Ekolo est géré par son gendre, le maire de Brazzaville, Hugues Ngouélondele. Le M2NR est dévolu à son neveu Edgard Nguesso, La Dynamique pour la Nouvelle République est subventionnée par son fils, Kiki Sassou-Nguesso. C’est maintenant « Bissi la Bissi », en français cela signifie « entre nous ». On peut qualifier ce pouvoir, qui s’est enfermé dans un enclos ethnocentrique et familial, d’épicerie familiale.

(1) Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique
(2) C’est le nom d’une « dynamique citoyenne » qui milite pour la réélection du président de 72 ans en fonction depuis 1997. Il avait déjà été président de 1979 à 1992.

Auteur invité
Auteur invité