L’Indépendance en Inde, un combat non achevé selon Mayandi Bharathi - The Dissident - The Dissident

L’Indépendance en Inde, un combat non achevé selon Mayandi Bharathi

Mayandi Bharathi, ancien journaliste de 98 ans, appelle les indiens à se révolter contre le système des castes

Mayandi Bharathi, ancien journaliste de 98 ans, appelle les indiens à se révolter contre le système des castes

A seulement 15 ans, Mayandi Bharathi est entrainé dans le mouvement qui allait mener jusqu’à  l’indépendance de l’Inde. Cet événement le révèle auteur et journaliste, éclairé et engagé. A 98 ans, Mayandi Bharathi n’a rien perdu de sa force ni de ses engagements, notamment contre le système des castes.

Pour retracer l’histoire des invasions en Inde, il faudrait remonter à l’année 1497, lorsque l’explorateur Vasco De Gama fut envoyé par le prince Manuel accompagné de quatre navires affrétés pour rejoindre les côtes indiennes, et d’une solide réputation de guerrier et de navigateur aguerri. Il ne fallut pas moins de 11 mois avant que l’expédition n’atteigne les côtes du Kerala, ancienne Calicut, le 20 mai 1498. Cette expédition marqua un tournant dans les relations commerciales en Europe, en même temps qu’elle signa le sombre destin du sous-continent Indien. Très vite, l’Inde apparaît comme un très riche joyau à conquérir, une chose relativement aisée pour les Britanniques qui se servirent des rivalités entre royaumes pour s’installer. Mais le cœur de l’Inde, lui, n’était pas prêt à se soumettre et les premières révoltes apparaissèrent finalement assez rapidement.

Des hommes en colère

« La révolution est née chez les jeunes, au sang chaud battant dans leurs veines, braves, dont le but ultime était de libérer l’Inde », se souvient Mayandi Bharathi. C’est aujourd’hui grâce à ces précieux ancêtres et courageux leaders impliqués plus ou moins directement dans la lutte que les Indiens doivent la liberté du pays. Parmi les combattants, l’armée nationale indienne qui se rallie finalement aux indépendantistes, les partisans de la non-violence (Aimsa), mais aussi et surtout une arme très puissante à laquelle les Britanniques n’avaient pas songé : un crayon. Mayandi Bharathi faisait partie de ceux qui, dans le sud de l’Inde, s’armèrent de leur plume contre l’envahisseur.

« C’est le droit le plus élémentaire dans le monde, que de naître libre, mais lorsqu’il n’est pas acquis, c’est un droit que nous devons payer très cher », poursuit Mayandi. Le visage fermé, il nous ramène dans le Madurai d’avant 1947, une petite ville peu peuplée du sud de l’Inde, sans route ni système de transport. Une ville où chaque boutique de thé, aujourd’hui très populaires, étaient aux mains des Anglais. Les membres du Congrès vinrent à protester contre la vente forcée de spiritueux organisée par les Anglais. En 1932, une première manifestation éclate (Seval Dal) et fait entendre sa rage dans les rues. Mayandi Bharathi est alors à l’école, mais le bruit et la fureur lui font quitter les bancs de sa classe et remplir son cartable de pierres. « J’ai couru jusqu’aux manifestants et leur ai tendu les pierres, en priant pour qu’elles protègent les dissidents non armés. La police m’a vu et m’a jeté en prison avec plusieurs autres. Peu de temps plus tard, d’autres insurgés sont venus mettre le feu au commissariat et nous ont sauvés. Cet événement a profondément marqué ma vie », confie t-il.

Sa maison située sur la route principale, a vu défiler tout le flot des manifestants pro-indépendance, jusqu’à ce que ce mouvement, si intense, l’embarque avec lui. Ces cœurs et ces esprits bouillonnants le propulsent alors dans l’écriture : « Les auteurs, les poètes, tous sont nés à ce moment-là, alors que l’émotion et le tumulte emportaient tout sur son passage. » se souvient-il les yeux emplis de larmes.

L’écriture, une arme et un trait d’union

Encouragé par sa mère, et malgré les inquiétudes de son père, Mayandi décide d’arrêter l’école à 15 ans pour s’engager pleinement pour l’indépendance : « De nombreuses femmes ont, comme ma mère, participé indirectement en soutenant la lutte, sans se soucier des revenus du foyer. Sans cela, l’indépendance n’aurait jamais vu le jour. » Malgré son jeune âge, il réjouit la foule en chantant des chansons populaires, un style qui ne laisse pas les leaders politiques indifférents. Entre 1944 et 1963, Mayandi Bharathi, journaliste, devient rédacteur en chef du journal Tamil Jana Shakti (Le peuple au pouvoir).

« Pour la police, j’étais l’un des hommes à abattre, j’étais journaliste et écrivain. Je crois toujours que l’écriture éclaire les gens, cela donne le pouvoir de faire changer les choses. Lorsque j’étais rédacteur en chef, je n’espérais pas d’argent. J’étais payé par mes repas et mon logement, cela me suffisait. Mais mes propos m’ont souvent amené en prison. Les médias sont bien différents aujourd’hui. »

Pour Mayandi, les médias parlent en effet peu de ce qu’était la vie avant l’indépendance, les jeunes générations perdent le lien avec ceux qui ont combattu pour le pays. « A l’époque, se souvient-il, j’ai été attiré par le communisme, je pense que le système des castes, les inégalités, le capitalisme ont été les grands responsables de l’impérialisme britannique. Il n’a pas été bien compliqué de diviser le pays pour mieux s’y installer. Ils avaient les moyens, la technologie, c’était impossible pour nous de les contrer. »

Encore aujourd’hui, le système des castes persiste et les évolutions sont peu perceptibles : « Ce système est loin d’avoir disparu. Les inégalités sont toujours bien présentes entre riches et pauvres. J’ai publié plusieurs livres sur l’indépendance et le communisme en Inde, qu’il m’a fallu financer par ma seule pension de retraite. J’espère que ces écrits seront utiles aux jeunes générations. Il faut que ce combat soit relayé, et ce ne sera pas le cas tant que les castes existeront. Une nouvelle fois, les citoyens doivent s’unir pour changer l’histoire de l’Inde. » Un vœu que Mayandi Bharathi souhaiterait ne pas voir rester pieu. A 98 ans, le jeune homme luttant pour l’indépendance n’a rien perdu de sa force, ni de sa persévérance.

Audrey Durgairajan
Apres deux années passées entre la France et l’Inde, j’ai co-lancé avec Durgairajan Gnanasekaran le média Hope For Raise Magazine. Hope For Raise est un magazine en ligne et papier dédié aux femmes, à l’environnement, bref à tous ceux qui font bouger les lignes en Inde. Nous organisons des formations pour les journalistes professionnels ou étudiants afin de venir renforcer l’équipe sur place et de rencontrer des professionnels locaux.

Hope for raise


Hope for raise Trust est une organisation non gouvernementale indienne basée dans le sud de l’Inde, à Madurai, et impliquée dans la sensibilisation des communautés villageoises en vue de les aider à mieux gérer leurs revenus, développer leurs compétences pour s’orienter vers une agriculture écologique et durable, et soutenir et protéger les droits des femmes. L’ONG prévoit également d’éditer un magazine en ligne, Hopeforraise-mag.com.


Pour soutenir leurs combats, vous pouvez vous rendre sur leur page Facebook ou bien les contacter à l’adresse mail suivante : editor@hopeforraise-mag.com.