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Médias et citoyens : tout est encore possible !

Albert Londres : "Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie".

Albert Londres : "Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie".

Depuis plusieurs années, les liquidations et les plans sociaux laissent des professionnels de talent sur le carreau. Ici, on annonce la suppression de 150 postes. Là, ce sont des titres qui tombent dans l’indifférence générale sous les coups de la raison économique. La liste des condamnés s’allonge inexorablement. La crise érode des pans entiers du paysage médiatique et use lentement l’accès des citoyens à une information riche et diversifiée.

Jamais, dans toute l’histoire de la presse, les journalistes n’ont bénéficié de moyens techniques si considérables sur lesquels appuyer une démarche éditoriale, transmettre l’information, communiquer avec le public… Et jamais la situation n’a paru si désespérée. Quel paradoxe !

Mais de quelle crise parle-t-on ? Est-ce une crise financière, consécutive à l’effondrement des revenus de la publicité et du départ théorique des lecteurs vers un web si peu rémunérateur ? Une crise structurelle, engendrée par la remise en cause des anciens modèles ? Une crise philosophique et identitaire ? Cette crise est multiple et n’épargne aucun secteur, aucun corps de métier. Mais cette crise n’anéantira ni le journalisme ni le rôle crucial de l’information dans un système démocratique.

Comme le souligne l’idéogramme chinois représentant ledit substantif, cette période de crise n’est pas seulement funeste. Elle est également propice aux innovations et aux remises en questions les plus profondes. Déjà, sur la toile et dans les kiosques, de belles idées émergent. Elles sont portés par des professionnels et des citoyens, jeunes ou moins jeunes, pleins d’envie, engagés et conscients des défis de l’époque. Qu’il s’agisse de magazines tels que XXI, l’Impossible, le Journal International, 24h01, la Revue Dessinée, Colors Magazine, ou de sites comme Snow Falls, De Correspondent ou le Quatre Heures, chacun de ces concepts atteste d’une même réalité : tout est encore possible.

L’heure n’est plus à la vente brute mais à l’échange

Tout est encore possible… Mais rien ne se fera sans balayer, au passage, quelques certitudes. Il est plus que temps de dire adieu au rapport vertical artificiellement maintenu entre un producteur d’infos et un consommateur de tweets. L’heure n’est plus à la vente brute mais à l’échange. Elle n’est plus au buzz. Elle est à l’enrichissement et la co-construction. Un penseur (sans doute mal inspiré) a dit un jour que l’information n’était pas un bien de consommation comme les autres. Il se trompait. L’information n’est pas un bien de consommation du tout. C’est un bien commun. Et comme tout bien commun, il importe à l’ensemble de la société de le protéger.

Si les journalistes et les patrons de presse doivent parler d’une même voix pour en garantir l’éthique et la déontologie, les citoyens ont également leur part de responsabilité. Ils veulent des médias de qualité ? Qu’ils s’expriment ! Qu’ils s’engagent ! Qu’ils s’impliquent réellement dans le processus éditorial ! Qu’ils fassent preuve de vigilance pour défendre leur droit à une information de qualité ! Ne serait-ce que pour éviter de voir des apprentis sorciers leur vendre de l’anecdotique en se targuant de savoir « ce que le public veut vraiment ».

Il y a de la place pour des médias de qualité

Autre bouleversement nécessaire : la refonte des aides à la presse. 1,5 milliard d’euros y sont consacrés chaque année. Si elle soutient des trésoreries et renforce, parfois, des publications dont le caractère informatif reste à déterminer, cette somme ne contribue que rarement à l’émergence de projets novateurs. Pourquoi ne pas leur en réserver une partie ? Bien sûr, lorsque l’on parle d’argent, le terme de crowdfunding revient souvent. Mais le financement participatif ne peut pas tout. S’il permet aux citoyens de s’impliquer directement et concrètement dans la création d’un média, il ne saurait effacer le rôle des grands argentiers et des annonceurs. Ceux-là mêmes qui, par frilosité ou sens du calcul, se désengagent du monde de la presse.

Être dissident, c’est avoir la capacité de faire un pas de côté, d’observer le monde et s’engager pour forcer le destin. En France comme ailleurs, il y a de la place pour des médias de qualité proposant une approche novatrice. Des médias qui ne s’appuieraient pas sur l’exaltation d’une opinion partisane mais qui développeraient, enrichiraient et partageraient une information éthique et plurielle. Des médias qui impliqueraient le public et le replaceraient au cœur de leur démarche, comme ces fleurs de démocratie qu’ils ne devraient jamais cesser d’être.

Plus d'informations sur des médias innovants

Dans les kiosques

XXI : trimestriel précurseur des Mooc en France http://www.revue21.fr/ L’Impossible : journal alternatif lancé par le journaliste et écrivain Michel Butel. Le projet a, comme d’autres, flanché. Mais sa qualité et son originalité en font un élément central de cette revue de références http://limpossible.fr/ Le Journal International : projet d’une association étudiante lyonnaise considéré comme le Courrier International étudiant http://www.lejournalinternational.fr/ 24h01 : premier grand Mooc venu de Belgique http://www.24h01.be/ La Revue Dessinée : pari fou de passionnés, ce magazine se veut être un mediapart en BD http://www.larevuedessinee.fr/ Colors Magazine : une revue italienne nomade qui parle d’un monde sans frontière http://www.colorsmagazine.com/

Sur le web

Snow Falls, the avalanche : plus qu’un média, ce mini site est une expérience tentée par le New York Times qui prouve que le web peut être le support de différents schémas narratifs http://www.nytimes.com/projects/2012/snow-fall/#/?part=tunnel-creek De Correspondent : un pure player participatif et éthique mis en place par des journalistes hollandais http://blog.decorrespondent.nl/

Le Quatre Heures : Projet porté par des étudiants (et oui !) proposant, à l’instar de Snow Falls, des pistes alternatives dans sa narration http://lequatreheures.com/

Jérémy Felkowski
Jérémy Felkowski est journaliste plurimédia. Diplômé de l’Institut International de Communication de Paris et de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, il a tout d’abord fondé et dirigé deux sites pureplayers abordant l’actualité de la Russie et de son étranger proche. Associer l’amour d’un métier passionnant à un profond engagement citoyen… un objectif qui l’amène à travailler pour Animafac, le premier réseau d’associations étudiantes de France. Il y est webmaster éditorial et graphiste.