« Positive Book » : en route vers un monde plus juste

Du 16 au 19 septembre derniers, le Positive Economy Forum se déroulait au Havre pour promouvoir les initiatives en faveur de l'économie positive. Photo Positive Economy Forum

Du 16 au 19 septembre derniers, le Positive Economy Forum se déroulait au Havre pour promouvoir les initiatives en faveur de l'économie positive. Photo Positive Economy Forum

Alors que le P+sitive Economy Forum s’est achevé la semaine dernière au Havre, l’édition 2015 du « Positive Book » vient de sortir en librairie. À travers une cinquantaine de portraits, d’interviews et de récits, il donne à voir ces pionniers de l’ « économie positive » qui ont fait les temps forts des derniers Forums, et dessinent, chaque jour, les contours d’un nouveau monde.

Sous la houlette de Jacques Attali, Président de Positive Planet, le Positive Economy Forum du Havre est, depuis 2012, le haut lieu de l’effervescence positive. Économie, écologie, social, éducation, urbanisme : regroupant une multitude d’experts, ce grand rendez-vous annuel met en lumière les démarches innovantes qui tentent de répondre aux urgences actuelles.

Plaçant l’humain et la planète au cœur de leurs projets, ces entrepreneurs et citoyens poursuivent d’ailleurs un objectif commun : créer un monde positif à l’horizon 2030. Ce sont eux que l’on retrouve aujourd’hui dans le Positive Book 2015, sorti le 5 septembre en librairie.

L’intérêt des générations futures est aussi le nôtre

Témoin de ces idées et de ces personnalités qui animent chaque année Le Havre Forum (LH, ou Economy Positive Forum), l’ouvrage se veut avant tout un outil de réflexion et de sensibilisation. Parmi ses cibles ? Les curieux, les acteurs économiques, mais aussi les grands dirigeants, que les initiateurs du projet espèrent influencer, en faisant pencher la balance du bon côté.

Car si penser à court-terme est « un réflexe naturel et humain », rappelle l’équipe du Positive Economy Forum, les défis sociaux, écologiques et financiers auxquels nous sommes confrontés ne pourront se résoudre qu’en intégrant le long terme dans tous les processus décisionnels. Et c’est là que le bât blesse. Du constat accablant de la privatisation systématique de la planète par la génération « en place », est donc né le concept d’économie positive et, plus largement, celui de monde positif. Un monde où chaque individu aurait conscience que l’intérêt des générations futures est aussi le sien.

Vers une économie positive

En 2015, la Banque Mondiale n’a cessé de revoir à la baisse les prévisions de croissance des pays à revenus élevés. Le mythe de la croissance illimitée s’effondre. Face à la dégringolade, des alternatives voient le jour et se concrétisent autour de nouvelles façons d’entreprendre et d’envisager le travail.

Entreprise sociale et solidaire, économie participative, accès à l’emploi, aux services financiers, micro-finance ou réforme des marchés boursiers : les innovations sont légions, et les porteurs de projets, très ambitieux.

Si le but est de produire en positif – cette nouvelle économie refusant radicalement le concept de la décroissance -, la prise en compte des enjeux environnementaux fait ainsi partie intégrante du processus et constitue l’une des composantes essentielles à l’émergence de ce monde nouveau.

2015, l’année de vérité pour le climat

Avec la COP21, prévue en décembre 2015 à Paris, tous les espoirs se cristallisent autour d’un revirement politique mondial. Définie comme « cruciale » pour l’humanité par le suédois Johan Rockström – un des plus éminents scientifiques en matière de climat, invité du LH Forum – , l’année en cours suscite beaucoup d’attentes à travers le monde. Arrivera-t-on à contenir la hausse des températures à 2° ? Tout l’enjeu est là.

Si la situation a de quoi alarmer, beaucoup d’acteurs présentés dans le Positive Book se montrent paradoxalement optimistes quant à l’avenir. Que ce soit l’écologiste Nicolas Hulot, le fondateur de la Sea Shepherd Paul Watson, ou l’ingénieure burkinabée Abzeita Djigma, tous ont espoir de voir l’humain se réveiller et, peut-être, influencer les décisions politiques.

Un optimisme rendu possible par tous ceux qui n’ont pas attendu pour agir. Préservation des fonds marins, énergies maîtrisées, reforestation spontanée, de nombreux colibris du 21ème siècle « font leur part » du travail et défendent la planète avec ardeur et obstination. Une émulation qui vient d’en bas et laisse espérer qu’au dernier acte, la catastrophe pourrait être évitée.

Vivre ensemble, de mieux en mieux

Mais si l’économie et l’écologie vont de pair dans ces initiatives nouvelles, les acteurs de demain n’en oublient pas l’élément central de tout changement à long terme : l’Homme lui-même.Par exemple, à quoi ressemblera la ville de 2030, quand la population mondiale aura atteint 9 voire 10 milliards d’hommes ? C’est là l’un des enjeux de l’économie positive. Qu’il s’agisse de mobilité, de gestion de déchets, de flux de populations ou d’accompagnement social, rien n’échappe à une profonde remise à plat.

Parallèlement, alors que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres – selon deux études du FMI et de l’OCDE publiées début 2015 -, trouver des solutions alternatives pour éradiquer la pauvreté et construire un monde plus juste devient tout aussi urgent. Là aussi, les propositions fleurissent et s’enracinent. Alors que certains défendent par exemple le concept de villes ouvertes, d’autres, à l’instar d’Erich Sahan et de son organisation Oxfam, luttent contre la pauvreté et l’exclusion en donnant du pouvoir à ceux qui sont en bas de l’échelle, comme les femmes issues de communautés africaines qui travaillent pour des multinationales.

Pour d’autres, c’est l’accès à l’éducation qui prime. C’est le cas notamment de l’association Espérance banlieues, qui propose des solutions pour proposer une éducation de qualité aux habitants des cités sensibles de France. Accès à l’art, à la culture, échanges intergénérationnels et épanouissement des individus, voilà autant de chantiers recensés au fil des pages qui, une fois n’est pas coutume, tournent le projecteur du côté de l’information positive, concrète et fédératrice.

Au final, le Positive Book est un document précieux pour tous ceux qui se sentent concernés par la suite de l’histoire. Car si la cinquantaine de personnalités passées à l’action sont ici saluées, qu’en est-il des milliards d’individus que nous sommes ?

 

> Positive Book 2015-2030, vers un monde positif. Positive Economy Forum. Avec la collaboration d’Isabelle Lefort. Flammarion, 2015. 192 p. Prix : 19,90 euros.

Alice Dubois
Journaliste et chroniqueuse, avec prédisposition naturelle pour les sujets de société, la biosphère et les culture(s). Après une vie entre spectacle vivant et agence de com. La presse écrite ? Depuis sa première machine à écrire, en 1984.