Précarité en France : les femmes en première ligne

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L’égalité homme-femme, une affaire qui roule ? Loin s’en faut, si l’on en croit le premier « Rapport sur les inégalités en France », publié en juin par l’Observatoire des inégalités. Ce document édifiant, qui confirme notamment le lien étroit entre femmes et précarité, vient rappeler qu’en France, la domination économique masculine est la règle d’or… Et les discriminations à l’égard des femmes, une réalité.

Salaires inférieurs, cumul de petits jobs, travail à temps partiel, gestion de la garde des enfants et des tâches ménagères… De la sphère privée au monde professionnel, les femmes sont encore majoritairement défavorisées par rapport aux hommes. C’est ce que confirme le premier « Rapport sur les inégalités en France », publié le 4 juin dernier par l’Observatoire des inégalités. Déjà mise en lumière par plusieurs rapports officiels, la situation s’est durcie avec la crise, qui fragilise économiquement les représentantes du « sexe faible » et les expose plus facilement à la précarité.

Institutrice ou infirmière ?

Si la participation des femmes au marché du travail ne cesse d’augmenter depuis les années 60 (en 2012, 47,7% des travailleurs sont des travailleuses), celles-ci restent encore cantonnées à des postes et à des secteurs spécifiques. Elles constituent aujourd’hui 97% des aides à domiciles et des secrétaires, 66% des enseignants ou encore 73% des employés administratifs.

Alors que le plafond de verre continue de les tenir éloignées des postes à responsabilités, les femmes représentent 77% des employés, mais 16% seulement des chefs d’entreprises. Si l’accès aux emplois de cadre est en constante augmentation, et que l’effort doit être souligné, il ne doit pas faire perdre de vue le taux de féminisation de l’emploi non qualifié, qui atteint 62%.

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Manifestation d’employées de la grande distribution, un secteur où l’on compte 61% de femmes © Flickr/Patrick Janicek

Des salaires sensiblement inférieurs

Surreprésentées dans des postes souvent peu rémunérés, les femmes ont toujours des salaires inférieurs à ceux des hommes. En 2014, elles étaient payées en moyenne 25% de moins qu’eux. Un écart qui ne s’est jamais réduit depuis 2000, et s’explique en partie par les bas salaires des temps partiels, majoritairement réservés aux femmes.

Lorsque l’on compare les salaires sur les emplois à temps plein ? L’écart se resserre, mais persiste : les femmes perçoivent encore 14% de moins que les hommes. Un score peu reluisant qui place la France derrière la Norvège (7%), le Danemark (8%), l’Espagne (9%) et l’Italie (11%).

Cette inégalité salariale qui pèse sur le quotidien paralyse les françaises tout au long de leur vie active, et même au-delà. Car la discrimination économique, qui commence dès la sortie du système scolaire (où 30% des jeunes femmes ont été embauchées à temps partiel en 2010, contre 17% des hommes), finit par se répercuter sur le montant des retraites des travailleuses françaises, 31% inférieur à celui des hommes.

Mères et travailleuses : la combinaison perdante

En parallèle, les tâches ménagères, elles, restent une histoire de femmes : celles-ci passent 2,5 fois plus de temps que les hommes à s’occuper de la maison, et l’éducation des enfants leur incombe encore majoritairement. Une « spécialisation féminine » qui s’accroît avec le nombre d’enfants : 38 minutes de ménage par jour pour les mères avec un enfant, 45 minutes avec deux enfants et 62 minutes avec trois. Les hommes, eux, y consacrent en moyenne 12 minutes par jour, peu importe le nombre d’enfants.

Des facteurs cumulatifs qui participent à la fragilisation économique des femmes, devant partager leur temps entre travail et responsabilités familiales. Ce rôle, profondément ancré dans la culture française, fait de la maternité un obstacle à l’émancipation économique et reste un frein aux promotions et aux grandes carrières professionnelles. Sur le sujet, les chiffres sont édifiants : 40% des mères changent de situation professionnelle à la naissance d’un enfant, contre seulement 6% des pères. Si elles sortent du marché du travail pendant un an à la naissance d’un enfant, leur salaire annuel chute de 10% une fois le retour à l’emploi effectué. Sans surprise, 96% des bénéficiaires du complément de libre choix d’activité (CLCA) sont des femmes.

Quant aux mères célibataires, leur situation économique s’avère encore plus difficile. À l’arrivée, une sur deux déclare ne pas arriver à boucler son budget sans être à découvert. Une situation précaire accentuée par les irrégularités des versements de pension alimentaire, qui touche 40% des paiements. Depuis le 1er octobre 2014, le gouvernement a mis en place dans 20 départements pilotes un mécanisme de garantie publique contre ces impayés de pensions alimentaires (GIPA). Au 1er mars 2015, 1000 familles en bénéficiaient déjà.

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Les femmes passent 2,5 temps que les hommes à s’occuper de la maison © Flickr/Marianne Fenon

Une égalité en marche ?

Depuis le début du quinquennat de François Hollande, la question du droit des femmes est en effet inscrite à l’agenda politique. Certes, le ministère du Droit des Femmes a été fusionné avec celui des Affaires Sociales et de la Santé, en août 2014. Reste toutefois la délégation aux droits des femmes et à l’égalité, menée par la secrétaire d’État Pascale Boistard, chargée de favoriser les droits des femmes, la parité, et d’accroître les garanties d’égalité entre les deux sexes.

La loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, portée par la ministre Marisol Touraine, aborde pour la première fois l’égalité homme-femme dans toutes ses dimensions : parcours professionnel, accès aux responsabilités politiques, sociales et professionnelles, lutte contre la précarité, contre les violences et les stéréotypes sexistes… Car la situation économique des femmes en France, discriminatoire et préoccupante, n’est que la partie visible d’un ensemble de mécanismes et de violences qui contraignent encore beaucoup d’entre elles à lutter seules, en arrière-plan.

Si chaque avancée permettant d’éloigner un peu plus les femmes de l’écueil de la précarité, aussi minime soit-elle, est ressentie et analysée comme une grande victoire, aussi bien par les pouvoirs publics, les associations que par les premières concernées, rappelons que c’est avant tout parce que le fossé est immense. Au-delà du combat vers l’égalité entre les deux sexes, c’est notre façon d’appréhender ces discriminations qui doit aussi sortir des stéréotypes et des schémas de pensée patriarcaux.

Sources :
. Rapport sur les inégalités en France » Observatoire des inégalités, 2015
. Rapport « Tous concernés, Pourquoi moins d’inégalité bénéficie à tous », OCDE, 2015
.
Données « Premier emploi : les femmes plus souvent en temps partiel », Observatoire des inégalités, 2014
. Données « Une répartition déséquilibrée des professions entre les hommes et les femmes », Observatoire des inégalités, 2014
. Étude « Femmes et précarité », CESE et Délégation aux droits des femmes et à l’égalité, 2013.
 

Alice Dubois
Journaliste et chroniqueuse, avec prédisposition naturelle pour les sujets de société, la biosphère et les culture(s). Après une vie entre spectacle vivant et agence de com. La presse écrite ? Depuis sa première machine à écrire, en 1984.