Rio Doce : le Brésil face à une double responsabilité environnementale à la COP21 - The Dissident - The Dissident

Rio Doce : le Brésil face à une double responsabilité environnementale à la COP21

Alors que se tient à Paris la COP21, le Brésil, acteur des discussions sur le climat dans la capitale française, fait face à la plus grande catastrophe écologique de son histoire.

Le 5 novembre, un barrage qui appartenait à une des plus importantes compagnies minières du pays a lâché, permettant ainsi à une quantité effarante de déchets toxiques de se déverser dans le Rio Doce, un des principaux fleuves du Brésil. Ce sont 50 millions de tonnes de boue et de résidus chimiques qui se déversent depuis dans le « fleuve doux » (son nom en français), continuant sa course sur son lit long de 650 kilomètres, après le barrage, et jusqu’à l’océan Atlantique.

 

Une réaction à retardement malgré la mobilisation du gouvernement à la COP21

Face à l’ampleur de la catastrophe, le gouvernement brésilien a pris son temps pour demander des comptes à la société minière Samarco – détenue à parts égales entre deux géants miniers, le Brésilien Vale et l’Australien BHP Billiton-, propriétaire du barrage et considérée comme entière responsable. En cause présupposée, des affinités partisanes entre Vale, le géant du minerai de fer, et les partis politiques. Le lobby aurait en effet arrosé copieusement plusieurs partis, de gauche comme de droite, lors de la campagne de 2014, dont le parti des travailleurs de Dilma Roussef. Inévitablement évoquée par la présidente brésilienne Dilma Roussef lors de son discours d’ouverture de la COP21, la catastrophe écologique gêne aux entournures d’un débat mondial axé sur la sensibilisation à l’environnement. «  L’action irresponsable d’une société a récemment provoqué la plus grande catastrophe écologique de l’histoire du Brésil », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Nous travaillons  à une réduction des risques de catastrophe, nous agissons en soutien des personnes touchées, nous œuvrons pour la prévention de nouvelles occurrences et aussi pour punir sévèrement les responsables de cette tragédie. » (lire l’allocution complète de Dilma Roussef

Intervention de Dilma Roussef lors de l’ouverture de la COP21

Intervention de Dilma Roussef lors de l’ouverture de la COP21

Un discours tout à l’honneur de Dilma Roussef, déjà vivement critiquée pour avoir mis une semaine avant de se rendre sur les lieux.    

Un désastre écologique sans précédent

Surnommé « le tsunami marron », l’écoulement massif des déchets toxiques a causé la mort d’au moins seize personnes et en a blessé plusieurs autres, submergeant la petite ville de Mariana. Concernant la faune et la flore, les dégâts sont innombrables, et la vie qui s’organisait autour de l’activité du fleuve est largement touchée. Les villages de pêcheurs, ainsi que les personnes qui dépendaient du Rio Doce pour l’eau, l’agriculture et les ressources alimentaires, se retrouvent désormais dans une impasse.

Compartilhe!Rio Doce em Baixo Guandu/ES »Você vai se emocionar com esse vídeo ».Crédito: Pito Jovander

Posté par Portal Guandu Baixo Guandu sur samedi 21 novembre 2015

Posté par Portal Guandu Baixo Guandu sur samedi 21 novembre 2015

(vidéo montrant les dégâts causés sur l’écosystème du fleuve)

 

Au total, 280 000 personnes se sont retrouvées privées d’accès à l’eau potable. Désormais surnommé par les habitants le Rio Morto, le fleuve contiendrait, depuis la rupture du barrage, 60 millions de litres composés d’un mélange de silice, de terre, de résidus de fer, d’aluminium et de manganèse, tandis que Samarco soutenait encore en fin de mois que le mélange écoulé n’était pas toxique.

Il faudra, selon la ministre brésilienne de l’agriculture, au moins dix ans pour récupérer « les conditions environnementales basiques du Rio Doce ». Une prévision, qui semble bien optimiste, au regard du nombre d’espèces animales et végétales dont le cycle de reproduction et d’alimentation risque d’être perturbé pour de longues années à venir.

« La meilleure façon de construire des solutions communes à des problèmes communs est notre unité autour d’un accord juste, ambitieux et universel, qui limite pour ce siècle, la hausse de la température moyenne mondiale à 2 ° C . Pour cela, nous devons construire un accord fondamental et juridiquement contraignant », a conclu Dilma Roussef lors de l’ouverture de la COP21 au Bourget. Une double responsabilité, que le plus grand pays d’Amérique latine ne peut plus prendre à la légère.

Morgane Masson
Journaliste traînant ses valises entre Paris et le sud de la France, passionnée par les sujets de société, les droits des femmes et la nature. Un peu de télévision, un peu de web, un peu de print. Il faut bien que jeunesse se passe ? Rien n’est moins sûr.