Schengen, la libre-circulation et ses migrants : les « sentiers invisibles » de l’Europe - The Dissident - The Dissident

Schengen, la libre-circulation et ses migrants : les « sentiers invisibles » de l’Europe

La libre-circulation des travailleurs Européens nourrissait déjà des controverses en 1992 lors de la signature du traité de Maastricht. A l’époque, c’étaient l’Espagne et le Portugal, pays à forte tradition d’émigration, qui faisaient peur.

La libre-circulation des travailleurs Européens nourrissait déjà des controverses en 1992 lors de la signature du traité de Maastricht. A l’époque, c’étaient l’Espagne et le Portugal, pays à forte tradition d’émigration, qui faisaient peur.

La « polémique » sur les Roms qui agite les médias en ces veilles d’élections municipales a fait ressurgir la question de l’immigration en provenance d’Europe de l’Est dans le débat politique. Sur fond de montée du vote frontiste, les responsables politiques ont ainsi régulièrement accusé la libre-circulation au sein de l’Espace Schengen d’être responsable d’un afflux potentiel d’immigrés, cette fois-ci en provenance de Roumanie et de Bulgarie, à l’issue de la date du 1er janvier 2014. Ces allégations sont pourtant trompeuses, à plus d’un titre.

Tout d’abord, la levée des dispositions transitoires qui permettait à la France, notamment, de restreindre l’accès au marché de l’emploi pour les ressortissants Bulgares et Roumains ne signifie pas nécessairement l’arrivée massive de migrants. Rappelons que Bulgares et Roumains ont par ailleurs déjà accès à de très nombreux emplois en France (291 métiers, précisément) et que dans toute l’Europe, ils ont le droit de circuler, en tant que citoyens européens. Dans certains secteurs, les Roumains sont même activement recherchés (les médecins de campagne, par exemple). En effet, parmi les générations nées avant 1970, on trouve de très nombreux francophones. D’autre part, la France avait déjà restreint l’accès à son marché du travail pour les citoyens des 10 « nouveaux » États-membres issus de l’élargissement de 2004 jusqu’à 2008. On n’a pourtant toujours pas vu, à ce jour, d’invasion massive de plombiers polonais.

Migrants intra-européens ou Européens mobiles

D’autre part, dans de nombreux pays européens, les citoyens des Nouveaux États-membres (Pologne, Hongrie, Estonie, Lettonie, Lituanie, République Tchèque, Slovaquie, Slovénie, Chypre, Malte, puis Roumanie et Bulgarie) vivent et travaillent déjà, depuis de nombreuses années. On estime à environ 4 millions le nombre de citoyens des nouveaux États-membres qui résident dans un des pays de l’UE-15 ; par ailleurs l’OCDE comptabilise 7 millions d’entrées de travailleurs de l’Est vers l’Ouest entre 2000 et 2010.

La Grande-Bretagne et l’Espagne sont parmi les pays qui ont reçu le plus grand nombre de ces Européens mobiles. Selon le dernier recensement effectué en 2011, quelques 579 000 Polonais vivent en Grande-Bretagne. En Espagne, le recensement de la même année a comptabilisé 798 000 Roumains et 151 000 Bulgares. Les migrations intra-européennes ne sont ainsi pas un phénomène nouveau qui risquerait d’apparaître brusquement au matin du 1er janvier prochain.

Le visage des migrations intra-européennes : l’exemple de l’Angleterre et de l’Espagne

Au même titre que le fameux programme Erasmus, les travailleurs migrants contribuent à fonder l’identité européenne de demain. Il est possible désormais de trouver un sachet de pierogi surgelé à peu près n’importe où en Angleterre. En Espagne, il n’est plus rare de croiser quelqu’un qui grignote un covrig dans la rue.

Mais comme dans toute histoire de migration, derrière la façade pittoresque du mélange des cultures se cachent des situations sociales contrastées. Nous avons interrogé certains de ces travailleurs européens, dans deux villes industrielles, de taille moyenne, d’Angleterre et d’Espagne. Chaque dimanche du mois de novembre, The Dissident vous propose de partir à la rencontre de l’une d’entre elles.

Thèse sur les migrations intra-européennes

Aurore Flipo
Aurore Flipo - Doctorante à Sciences-Po, elle termine une thèse de doctorat en sociologie sur les migrations des jeunes Polonais en Angleterre et Roumains en Espagne. Elle s’intéresse aux questions migratoires, mais aussi à la précarisation des jeunes en Europe, dont la mobilité constitue une facette.