SOS Amitié, baromètre d’une France angoissée - The Dissident - The Dissident

SOS Amitié, baromètre d’une France angoissée

(c) Flickr/Alain Bachellier

Augmentation des idées suicidaires, accroissement des appels liés à la violence, anxiété en hausse : dans son dernier rapport, SOS Amitié dépeint une société en proie à une angoisse grandissante, où les attentats de janvier ont laissé des traces.

Un appel toutes les quarante secondes. L’année dernière, les bénévoles de SOS Amitié ont répondu à près de 700 000 personnes aux prises avec leur solitude, leurs tourments et leurs idées noires. Des coups de fil anonymes, que l’association analyse depuis cinq ans à travers son « Observatoire de la souffrance psychique ». Tel un miroir – plutôt sombre – de la société, son dernier rapport, publié le 19 mai, donne à voir une France de plus en plus marquée par la violence et l’angoisse…

Plus de propos suicidaires

Les appelants ? Ce sont aussi bien des hommes (46,3%) que des femmes (53,6%), des jeunes de 16 à 25 ans (42%) que des adultes de 25 à 45 ans (41%). Parmi eux, il y a « ceux qui appellent de façon ponctuelle, une ou quelque fois dans le mois (57%), ou ceux qui appellent de façon régulière, pouvant aller jusqu’à plusieurs fois par jour (43%) », note l’Observatoire. Isolement, perte d’emploi, addiction, handicap, rupture amoureuse, deuil, problèmes relationnels… Les sources de souffrance sont multiples, et les inquiétudes croissantes.

telephone« Le nombre des appels exprimant des pensées suicidaires qui diminuait régulièrement depuis 2007 (-35% sur sept ans), est reparti à la hausse (+ 12 % sur un an) », note ainsi le rapport. Des idées morbides qui, chez les hommes, sont davantage liée à la solitude, tandis que les femmes, elles, évoquent plus souvent des situations de violence et des problèmes sentimentaux.

Les peurs diffuses de la France « post-Charlie »

Donnée inquiétante : la violence, justement, est en constante progression d’année en année (+36% entre 2011 et 2014). Derrière le combiné, on évoque les conduites à risques (6%), les maltraitances physiques (12%), l’inceste (18%) ou encore le viol (18%)… À l’arrivée, près d’un appel sur deux fait mention de violences sexuelles. Une problématique préoccupante, à laquelle s’ajoute un sentiment grandissant d’anxiété.

« Alors que l’évocation des sujets matériels (vie courante, chômage, etc.) reste stable, l’évocation de la notion d’angoisse croît de façon régulière depuis trois ans. Elle est notée dans près d’un appel sur dix, comme si l’inquiétude diffuse avait pris la main sur les problèmes de la vie économique quotidienne », décrypte l’association. Une évolution qui n’est pas sans lien avec les attentats de janvier, estime SOS Amitié.

SOS Amitié a été créée en 1960

SOS Amitié a été créée en 1960

L’association, qui a confronté ses statistiques de janvier-février 2014 à celles de janvier-février 2015, dresse un bilan révélateur : d’une année sur l’autre, à la même période, le sentiment d’angoisse a grimpé de 10,6% en France et de 24,4% en Île-de-France. Et la tendance est la même pour les mentions de violences. Signe que le contexte morose et volontiers anxiogène de ces derniers mois exacerbe bel et bien, si l’on en doutait, les peurs et les tensions… Surtout chez les personnes les plus fragiles.

Des appelants face auxquels l’association, qui fête cette années ses cinquante-cinq ans, a d’ailleurs bien du mal à faire face. Rendue célèbre par « Le Père Noël est ordure », SOS Amitié compte aujourd’hui 45 centres d’appels et 1600 bénévoles, mais ne parvient à prendre qu’un appel sur 7,5. Toujours en quête de volontaires, elle s’apprête néanmoins à ouvrir une nouvelle antenne. Tristement indispensable, à l’heure où solitude et peurs continuent de s’immiscer dans tous les pores de la société.

 

 

Aurélia Blanc
Aurélia Blanc, journaliste indépendante. Passée par Respect Mag ou le Bondy Blog, je traîne mes guêtres sur le web, dans la presse magazine ou dans l'édition.