Tourisme alternatif : une nouvelle conception du voyage - The Dissident

Tourisme alternatif : une nouvelle conception du voyage

Eco tourisme au coeur des glaciers de Spitsbergen : Svalbard

Ecologique, solidaire, participatif ou durable, le tourisme alternatif  promet aux voyageurs des trips inoubliables couronnés d’une bonne conscience qui fait du bien. Mais entre arguments humanistes, tarifs  élevés et surenchère, il est souvent difficile de faire le tri. Retour sur une tendance très lucrative.

Offres alléchantes, agences spécialisées et concepts de plus en plus variés, le marché du tourisme propose aujourd’hui mille et une façons de profiter de ses vacances. Bien loin des formules « All inclusives » des grands tours opérateurs, une foule d’agences dédiées ont vu le jour ces dix dernières années, surfant sur la vague de la tendance écologique et de la démocratisation de ses valeurs.

L’éco tourisme : voyager sans laisser de traces

Consommation d’eau douce, production de déchets, pollution, surfréquentation des lieux touristiques, les inconvénients du tourisme de masse sont légion. Face à la médiatisation de l’urgence écologique, le tourisme « vert » s’est imposé sur le marché et conquiert chaque année de plus en plus de voyageurs. Ainsi, minimiser son empreinte sur son lieu de villégiature est devenu une priorité pour une partie des occidentaux, sensibles à la préservation de l’environnement. Face à la recrudescence des offres, pas toujours claires pour le voyageur, le site français www.voyagespourlaplanete.com répertorie les voyages écologiques disponibles partout dans le monde. Des écolodges sur Fraser Island en Australie aux réserves écologiques d’Amazonie, en passant par les éco randonnées au cœur de la France, il y en a pour tous les budgets et pour toutes les envies. Si l’éco tourisme est un concept qui modifie en profondeur notre rapport moderne au voyage, obligeant les adeptes à repenser la notion de tourisme, il reste néanmoins synonyme de vacances et de détente et peut se pratiquer sans aucun contact avec les populations locales, contrairement à d’autres alternatives, plus engagées.

Eco tourisme en Macédoine © Immoxygène

Eco tourisme en Macédoine © Immoxygène

Equitable et solidaire : la rencontre au coeur du voyage

Autre alternative au tourisme de masse, le tourisme équitable et solidaire qui place la rencontre avec l’autre au cœur du projet de vacances. Impliquant la population locale dans le projet touristique, cette nouvelle façon de voyager a deux ambitions majeures : faire vivre une immersion culturelle unique au voyageur au plus près des autochtones et le faire participer au développement du territoire visité. Loin des grosses infrastructures touristiques, chez l’habitant ou au sein de petites structures gérées par les locaux, le voyageur s’engage à respecter les populations, leur culture et leur environnement. Vivre chez les Mapuches du Chili, partir à la rencontre des peuples nomades du Kirghizstan, ou dormir chez les pêcheurs de Zanzibar, rien n’est impossible pour les agences spécialisées comme D.E.P.A.R.T.S ou Tamadi.

Au-delà de l’enjeu social du voyage solidaire, l’enjeu économique est essentiel car une partie des bénéfices tirés par ces voyages est réinvestie par les communautés d’accueil. La juste répartition des bénéfices de l’activité touristique entre les membres de la communauté est un des piliers du tourisme solidaire.

Voyage solidaire à Madagascar @Sandy Marie / Flickr

Voyage solidaire à Madagascar @Sandy Marie / Flickr

Le tourisme participatif : devenir acteur de ses vacances

Pour ceux qui n’ont pas envie de farniente et qui veulent se retrousser les manches, le « volontourisme »offre la possibilité de mettre son temps libre au bénéfice d’un projet de développement. Selon ses compétences et ses savoirs-faire, le vacancier peut participer à une myriade d’actions : donner des cours d’informatique, participer à des missions éducatives en faveur de la jeunesse, aider à la construction d’une structure sociale… Le but ? Aider la population locale sur des thèmes centraux comme l’éducation, la formation ou la santé. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine étant les destinations de prédilection de ces touristes d’un genre nouveau. Ici, les vacances ne sont pas une sinécure et coûtent relativement cher puisqu’une partie du prix du voyage est allouée directement à la réalisation du projet, qui est, quand à lui, réalisé bénévolement.

Cour d'école au Vietnam ©Louis Foecy / Flickr

Cour d’école au Vietnam ©Louis Foecy / Flickr

Un souvenir de vacances vite oublié ?

Pour celui qui souhaite découvrir le monde en dehors d’un hôtel Marmara, l’industrie du tourisme propose donc de nombreuses alternatives. Mais si l’engouement est réel, les grandes agences s’imposant elles aussi sur le marché, la législation laisse encore à désirer. A l’heure actuelle, aucune charte officielle ou marque déposée « éco tourisme » n’est en vigueur et n’importe quelle structure peut par exemple s’estampiller « éco responsable ».

Parallèlement, c’est le principe même de tourisme « responsable » qui est parfois montré du doigt par les associations. Certains y voient une expérience à la limite du voyeurisme, basée sur la seule et unique satisfaction du voyageur. Entre attitude coloniale et hypocrisie, les critiques fusent. Si ce type de séjour ne dépasse jamais les deux semaines, il est légitime de s’interroger sur l’impact réel de ces nouvelles façons de voyager. Sans suivi des populations et des projets, qui peut dire que ces expériences récréatives profitent véritablement aux populations visitées ?

 

Alice Dubois
Journaliste et chroniqueuse, avec prédisposition naturelle pour les sujets de société, la biosphère et les culture(s). Après une vie entre spectacle vivant et agence de com. La presse écrite ? Depuis sa première machine à écrire, en 1984.