Tunisie : les assassinats politiques s’enchainent et se ressemblent

Assassinat Mohamed Brahmi

Le 25 juillet dernier, un député de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), Mohamed Brahmi, a été abattu dans sa voiture, devant chez lui, de quatorze balles tirées à bout portant. Bien que le choc de cette nouvelle ait été terrible pour tous les citoyens tunisiens, l’on n’était pas surpris pour autant.

En effet, pour ce deuxième assassinat politique, la surprise n’était pas au rendez-vous. Elle a cédé la place à l’horreur, devant l’atrocité du crime, commis en plein Ramadan, mois saint pour les musulmans où il leur est interdit de tuer et encore moins, de s’entretuer. Il n’y a pas eu de surprise car le défunt Mohamed Brahmi était sur la liste, cette fameuse liste qui contient les noms de plusieurs personnalités politiques et civiles influentes du pays. Pas de surprise puisque le mode opératoire, pour ce second assassinat, était le même que pour le premier, celui de feu Chokri Belaid. Pas de surprise, enfin, dans la mesure où les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, on assista à des réactions similaires à celles qui soulevèrent la Tunisie après le premier assassinat politique, survenu en février dernier.

Des réactions similaires, certes, puisque l’opposition s’empressa de demander la dissolution du gouvernement, tenu pour responsable de ce crime sur plusieurs plans et notamment, pour n’avoir pas réussi à garantir la sécurité du député Brahmi, que les autorités savaient menacé de mort. Néanmoins, l’actuel gouvernement – qui s’est justement formé suite à l’assassinat du leader politique Chokri Belaid – n’entend pas quitter le pouvoir pour céder la place à un gouvernement de technocrates, comme le réclament l’opposition et la société civile tunisiennes, inlassablement, depuis la mort de Mohamed Brahmi.

La prochaine victime après Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Dessin Tawfiq Omrane

La prochaine victime après Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Dessin Tawfiq Omrane

A qui profite le crime ?

Taxé d’incompétence et de laxisme à l’égard des salafistes qui s’autoproclament jihadistes, une partie de la classe politique en Tunisie va jusqu’à accuser le parti islamiste Ennahdha de complicité et même, pour certains partis de l’opposition, d’avoir commandité ces assassinats politiques. Malgré la pression politique, ce deuxième gouvernement de la Troïka nie toutes ces accusations et continue de lutter contre le courant, se drapant d’une légitimité de plus en plus fragile et renvoyant les mêmes accusations à la tête de l’opposition. Mais alors, à qui profite le crime ? Aux terroristes d’AQMI (Al Qaeda au maghreb slamique), selon les dernières investigations menées par les autorités tunisiennes. Oui, mais encore ? Qui tire les ficelles ? Et dans quel but ?

Détruire la Tunisie et sa transition démocratique, nous répondent à l’unisson nos politiques. Cependant, même les terroristes d’AQMI ne pourraient pas agir s’ils ne bénéficiaient pas de complicités locales. C’est un fait que nul ne peut contester. Et c’est là que le bât blesse car personne ne veut endosser pareille responsabilité, pas plus Ennahdha que ses opposants politiques.

Qu’en pensent alors les citoyens, les électeurs ? Le bon peuple tunisien est lassé de ces affrontements politiques qui ne font qu’enliser le pays un peu plus, chaque jour. C’est la vérité qu’il veut, la vérité qui permet de rendre justice aux martyrs et à leurs familles afin de tourner cette page sanglante de l’histoire moderne de la Tunisie. Tourner la page pour aller de l’avant et construire, ensemble, cette démocratie naissante chère à tous les Tunisiens, notre démocratie.

Photo à la Une : Manifestation suite à l’assassinat à Tunis du député Mohamed Brahmi. Photo Khalil – AFP
Merci à Tawfiq Omrane pour sa caricature. Retrouvez le dessinateur tunisien sur son blog.

Olfa Ben Abbès
Jeune juriste tunisienne en quête perpétuelle de justice et d’équité, j’ai choisi de pratiquer pleinement ma citoyenneté et ce, en dénonçant la corruption qui sévit en Tunisie. Passionnée d’écriture, je mets ma plume au service de mon pays et de tous les citoyens du monde qui aspirent à une vie meilleure, tant sur le plan politique que social.