Vangelis Goulas, Syriza France : « Les actes de nos partenaires de la zone euro relèvent de la guerre économique »

Un manifestant pro-Europe devant le Parlement grec sur la place Syntagma. Photo Associated Press

Un manifestant pro-Europe devant le Parlement grec sur la place Syntagma. Photo Associated Press

Présent lors du rassemblement à Notre-Dame-des-Landes, mi-juillet, Vangelis Goulas, porte-parole et coordinateur du parti grec Syriza en France, est revenu sur la situation économique et financière précaire dans laquelle se trouve la Grèce depuis plusieurs mois. Atterré par l’attitude des technocrates de la zone euro, il qualifie l’accord imposé à la Grèce de « coup d’État financier ».

Le "grexit" sur Google Trends.

Le « grexit » sur Google Trends.

Tirée de Google Trends, cette courbe représente la fréquence de recherche, et donc l’intérêt des internautes, pour le mot « Grexit », sur Google. Si la question semble avoir été vaguement abordée il y a deux ans, elle est revenue sur le devant de la scène dès le mois de février 2015, pour littéralement exploser courant juin. Il faut dire que les médias européens, et notamment français, n’ont pas lésiné sur les moyens lorsqu’il s’est agi de relayer les actualités économiques en Grèce. Le Grexit est pourtant à la zone euro ce que le plein emploi est à la France : beaucoup en rêvent, mais personne ne sait vraiment comment faire. Aucun traité ne prévoit effectivement la sortie d’un État de la zone euro. Au delà de la surmédiatisation de ce néologisme menaçant, il s’est joué, ces dernières semaines à Bruxelles, l’enterrement d’une autre idée de l’Europe qui ne sied guère à ses technocrates.

Un couteau sous la gorge pour négocier

Vangelis Goulas, porte-parole de Syriza en France. Photo B.D.

Vangelis Goulas, porte-parole de Syriza en France. Photo B.D.

Interrogé par The Dissident lors du rassemblement à Notre-Dame-des-Landes les 11 et 12 juillet derniers, alors que la Grèce était en pleine négociation avec ses créanciers, Vangelis Goulas, coordinateur de Syriza en France, est revenu sur la situation précaire des Grecs et l’attitude des États de l’Union Européenne vis à vis de son pays :

« Les citoyens grecs ont fait d’énormes efforts qu’aucun autre pays de la zone euro n’a réalisé jusqu’à présent. La troïka estimait qu’avec une telle cure d’austérité, la santé économique du pays s’améliorerait progressivement. Elle s’est en fait détériorée. Le chômage en Grèce est de plus de 25%. Quand Syriza a été élu pour gouverner le 25 janvier, le programme était d’en finir avec cette austérité. Malheureusement, nos interlocuteurs ne respectent pas ce choix démocratique du peuple grec. Les négociations sont faites avec un couteau sous la gorge : soit nous acceptons leurs conditions, soit nos banques ferment complètement faute de liquidités. »

« On étrangle la Grèce pour l’obliger à capituler »

En cinq années, la Grèce a déjà réalisé de lourds sacrifices. Le salaire minimum est passé en 2012 de 876 € brut à 683 €, et l’âge légal de la retraite de 60 à 65 ans. Le PIB a chuté de 25%. La dette publique, qui était à 125% du PIB en 2009, est aujourd’hui à 175%. Mais ça, c’était avant. Depuis, un nouvel accord a été obtenu par la zone euro et promet aux Grecs des lendemains qui chantent… Au menu ? Plus de TVA, moins de fonctionnaires, de nouvelles réformes du régime des retraites… Cet accord de principe implique entre autres que « le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement ». En clair, Alexis Tsipras devra obtenir l’aval des autorités européennes avant d’envisager toute tentative de légiférer sur les thématiques mentionnées dans le texte. Le respect de la souveraineté des peuples et de la dignité humaine, garanti pourtant par l’article 2 de la constitution européenne, n’a apparemment pas inspiré les institutions de l’Union lors des négociations avec la Grèce.

L’accord en question

https://the-dissident.eu/wp-content/uploads/2015/07/20150712-eurosummit-statement-greece_FR-Copy.pdf

« On nous avait coupé les mains, maintenant on demande notre tête, dénonce Vangelis Goulas. L’Europe des années 70, avec les bons capitalistes qui voulaient le partage et la croissance, est terminée. Aujourd’hui, on s’attaque au droit des salariés à vivre dans la dignité. On étrangle la Grèce pour l’obliger à capituler. Ces négociations sont du chantage ! Les actions de nos prétendus partenaires relèvent de la guerre économique. »

La bataille continue

Selon le porte-parole de Syriza France, la stratégie de l’Eurogroupe est essentiellement politique. Le parti incarne en effet une gauche radicale remettant en cause la vision économique conservatrice prédominante dans les cercles de pouvoir européens et les lobbies qui les entourent. Les créanciers de la Grèce en auraient donc fait un exemple : « [En élisant Alexis Tsipras] les Grecs ont osé relever la tête et dire non à l’institutionnalisation de l’austérité en Europe. Mais en humiliant un gouvernement élu, l’Eurogroupe envoie un message aux autres peuples qui seraient tentés de faire les mêmes choix : il faut rester soumis ! », explique Vangelis Goulas, avant d’appeler à une solidarité entre les peuples capable de faire naître une véritable opposition aux politiques économiques européennes.

Pour autant, il se refuse à reprendre le terme de « capitulation », largement employé par les médias pour qualifier le revirement d’un Alexis Tsipras impuissant face à la première puissance économique mondiale.

« Le gouvernement grec est un gouvernement de coalition, de salut public. C’est une union des classes qui nous soutiennent. Il n’est pas question d’abandonner la bataille. Nous sommes face à un coup d’État financier qui tente de faire tomber un gouvernement élu, parce qu’il défend la vision du monde du travail contre celle du monde de la finance. Même s’il y a du recul ou des concessions, cela ne se réglera pas en quelques jours. »

Baptiste Duclos
Baptiste Duclos, journaliste et rédacteur en chef de The Dissident.